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| Publié le : 26 septembre 2004
2. Les Signes en Force d’excitation (F+)
LA BALANCEForce d’excitation (excitation associative-coordonnante) Au stade Balance, le Jour passe sous la coupe de la Nuit devenue prépondérante. Nous assistons à un coup d’État ; le pôle nocturne construit pendant la traversée des signes d’Été, prend les commandes de l’adaptation, le blocage est en récession. L’excitation associative, refoulée, malhabile au stade de la Vierge révèle ses vertus bafouées. Si la ségrégation fait la force de la Vierge, l’associationnisme fait celle de la Balance ; contraste saisissant entre autres contrastes que nous découvrirons par la suite. La vitesse d’inhibition limite le pouvoir associatif en lui donnant une orientation élective ; prise isolément, elle justifie les déterminaisons traditionnelles de la Balance : relations avec l’entourage social, contrats divers, liaisons avec la communauté politique et économique. Ce qui retenait la Vierge : caractères différents, pudeurs, origines opposés, est devenu caduc. Pour la Balance, il y a toujours un terrain d’entente, un point de rencontre. On jette un pont pour se croiser au-dessus de l’abîme, comme il arrive à l’esprit de franchir les frontières. Les pays, les époques, les courants, perdent leur rage d’échapper à la marche du temps. Avec l’apparition de la notion de durée, celle de fragilité gagne du terrain. Le pouvoir n’a qu’un temps, il n’est qu’un moment ; il le sait bien celui qui exprime du présent le plus de saveurs possibles, celui qui cherche au-delà des agitations temporelles sa propre postérité : l’ego du théosophe, le message du poète, la renommée de l’ambitieux. Le sens de l’éphémère rend la Balance prompte à se lier comme à se délier. Sa communauté repose sur aucun élan passionnel ; l’associationnisme de ce Signe sous-entend une sociabilité superficielle, ou mieux un idéalisme fédératif. Pour reprendre la formule de Bergson (natif de la Balance), il s’agit d’établir des rapports nouveaux, de constituer une trame autre que celle des intérêts, instincts et passions. Parlons donc d’une intelligence psychologique faite d’habileté, éventuellement d’indifférence, d’indépendance de cœur et peut-être aussi d’une désintégration des instincts de conservation. La Balance s’épanouit dans les relations sociales, accointances, connaissances, collaborations, liaisons temporelles avec l’entourage pris comme l’égal à soi-même avec lequel on joue, on triche, on espère, on s’entre-tue. L’esprit, de son côté, dispose d’une souplesse remarquable pour assurer les liaisons, les rencontres, les parallèles et autres combinaisons. Toute l’affectivité est basée sur le désir de participer, de collaborer : complaisance, pacifisme, charme, concession. Le type Balance donne l’impression de n’appartenir à aucune classe particulière, il flirte avec toutes. Rien dans ce neutralisme souriant ne ressemble à la force de composition ; la Balance s’insère dans le milieu sans se laisser absorber. Sa conscience du temps en fait un actuel, un homme qui sait ce qui se passe, comment se porte la mode et le jugement. II a le style de son époque avec l’appréhension de sa relativité, ce qui le situe avec vigilance à la pointe de l’évolution, ce qui facilite aussi le dépouillement des formes révolues lorsque les saisons de la vie collective changent de ramage. Par contre, il est fermé aux originalités impulsives du Printemps, plus fidèles à la loi d’un tempérament qu’aux canons d’une époque. Parvenue au stade de fonction adaptative, la pensée liquide ses reliquats de dépendance. Une autonomie audacieuse aborde déjà des sujets extracommensurables et entre dans des finesses que nulle méthode ne remplace. Le style est libre, le vocabulaire devient un instrument docile et confortable. Le contournement des règles facilite l’approche des problèmes vivants : ceux du présent collectif, car la logique formelle, elle, n’évolue pas : quoiqu’en disent ses apôtres, elle n’est qu’un système de référence, le produit d’un milieu que toute transformation, toute évolution modifient nécessairement. Le jugement se fortifie après la pesée des tenants et aboutissants ; il se veut constructif et donne sa version sur la solution probable ou souhaitable des problèmes traités. Le juge est un arbitre et non le grade suprême du parti-pris. Danger de la pensée Balance : l’irrésolution. Lorsque les données du conscient sont insuffisantes pour déterminer une option, la Balance ne se décide pas à trancher. Autre risque : l’intellectualisme qui se suffit d’énoncer les problèmes pour les croire résolus. LE SAGITTAIREForce d’excitation (excitation associative-coordonnante) Sous le Signe du Sagittaire, la formule de la Balance réapparaît moins le sens des contraires. C’est dire combien le principe de coopération se trouve élargi, étendu aux valeurs les plus inattendues, les plus lointaines. Le Sagittaire représente traditionnellement la volonté de liaison entre les mondes ; le cosmique est touché. Ceci pour les associations horizontales. Les liaisons verticales sont également édifiantes, elles sont sous-entendues dans le symbole du Centaure qui place sur une trajectoire évolutive l’animal, l’humain, le divin. La conscience du Sagittaire s’ouvre sur des horizons nouveaux. Réagissant à la concentration du Scorpion, elle prolonge le champ de l’interdépendance ; l’infiniment petit et l’infiniment grand se rejoignent en une seule dimension ; l’animal, le végétal, le minéral et le spirituel ne font plus qu’Un (corps mystique du monde). Les variantes du type Sagittaire sont fonction de la richesse individuelle. Sans dynamisme créateur, l’associationnisme présente un danger (tout ce qu’il y a de terrestre et d’immédiat). L’être se borne à ratifier les coordonnées par lesquelles il se situe dans la société. Il parcourt les échelles officielles avec un contentement admiratif. Une certaine plasticité lui permet de s’y trouver à l’aise et d’y intégrer ses intérêts particuliers d’une façon assez subtile pour qu’ils aient l’air d’appartenir à tous. Au comble du conditionnement social, il perd toute originalité en s’identifiant à l’Ordre gouvernant et à ses différents Ministères. Il vaut ce que vaut son époque, ce que valent ceux qui donnent le ton dans le Commerce, l’Art et l’Industrie. Face aux Gémeaux, type du libre-échange, il figure l’enchaînement à une multiplicité de rapports larges et codifiés. A l’intérieur de ces rapports, il invente à volonté, et son activité a des aspects positifs car il sait exploiter le présent, rapprocher les intérêts, jouer son rôle de réanimateur. Évidemment, la société dans laquelle il vit est idéale. Ni conservateur, ni réactionnaire, il évoque la classe dirigeante, l’élite, qui, dans des secteurs différents, résume le caractère d’une époque. Quels seront les traits du type associatif commun ? Un ricochet de la Balance : homme actif, serviable, d’une grande énergie lorsqu’il s’agit de mettre en valeur, de socialiser, d’humaniser, de faire vivre une collectivité en créant entre les uns et les autres de nouveaux moyens de se comprendre, de se connaître. Type humain capable de placer les intérêts de son groupe au-dessus des siens, mais enclin par ailleurs à prendre son masque (Persona : cote sociale, rôle collectif) pour le commencement et la fin de son être. Pour le sagittarien au dynamisme riche, l’associationnisme quitte le cadre des habitués. Le voyage d’exploration va, sous d’autres cieux, prolonger un mode de vie, apporter à l’inconnu l’expérience d’une communauté arrivée à son faite. Un pont s’établit entre l’ancien et le nouveau, il n’est pas absolument gratuit, car la communauté souffrait de vieillesse. D’autres lieux d’implantation doivent revivifier ses structures. Celui qu’elle a dépêché vers l’aventure se distingue du type sédentaire, mais il dispose du même sens représentatif : colon, diplomate, reporter, missionnaire, il parlemente au nom du milieu dont il est l’émissaire. Des rapports nouveaux naissent de cette expansion. La communauté qui ne trouvait plus dans son cercle un tremplin d’évolution, guérira de sa sclérose. Pour le Sagittaire, Passe, Présent, Avenir sont solidaires et sortent du cadre de la durée personnelle. Le Temps forme un tout qui concerne l’espèce, la race ou la classe. Si cette continuité ne suggère rien de mieux au commun que d’épouser fidèlement les empreintes des morts (les fils répètent les pères), pour le créateur, le passe est un capital de chemins à éviter. Il ne s’agit pas de rompre une chaîne mais de la continuer avec d’autres maillons. Selon cette optique, l’homme se trouve dans l’existence chargé de précipiter l’évolution de son groupe. Si son programme est mystique, il doit tenter d’atteindre l’étoile, accomplir la révolution qui gronde dans son patrimoine, passer de la quantité à la qualité, dépasser sa condition, etc. Le même schéma couvre des ambitions tantôt morales, tantôt politiques. Ajoutons qu’à l’occasion, le Sagittaire bénéficie d’un ensemble de circonstances heureuses, apparemment fortuites mais qu’une meilleure connaissance du Temps ratifierait. Nous avons atteint le niveau abstrait de la pensée adaptative. Cette abstraction permet, par une réduction successive de signes et de symboles, d’exprimer en quelques formules un ensemble vaste et complexe de phénomènes. II s’agit ni plus ni moins d’énoncer la Loi ou de reconstituer verbalement la matrice des choses. Un tel travail de la pensée implique des connaissances variées, un grand pouvoir de coordination sans garantie de succès. Une réserve s’impose : le Sagittaire n’a pas le monopole des Sciences ; bien que la Tradition lui attribue généreusement la Physique, l’Astronomie, la Philosophie, toutes les rubriques d’une Encyclopédie complète ; il est, en principe, l’un des meilleurs conducteurs de la pensée synthétique. Au niveau de la vie pratique, cela est appréciable pour les fonctions d’organisateur, de concepteur, de directeur, de législateur. LE VERSEAUForce d’excitation (excitation recréatrice) Au pouvoir d’éteindre le monde, il fallait répondre par le pouvoir de le ressusciter. Ce pouvoir est celui du Verseau. Des valeurs étaient mortes à cause du scepticisme ou parce qu’elles ne signifiaient objectivement plus rien. Le type Verseau les reprend en compte ; il crée de nouvelles raisons d’élargir le dialogue avec le milieu. Son rôle est de réinventer le conditionnement sur un plan au-dessus de l’extinction (les grands espoirs du Signe !). II consiste aussi à imposer une trêve au dépouillement de l’Hiver. Sauvetage donc de ce qui doit survivre parce que possédant les conditions d’un autre monde de rapports ; sauvetage des éléments capables de préparer un nouveau contrat entre l’absolu et le conditionnel, et d’être facteurs du futur (les "bienheureux élus", pour employer l’argument ésotérique du Signe). Les significations traditionnelles du Verseau sont incluses dans l’excitation recréatrice, source des espoirs, des projets (prémices de l’action), de l’Amitié, principe d’une association nouvelle entre les êtres et les choses. En contraste avec le Capricorne-Ecclésiaste, le Verseau réserve un accueil libéral aux signaux du monde et les incite à promettre plus qu’ils ne peuvent tenir. Chaque signal est investi d’une surabondance de vertus ; en éveillant le cœur, l’âme et l’esprit, touche une totalité toujours prête à excuser l’échec d’une promesse. II dispose d’une grande convertibilité (c’est la moindre raison de sa réputation d’insaisissable), et semble avoir compris la polyvalence du conditionnel car si quelque chose ne le satisfait pas, il s’efforce de découvrir quelle promesse le coupable saura mieux tenir. Pareille réadaptation à l’objet nécessite une véritable transformation du Moi. Là est l’exigence supérieure du Verseau et le meilleur objectif du pouvoir recréatif : c’est à l’être de se renouveler, de se rendre tel que le monde devienne un monde dont il n’y a plus rien à redouter, un objet touffu de richesses, de sous-entendus prometteurs disposés à communier avec l’homme puisque celui-ci s’est fait une autre âme. L’élaboration d’un centre absolu capable de se mettre au diapason de la nature des objets n’est pas une mince affaire. Aussi, le Verseau est d’abord caractérisé par la première étape : étape de réaction contre les complexes qui ont déterminé une adaptation trop étroite. Les types Verseau se différencient suivant l’instinct fondamental qu’ils prennent pour contrepoids. Tels s’attaquent aux œillères de l’utilitarisme, qu’il soit science, commerce ou sens commun. Ils se rangeront parmi les Verseau détachés, désintéressés, déconcertants artistes de l’incommun. D’autres prennent l’instinct social comme tête de turc, ils appartiennent au Verseau libertaire, critique, anti-bourgeois. En gros, il revient au Verseau de nous sauver des situations appauvrissantes, de la sclérose morale, sociale ou naturelle. Nous nous trouvons en présence d’une liberté plus vaste qu’au Lion, car soucieuse celle-Ia de défendre des valeurs abstraites. Après l’étape réactionnelle, envisageons l’étape constructive : elle place l’Espoir au centre des motivations, exactement au rang d’un instinct absolu ; il ne s’agit pas d’une attente passive, mais d’une action revivifiante. On songe ici aux Verseau révoltés contre un mode de vie qui rabaisse l’homme. lIs ont pris position contre des conceptions fatalistes qui voudraient les victimes toujours du même camp. Matérialistes ou idéalistes, ces Verseau parlent d’un bonheur accessible dans un temps à peine futur. Même le scientifique du Verseau se soucie, par sa technique, de nous délivrer d’une contingence ; ses théories ou ses découvertes préfigurent les moyens et les horizons de la génération montante. Nous avons fait le tour des types riches ; les mécanismes du Verseau sous-tendent des activités parfois indigentes. Le dégagement vis-à-vis du limitatif se signale alors par l’insouciance, la légèreté, la fuite gratuite. Quelques leitmotive tentent de justifier une conduite blafarde et sautillante : "tout est bon", "la vérité est partout", "il faut un peu de tout pour faire un monde", etc... Une volonté vide de décisions remarquables se défend contre les risques d’un engagement. L’être ne subit rien, rien ne porte sa marque. L’espoir, fonction du Verseau, devient un optimisme inconséquent confondu avec le vague désir de voir les choses s’arranger d’elles-mêmes et l’âge d’or tomber du ciel... La place de l’intuition au Verseau est incontestée. Le processus saisonnier, en se concentrant, gagne en force de réalisation et l’extraversion rend plus manifeste ses effets. On peut reprendre les traits de l’intuitif extraverti, notamment : le flair pour tout ce qui est en germe, la recherche de possibilités toujours nouvelles, le besoin d’initier autrui, la liberté des mœurs, l’enthousiasme, l’instabilité. L’intuition dévoile au Verseau la destination des objets. Il a, plus que d’autres, l’esprit de découverte et l’art de révéler à chacun le meilleur parti à prendre. II est le signe des "conseilleurs", le support des esprits qui tentent d’orienter les valeurs vers l’efficience. La structuration et ses variantes (architecture, harmonie, cohésion mystique) comptent beaucoup pour le type Verseau. L’extraversion qui l’ouvre à la réalité de l’objet d’une façon plus impérative qu’au Capricorne, l’incite à matérialiser l’ordre nouveau, à lui donner les armes, les conditions conformes à son expression. Pour le scientifique, la transformation technique du monde compensera les avanies dont il est accablé. La Science, la Sagesse répandues par les cornes d’abondance créeront l’harmonie et l’amitié entre tous. Le mystique s’éloigne à peine de ce programme en répandant la bonne parole. De son côté, l’artiste du Verseau ne manque pas de faire campagne pour la grande fraternité des hommes futurs. Textes extraits de La Condition solaire, éd. Traditionnelles, 1964. A voir aussi : 2. Les Signes en faiblesse d’inhibition
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Jean-Pierre Nicola
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