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| Publié le : 18 octobre 2007
Michel Onfray le prêcheur athéiste, 4.
Quatrième partie
Existence intensive et extensive : "Le plaisir est dans le frottement et le désir de se répandre". Les niveaux "e" et "E" dominent nettement dans le Thème natal de Michel Onfray ; les planètes qui les composent sont de surcroît reliées entre elles par de multiples aspects associant fonctions dominantes et sous-dominantes : Mars trigone Vénus, opposé Neptune et Jupiter ; Neptune sextile Saturne ; Vénus sextile Jupiter. La totale, quoi. Il n’est donc pas surprenant de voir le vécu, le ressenti, le corps agissant et réagissant au cœur de sa philosophie résolument anti-platonicienne. "Il faut partir du réel et construire avec celui-ci", affirme Onfray. Entendez par là le réel "E", le réel vécu, le réel du corps traversé de sensations, celui qui vibre, palpite et frémit loin des cavernes platoniciennes tapissées d’apparences trompeuses, reflets d’insaisissables transcendances. Il s’oppose ainsi, comme son maître Nietszche (Mars, Vénus, Jupiter dominants lui aussi) à l’idéalisme platonicien qui a selon lui colonisé la pensée philosophique depuis des siècles ; au nom de l’Existence par lui sacralisée, il s’en prend furieusement à "un ciel d’idées pures qui échappe au temps, à l’entropie, aux hommes, à l’histoire", à "un arrière-monde peuplé de songes crédités de plus de réalité que réel" qui nous invite "à se détourner de l’ici-bas, de la vie, de ce monde, de la matière du réel, au profit de fictions". Il en rend responsable le "triomphe officiel du christianisme" - dont il rappelle au passage qu’il était pour Nietzsche "un platonisme à usage de la populace". Haro donc sur "Platon, les stoïciens et le christianisme" qui "imposent leurs logiques : haine du monde terrestre, détestation des passions, des pulsions, des désirs, discrédit jeté sur le corps, le plaisir, les sens, sacrifice aux forces nocturnes, aux pulsions de mort". Ici - et ici seulement, et en partie seulement - le message de Michel Onfray devient intéressant, libérateur et sympathique, dans la lignée d’un Epicure qui écrivait à propos de la mort et des métaphysiques qu’elle inspire : "Tant que nous sommes, elle n’est pas et lorsqu’elle est, nous ne sommes plus !" - ou d’un Pierre Desproges (opposition Neptune-Jupiter dominante) qui conseillait de "vivre heureux en attendant la mort". On sait que la philosophie conditionaliste place la fonction marsienne au centre du réel. Que le psychédélico-quantique chat du physicien Schrödinger soit ici et/ou ailleurs en même temps, que les religieux nous promettent paradis ou enfers post mortem, peu importe lorsqu’on considère les choses de ce point de vue central extra-solaire : "nous sommes au monde, n’en déplaise à la littérature", comme le chantait le très marsien Léo Ferré qui s’en prenait dans cette phrase au Mars "aveugle" de Rimbaud qui professait que "nous ne sommes pas au monde". Nous sommes au monde donc, dans le monde existant, et selon Michel Onfray il faut jouir sans entrave de cette jouissance, en un sensuel festin de chaque instant, libérés de tout carcan moral et de toute contrainte bigote : Il "propose un art de vivre hédoniste axé sur l’existence, la culture des arts et du savoir, l’épanouissement, le plaisir, le rapport à soi et le rapport à autrui" et de replacer l’individu-Sujet au centre de son existence où il pourrait librement "penser sa vie et vivre sa pensée"… ce qui est pour lui le "principe d’une éthique solaire et souveraine". Quand il évoque cette "éthique solaire", il ne fait bien entendu aucune référence à l’astrologie, et par conséquent ne sait pas que c’est probablement sous l’effet de son trigone Soleil-Vénus-Mars dominant qu’il a écrit cette phrase. Arc-bouté sur ce Mars en Taureau dissonant au grand "T" d’Uranus-Neptune (l’existant pur qui mobilise toutes ses défenses naturelles contre les intrusions de l’imaginaire métaphysique) se veut donc le chantre, le héros-hérault solaire d’une existence vécue au ras des pâquerettes, profondément ancrée dans les réalités concrètes et sensorielles et qui se voudrait libre de toute norme morale ou sociale (Mars dominant opposé Jupiter non-dominant). Je viens d’évoquer la dissonance Mars-Neptune angulaire. Tiens, oui : Neptune culmine dans le Ciel de cet athéiste militant et convaincu. Ceux (généralement des astrosymbolistes) pour qui cette planète est celle de la spiritualité ne manqueront pas d’être surpris ; cela d’autant plus qu’elle se trouve en Maison IX, traditionnellement significative de la spiritualité. Du point de vue conditionaliste en revanche, pas de problème : on peut très bien être neptunien et incroyant. Reste à analyser comment un athée comme Onfray peut vivre sa fonction neptunienne. D’un point de vue technique, étant donné la faiblesse du niveau "T" et la force du niveau "e", et les dissonances de Mars aux planètes "T", ce Neptune est plus "e" (immanent) que "T" (transcendant). C’est probablement ce qui lui fait dire qu’on n’a "pas besoin d’aller chercher Dieu, le ciel et une vie post-mortem pour justifier le bien. Il suffit simplement de dire que le bien, c’est mieux que le mal parce que ça permet la jubilation dans la communauté… L’homme a besoin d’une sagesse immanente et non d’une spiritualité transcendante" : une sagesse saturnienne ancrée dans le vécu doublée d’une "jubilation" neptunienne à se sentir exister au sein du collectif. Et puis à sa manière, Onfray est un mystique quand même, "mystique de gauche" comme il dit aspirant à une ultraparadoxale "sainteté" athée… qui lui inspire un très petit "e"… et très chrétien sentiment vis-à-vis des pauvres croyants en Dieu : "Dès lors je ressens ce qui toujours monte du plus profond de moi quand j’assiste à l’évidence d’une aliénation : une compassion pour l’abusé doublée d’une violente colère contre ceux qui les trompent avec constance. Pas de haine pour l’agenouillé, mais une certitude de ne jamais pactiser avec ceux qui les invitent à cette position humiliante et les y entretiennent. Qui pourrait mépriser des victimes ? Et comment ne pas combattre leurs bourreaux ?". Dans sa Théorie du corps amoureux, Onfray plaide pour une philosophie saturnienne capable de rendre l’existence moins pénible grâce à ce qu’il appelle l’"eumétrie, la bonne distance". Certes, l’existence n’est a priori que douleurs, peines et combats (Mars-Saturne grand "E"), mais c’est aussi la faute à l’éducation jupitérienne (rejet de Jupiter par Mars) qui nous incite à nous soumettre au principe de réalité (qui est pour lui fondamentalement opposé au principe de plaisir) et de n’avoir que des plaisirs sociaux, alors qu’il existe de purs plaisirs qui rendraient possible de traverser la vie avec joie et jubilation. Oui mais voilà : Saturne dominant est dans son Thème au carré de la Lune non-dominante… Dissonance Lune-Saturne : l’allergie à la procréation Pour jouir vraiment de l’existence, encore lui faudrait-il être capable de la considérer comme cool, sympa, porteuse, amicale, enrobante, englobante, bref : lunaire. Cela, Onfray semble incapable de le faire. C’est fondamentalement un inquiet, c’est-à-dire un être incapable de s’abandonner à la quiétude lunaire, celle du bébé de moins d’un mois qui s’endort, repus et confiant, contre le sein de sa mère en rêvant. Cette inaptitude se traduit chez lui par une véritable "métaphysique de la stérilité" qu’en bon jusqu’auboutiste il pousse jusqu’à ses dernières extrémités : "Michel Onfray compose des pages très lucides sur le désir d’enfant. Sa position reste très explicite : par amour des enfants, on ne devrait pas en faire. Car en infligeant la vie, on voue sa progéniture à l’inéluctabilité de la mort, on la soumet à l’intérêt qui mène le monde, on l’oblige au travail salarié dur et contraint, on l’expose à la précarité et au chômage. Dès que l’enfant paraît, on "bricole dans l’incurable" (Cioran), c’est-à-dire qu’on fait avec. Par ailleurs, dès qu’on devient père ou mère, on cesse d’être un individu pour devenir une fonction". Et nous retombons là en pleine phase ultraparadoxale : "par amour des enfants, on ne devrait pas en faire". La vie vaut d’être vécue pour les plaisirs qu’elle peut apporter, mais il vaudrait quand même mieux ne pas exister. On ne s’en sort pas… Et en plus, foncièrement anti-lunaire, Onfray est incapable de considérer la paternité et la maternité comme un statut naturel, banal, spontané : devenir parent n’est pour lui qu’une soumission à un ordre social jupitérien que son Mars rejette frontalement. La faiblesse de son sextile Lune-Jupiter l’aveugle. Le pouvoir extensif et l’Université Populaire de Caen Ce rejet de Jupiter nous renvoie à son rapport plus général à l’autorité, au pouvoir, aux institutions. Un rapport extrêmement complexe. D’une part, il les rejette au nom d’un anarchisme viscéral et indiscipliné (Mars dominant dissonant au "r" de Jupiter-Uranus), mais d’autre part, avec un Soleil dominant au trigone de Mars et de Pluton, il se veut lui même source de pouvoir "P" et d’autorité "r". La création de son "Université Populaire" suite à sa démission de l’Education Nationale, et le rôle qu’il joue dans cette très personnelle université illustrent très bien cette problématique. En 2002, alors que Saturne fin Gémeaux transite au carré de sa Lune natale et en opposition à sa conjontion Mercure-Saturne natale, il décide de démissionner de l’Education nationale, reprochant à celle-ci d’enseigner magistralement l’histoire officielle de la philosophie plutôt que d’apprendre à philosopher (ce qui est absolument vrai), et fonde sa propre université "libertaire" et gratuite pour y enseigner une "contre-histoire" de la philosophie. Le problème, c’est que cette université très personnelle est tout sauf populaire, contrairement aux intentions de son créateur : "Il m’a fallu batailler pour imposer le mot "populaire". On m’a dit "l’université populaire, c’est gauchiste, c’est communiste, c’est démagogue, c’est de la pub. Vous aurez du mal à trouver les fonds". J’ai dit "tant pis !". Je propose le mot populaire au sens que lui donne Michelet, parlant du sort du peuple, c’est-à-dire ceux qui exercent le pouvoir minoritairement dans la société". Fort bien… mais en fait seule les classes moyennes fréquentent les cours de l’athéiste en chef, qui est bien obligé de le reconnaître : "Il se fait que le prolétariat n’est pas là. Je n’y peux rien. Même les syndicalistes, si enthousiastes au début, ils ne sont pas venus me voir en me disant : "Ça marche, qu’est-ce qu’on pourrait faire ensemble ?". Ils avaient sans doute mieux à faire sur le front des luttes sociales que de l’entendre pérorer sur l’hédonisme athée marxisto-freudien pré-platonicien. Le grand homme se console comme il peut devant ses étudiants des classes moyennes : "Ce n’est déjà pas mal de pouvoir renouer avec elles, alors que la culture, d’ordinaire, est plutôt réservée à la bourgeoisie…". Mais le pire dans cette entreprise, c’est que Onfray a reproduit à l’identique l’enseignement magistral qu’il dénonce : nouvel ultraparadoxe solaire. Mais il est vrai que, selon le webphilosophe 1001nuits, "Michel Onfray a malheureusement subi cet enseignement et, qu’il le veuille ou non, il peut apparaître comme un pur produit de ce dernier, n’ayant pas remis en cause en lui un héritage lourd à porter. La manière dont la psychanalyse est enseignée en cours de philosophie est d’ailleurs tout à fait symbolique de ce décalage entre les mots et soi, car la psychanalyse est trop souvent encore utilisée par les apprentis philosophes comme une caution, comme un moyen de lire des choses cachées dans la conscience des autres, mais en aucun cas de se remettre en question et de lire des choses cachées en soi-même. D’une manière générale, l’establishment de la philosophie française use de cette caution comme d’un argument de pouvoir (ce qui n’est pas le cas de l’ensemble du monde de la psychanalyse, voir psychanalyse et morale) et donc de protection, usant de cette technique de manière asymétrique vers le monde, comme argument préscientifique de poids. Cette démarche est d’ailleurs parfaitement identique entre Michel Onfray et le milieu de la philosophie dont il est issu : on parle psychanalyse mais on est loin d’avoir un jour tenté de faire la sienne". Ultraparadoxe solaire : tout change parce que rien ne change. 1001nuits a bien saisi les enjeux saturno-solaires de cette période : "Dans la construction de cette université, de cette "école", on peut analyser l’acte de sécession fait par Michel Onfray comme un acte adolescent, un acte de rupture usant d’une symbolique à la fois révolutionnaire - lutte contre le système - et réactionnaire - retour à des vraies valeurs comme celles de la tradition grecque. Onfray professe dans cette université "pour assouvir le besoin de sens" (sic) de ceux qui y viennent. Pour un révolté contre le système de professorat classique, la démarche est déjà étonnante. Que ce dernier se soit contenté d’écrire des livres aurait eu une certaine cohérence, celle de refuser l’enseignement en tant que tel de la philosophie et de poser la question de la possibilité même d’un tel enseignement. Mais le positionnement de Michel Onfray est plus pernicieux, car il prétend faire mieux que l’enseignement classique tout en faisant en quelque sorte contre l’enseignement classique. Loin de moi l’idée cependant de défendre un enseignement classique qui a ses défauts mais seulement de noter la démarche quelque peu mégalomaniaque résultant de l’opposition de type adolescente". La mégalomanie solaire-Capricorne ("moi-je, sinon rien") de Onfray ne connaît alors plus de limites. Il prêche devant un auditoire captif et conquis : "L’orateur se positionne en donneur de leçons, en tant que celui qui apporte du sens, prêchant ses ouailles et leur permettant à la fin de réagir sur le canevas que lui a tissé. Le cours doctoral est transformé en cours doctoral avec débat, mais avec le sous-entendu supplémentaire que le conférencier Onfray fait mieux que ses collègues, qu’il apporte plus de sens, qu’il comble un vide, qu’il répond à un public. La démarche est donc loin d’être neutre car elle est à la fois une reproduction du modèle classique avec une légitimité auto-proclamée beaucoup plus revendicative qui est d’apporter des solutions, de combler le vide de sens (…) Le travail d’Onfray, en voulant combler le vide, se place sur le plan des solutions et non des problèmes. Il y a donc une démarche comparable à une doctrine religieuse ou politique : venez me voir et vous saurez comment être heureux en pensant. Le jeu sur le bonheur de penser est typiquement du ressort des grands mécanismes des sectes". Nageant toujours dans l’ultraparadoxe, Onfray condamne "ceux qui surfent sur la vague philosophique" (sic). Nous sommes ici en présence d’une projection tout ce qu’il y a de plus banale car Onfray condamne ceux qui surfent sur la vague philosophique alors qu’il est un champion du surf sur la vague philosophique". Voudrait-il être le seul, unique et incomparable philosophe solaire ? Lui-même qualifie son succès de "suspect" : ultraparadoxe toujours… Le webphilosophe 1001nuits dresse un saisissant portrait d’un solaire du Capricorne prisonnier du référentiel "Sujet" : "La structure sectaire tente d’utiliser les médias pour la glorification de son gourou et c’est ce qu’Onfray fait à l’aide de son université ainsi que l’aide des médias publics. Il s’est construit l’image d’un gourou isolé, en dehors du brouhaha parisien et du système, mais il reste très sensible à ce qu’on parle de lui, très sensible aux prêches, et très sensible au fait d’attirer quantité de gens à chacune de ses messes". Au cours de ses prêches, il oppose "les gens qui dérangent" (à savoir lui-même et sa cour sectaire) aux "autorités", et à "l’establishment" qui comploteraient contre la seule, l’unique, la vraie, la meilleure philosophie : la sienne : "Force est de constater que présupposer une théorie du complot est à la fois un argument de vente extrêmement courant mais aussi contribue à renforcer l’identité du groupe qui se constitue autour de Michel Onfray (…) Or qui dit renforcement de l’identité d’un groupe, dit aliénation des singularités de ses individus". Nous sommes là en plein "miroir à plusieurs" solaire. En conclusion… Le prêcheur athéisto-hédoniste Michel Onfray jouit d’une réputation tout-à-fait usurpée. Le sait-il ? Propablement, puis qu’il juge lui-même son propre succès "suspect". Mais dans son narcissisme, son orgueil et sa démesure solaires, ce faux démystificateur ne peut s’empêcher de s’automystifier. Il est un pur produit de son milieu et de son époque, quoi qu’il en dise, ce que l’excellent webphilosophe 1001nuits décrit avec maestria : "L’université est anti-fasciste" nous dit Onfray, cela résume beaucoup de ce discours creux, trendy, en opposition adolescente avec le reste de la société. Le sillon que creuse Onfray, c’est l’épicurisme moderne, un genre de développement personnel à la sauce anglo-saxonne, à la fois égoïste mais plein d’une bonne conscience à la française, inscrite dans la droite lignée de notre héritage catholique et de notre tradition communiste". Tout ça pour ça ! Article paru dans le n° 26 du Fil d’ARIANA (octobre 2006). Cet
article vous a été proposé par :
Richard Pellard
Répondre à cet article Messages de forum :
Michel Onfray le prêcheur athéiste, 4.
mardi 27 mai 2008
par Philippe Ayant fréquenté, en d’autres temps, le personnage, la pertinence de cette suite d’articles et la pénétration de l’analyse me laissent pantois. C’est à se demander si le support astrologique n’est pas un simple habillage. Ce qui ne semble toutefois pas le cas. Tout cela est assez troublant. Quoi qu’il en soit, chapeau bas
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