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Publié le : 15 mars 2003
Niels Bohr 2
Un quantum dans la Balance, 2e partie

Limitation du langage commun descriptif (Jupiter en Vierge, le langage des faits en inhibition bloquante) basé sur la continuité des phénomènes relatifs à notre expérience sensible contre création d’un langage commutatif qui permette de rendre compte des multiples effets associés dûs à la discontinuité des phénomènes atomiques (Soleil-Uranus en Force d’excitation associative) : pour Bohr, "La définition de tout concept ou plutôt de tout mot (au sens jupitérien) présuppose la continuité des phénomènes et par suite devient ambiguë dès que cette présupposition fait défaut".

Dès lors, il faut se forger un nouveau langage, un langage qui ne dépende plus en rien de notre expérience quotidienne concrète ("r non-E"), et qui soit capable d’évoquer la réalité discrète ("T") des phénomènes atomiques. H. Hertz, le dernier "grammairien" d’envergure de la physique classique, avait formulé une bonne définition du concept scientifique : un "symbole non-ambigu". Mais les phénomènes quantiques ont rendu obsolète (au niveau atomique de la réalité) ce concept scientifique "traditionnel". Par quoi le remplacer ? Là, Bohr va très, très loin et tient un discours qui ressemble tout à fait à celui des conditionalistes, adeptes d’une bonne relation signal-symbole : "J’ai l’impression que l’on doit avoir recours au refuge des analogies symboliques à un degré bien plus élevé que précédemment : ces derniers temps je me suis cassé la tête à essayer d’imaginer de telles analogies", et son collègue Pauli lui fait écho : "une tâche très importante et extraordinairement difficile de notre temps est de travailler à construire une nouvelle idée de réalité : l’idée de la réalité du symbole".

Et ce symbole là est profondément "rT non-E", bref, uranien anti-jupitérien. C’est justement à partir de 1925, lors du transit d’Uranus à l’opposé de Jupiter natal que Bohr décidera (uraniennement) de tirer définitivement un trait sur le concept figuratif jupitérien. Le monde quantique est complexe, vague, flou, imprécis ("T") : il en prend acte, à la fois délibérément (le "t" de Mercure-Saturne et la fonction globalisante de la Lune le lui permettaient sans peine, puisque ces planètes figurent parmi ses dominantes), et aussi contre son gré, c’est-à-dire sa passion pour la précision et la non-ambiguïté (Soleil-Uranus, "r"). L’objectivité de la physique était jusqu’à présent fondée sur l’expérience concrète partagée et modélisée ("rE") ? Bohr abandonne ce paradigme et décrète que l’univocité du symbole sera désormais le critère de l’objectivité en physique atomique : "Lorsque Bohr reprendra la notion de symbole univoque ("r") en abandonnant l’obligation de disposer de représentations spatio-temporelles ordinaires (Jupiter "rE") pour des "objets quantiques" ("rT"), il abandonnera par là même l’angle du criticisme ("t"). Et dès lors, il s’obligera à poser de nouveau la question des conditions de l’intelligibilité ("r"), cette fois en dehors de la problématique classique de la représentation. Cela le conduit, on l’a vu, vers la philosophie du langage qui est le support de la complémentarité" (10).

La complémentarité : c’est là un des autres concepts majeurs que Bohr a forgé pour expliciter les rapports entre physique classique et atomique, concept qui fera l’objet de la deuxième section de cet article. Mais avant, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer le fruit des réflexions de H. Hertz sur les conditions de recevabilité d’une théorie scientifique, qui sont selon lui au nombre de trois et qui ressemblent comme deux gouttes d’eau (si tant est que deux gouttes d’eau se ressemblent réellement au niveau quantique) aux trois fonctions planétaires du "r intensif" : "trois postulats : celui de l’acceptabilité logique, définie comme l’absence de toute contradiction avec les lois de la pensée (Soleil, "rR") ; celui de la correction définie comme l’absence de contradiction entre les relations essentielles des symboles entre eux et des relations essentielles des choses entre elles (Jupiter, "rE") ; enfin celui de la convenance, définie d’abord par le fait que le symbole "figure mieux les relations essentielles de l’objet" (Uranus, "rT")... Pour qu’un symbole soit non-ambigu, il faut qu’il soit "acceptable, correct et convenant". Pour l’acceptabilité logique, la recevabilité du symbole est la nature de notre entendement ("rR"). Pour la correction, ce sont celles fournies par les résultats des expériences ("rE"). Pour la convenance, ce seront les notations, les définitions, les abréviations ("rT"), bref "ce qui est arbitraire"... En d’autres termes, la certitude peut être atteinte dans tout ce qui est dérivé des lois de l’entendement ; mais l’historique s’introduit dans tout ce qui est dérivé du résultat des expériences et le combat s’insinue dans tout ce qui est du domaine de l’arbitraire" (11).

3. Balance : correspondance, analogie et complémentarité.

Au moment de la naissance de la physique atomique, Niels Bohr fut le premier et longtemps quasiment le seul à l’interroger profondément sur les relations qu’entretenaient désormais physique classique et atomique. En tant que théoricien, il recherchait "chaque clarification successive de la relation paradoxale qui unit et sépare théorie quantique et physique classique... En réalité, bien que la notion de correspondance ait aussi une signification technique précise, c’est sa fonction en tant que principe qui exige que le sens reste vague... Si l’autonomie de la physique classique était si difficile à penser, c’était parce que l’on se trouvait dans la situation paradoxale d’une rupture avec la mécanique et l’électrodynamique qui n’était pas une réfutation... il fallait organiser l’attente en laissant la porte ouverte au plus grand nombre possible d’hypothèses".

Le mot est lâché : correspondance. Bohr a immédiatement compris les implications philosophiques de la nouvelle physique : il s’agissait là d’une "rupture sans réfutation"... L’ancienne restait valide et valable dans son domaine référentiel, mais devenait caduque en dehors de ce domaine, et s’il n’y avait pas rupture entre les deux, pourquoi, d’un point de vue Balance, n’y aurait-il pas co-existence, correspondance ?

Pour illustrer ce fait sans précédent dans l’histoire des sciences, on peut prendre l’exemple du passage, en astronomie, du modèle géocentrique "ptoléméen" au modèle héliocentrique "copernicien". Le modèle ptoléméen, basé sur une Terre au centre de l’univers, ne tenait que par des artifices géométrico-mathématiques (comme la théorie des épicycles, orbites circulaires fictives dont le centre se trouvait fixé sur l’orbite réelle des planètes, et qui permettaient de justifier théoriquement nombre de mouvements observables des astres du système solaire - rétrogradations, apogées-périgées, etc) lorsqu’il expliquait les mouvements planétaires à partir de l’observatoire terrestre. L’abandon copernicien du géocentrisme et, plus encore, les découvertes de Kepler concernant le caractère elliptique des orbites planétaires et les lois de composition des mouvements interplanétaires dans le système héliocentrique permirent de réfuter radicalement la plupart des assertions astronomiques théoriques issues du géocentrisme absolu : le géocentrisme et ses épicycles imaginaires étaient jetés, définitivement et avec raison, à la poubelle du savoir scientifique. Il y avait là une réelle et profonde rupture d’avec un ordre ancien, et la question ne se posait pas de savoir si les deux systèmes pouvaient coexister. Est-ce pour cela que les principaux découvreurs et théoriciens de l’héliocentrisme étaient marqués par l’inhibition extinctive des Signes d’hiver (Capricorne pour Kepler et Newton, Poissons pour Copernic et Galilée) ? Mystère de l’Intégration... toujours est-il que l’apparition de l’héliocentrisme a bel et bien éteint les théories "ptoléméennes".

Il n’en était pas de même concernant les rapports entre physique classique et quantique. La première restait valable dans son référentiel — et de surcroît hyper-efficace technologiquement - tandis que la seconde délimitait les domaines de pertinence de la première sans la réfuter. Comment pouvait réagir une Balance comme Bohr face à un tel état de fait ? Nécessairement en se disant, d’une manière ou d’une autre et surtout en respectant l’associativité égalitaire propre à son Signe, que "l’un n’exclut pas l’autre" et qu’en cherchant bien, on finirait probablement par trouver des points communs entre deux visions du monde apparemment contradictoires.

En passant et dans la rubrique "comparaison de thèmes", il peut être intéressant de noter qu’Einstein comme Bohr étaient des "équinoxiaux"... avec une grosse différence : il revenait (sur le mode adapté) à Einstein, chez qui Poissons et Bélier sont les Signes dominants, le Poissons étant plus fort que le Bélier, de résoudre et de fermer une époque (celle de la physique classique et de l’hiver épistémologique qu’elle avait imposé) au niveau des Structures (Soleil-Poissons : il n’y a plus qu’un modèle et les autres disparaissent - F- extinctive -, et ce modèle est fait pour durer - L-). Lui succédant, l’on pourrait imaginer un audacieux théoricien Bélier qui, conformément à la dynamique du premier Signe de printemps, aurait radicalement tiré les conséquences des nouvelles découvertes et décider d’imposer la nouvelle théorie quantique en s’opposant à celles d’Einstein. Pourtant, du point de vue de l’Intégration, ce n’était historiquement guère possible : la la relation paradoxale qu’entretiennent les deux physiques ne permettait pas une rupture radicale du type Bélier.

Rien de tout cela chez la Balance Bohr : lui se contente - mais quelle révolution ! - d’initialiser une nouvelle donne scientifique... sur le mode associatif en sens des contraires : l’un - le nouveau - n’interdit pas l’autre - l’ancien - et pour cause : c’est bel et bien un fait objectif et extra-horoscopique que la théorie nouvelle n’exclut pas l’ancienne ! Sans doute fallait-il être Balance pour percevoir, avant et mieux que d’autres, les structures d’une telle révolution épistémologique, et Balance anti-Vierge pour se lancer hardiment dans une nouvelle conception du monde qui demandait à ce moment là la mise en relation plutôt que l’exclusion, la recherche de correspondance et de complémentarité plutôt que les défauts de similitude. Un Bélier à cette époque n’était sans doute pas l’homme de la situation... et l’Intégration a veillé à ce que ce soit une Balance qui émerge.

Tout au début de la formation de la physique quantique, Bohr a développé le principe de correspondance parce qu’il lui permettait essentiellement "d’anticiper une non-contradiction interne de la théorie quantique analogue à la non-contradiction formelle de la théorie classique". L’un n’exclut pas l’autre : la clef de voûte de la logique formelle est bel et bien la non-contradiction. Exemple : en physique classique, un objet, partant du point A selon telle trajectoire spatio-temporelle, arrive obligatoirement au point B. En physique quantique, un objet, partant du point A, arrive probablement au point B. Pour Bohr, ce qui arrive à un certain niveau de réalité correspond plus ou moins à ce qui arrive à un autre. L’obligatoire et le probable sont des concepts antinomiques ? Peu importe pour lui : Balance "R", le fait que ces deux concepts apparemment contradictoires servent à décrire une même classe de phénomènes physiques lui suffit, non pas pour les confondre (Bohr n’est pas un solsticial ultraparadoxal), mais pour trouver des traits de ressemblance, en l’occurrence : l’objet en A, quel que soit le système référentiel par lequel on décrit son interaction avec B, arrive ou peut arriver en B. Cela se correspond.

Bohr ne se fait pourtant aucune illusion sur ce principe très Balance qu’il a lui-même imaginé : "On doit... se souvenir que l’analogie entre la théorie classique et la théorie quantique telle qu’elle est formulée dans le principe de correspondance possède un caractère essentiellement formel". Très vite, au principe de correspondance, trop simplistement analogique et finalement trop conservateur, il préfère et substitue le concept, beaucoup plus complexe et néanmoins tout aussi Balance, de complémentarité.

"Complémentarité = collaboration = Balance". C’est là l’une des chaînes analogiques qui mène aux réductionnismes verbo-typologiques concernant le 7e Signe. Manque de bol, Niels Bohr, super Balance (4 planètes dominantes dans ce Signe !) n’est absolument pas identifiable aux poncifs dont son affublés les natifs du début de l’automne ; certes, il a soif de complémentarité, mais ce concept signifie avant tout pour lui "l’exclusion mutuelle" des éléments dits complémentaires : "D’après l’essence de la théorie des quanta nous devons donc nous contenter de considérer la présentation dans l’espace et le temps et le principe de causalité, dont la combinaison est caractéristique des théories classiques, comme des traits complémentaires mais exclusifs l’un de l’autre de la description du contenu de l’expérience, qui symbolisent les possibilités d’idéalisation et de définition".

L’associativité de la Balance consiste bien à réunir des contraires qui se désunissent à partir de l’équinoxe d’automne, comme se désunissent physique classique et quantique, à jeter un pont entre deux mondes que tout oppose comme s’opposent continuité et discontinuité, mais aussi deux cadres de références également indispensables pour comprendre l’ensemble des phénomènes physiques : pour Bohr, "en réalité il ne s’agit pas ici de conceptions contradictoires des phénomènes mais de conceptions complémentaires, qui ne fournissent que par leur combinaison une généralisation rationnelle du mode de description classique" ; il va encore plus loin dans cette optique très Balance en affirmant que le "principe d’indétermination" d’Heisenberg (12) "donne la latitude nécessaire dans l’application des concepts classiques pour comprendre les lois fondamentales de la stabilité atomique qui se trouvent en deçà de ces concepts. L’indétermination essentielle dont il s’agit ne doit donc pas être considérée comme impliquant un abandon unilatéral de l’idéal de causalité qui sous-tend tout compte-rendu des phénomènes naturels. L’usage de la conservation de l’énergie en connexion avec l’idée des états stationnaires (13) signifie, par exemple, un maintien de la causalité qui est particulièrement frappant si nous nous apercevons que l’idée même de mouvement, sur quoi repose la définition classique de l’énergie cinétique est devenue ambiguë dans le domaine de la constitution atomique... la coordination spatio-temporelle et les lois de conservation dynamiques peuvent être considérées comme deux aspects complémentaires de la causalité ordinaire qui, en ce domaine, s’excluent l’un l’autre dans une certaine mesure, bien qu’aucun n’ait perdu sa validité intrinsèque".

Bohr utilise aussi son principe de complémentarité à l’intérieur des cadres de références de la théorie quantique : "Toute expérience ayant pour but de fixer les coordonnées d’espace et de temps d’un électron dans un atome impliquera inévitablement entre l’atome et les instruments de mesure un échange essentiellement incontrôlable d’impulsion et d’énergie, qui anihilera complètement les remarquables régularités de stabilité atomique dues au quantum d’action. Inversement, toute recherche de pareilles régularités, dont la description même implique la conservation de l’énergie et l’impulsion, nous imposera, en principe, de renoncer à localiser dans l’espace et le temps les électrons individuels de l’atome. Loin d’être contradictoires, les différents aspects des phénomènes quantiques qui apparaissent ainsi dans des conditions expérimentales exclusives les unes des autres, doivent être considérées comme "complémentaires". Ce point de vue de la "complémentarité" ne signifie nullement que l’on renonce arbitrairement à une analyse détaillée des phénomènes atomiques ; il est au contraire l’expression d’une synthèse rationnelle de toute la somme d’expérience accumulée dans ce domaine, expérience qui excède les limites dans lesquelles se trouve confinée l’applicabilité du concept de causalité".

Bohr, qui fonctionnait essentiellement dans le référentiel "Relation" du S.O.R.I., va étendre son concept de complémentarité dans tous les domaines de la connaissance, et tout spécialement, Balance "R" oblige, dans ceux qui relèvent directement du langage : la poésie qui "permet d’unir dans l’émotion des aspects multiples de la connaissance humaine", la psychologie, complémentaire en ce que "pour le contenu de notre entendement, c’est une description essentiellement complémentaire qui a été utilisée depuis l’origine des langues", mais aussi parce que "si nous comparons la raison à l’instinct, il est essentiel avant tout de nous rappeler qu’aucune pensée humaine, au sens propre du mot, n’est admissible sans un cadre de concepts construit sur un langage que chaque génération doit apprendre à nouveau. Or l’usage des concepts ne supprime pas seulement la vie instinctive, mais encore se trouve en relation de complémentarité avec le déploiement des instincts héréditaires".

4. Physique quantique et S.O.R.I..

La nouvelle théorie atomique, on l’a vu, a amené les physiciens à s’interroger sur les rapports Sujet-Objet. Dans le cadre de références de la physique classique, ces rapports ne constituaient nullement un problème : il paraissait aller de soi que le Sujet observant, mesurant ou agissant et l’Objet observé, mesuré ou agi n’avaient pas d’autre Relation que celle induite par l’observation, la mesure et l’action mécanique, à tel point que les référentiels Relation et Intégration étaient dédaigneusement abandonnés à la mystique, à la religion ou à la philosophie.

La physique quantique a révélé la non-séparabilité des phénomènes au niveau le plus profond de la réalité connu à ce jour. Bohr, toujours pionnier, en a très vite compris les incidences, tant physiques que philosophiques, et, le premier sans doute, s’est méfié des dérives mystiques qu’une telle conception pouvait induire : "... ces problèmes épistémologiques avec lesquels se sont déjà confrontés des penseurs tels que Bouddha et Lao Tseu, lorsqu’ils tentèrent d’établir l’harmonie entre nos conditions d’acteurs et de spectateurs dans le grand drame de l’existence. Mais si nous reconnaissons une certaine analogie de caractère purement logique entre les problèmes qui se présentent dans des domaines des recherches humaines si éloignés les uns des autres, cela ne veut nullement dire que nous introduisons en physique atomique un mysticisme étranger au véritable esprit de la science".

D’emblée, il situe le problème au niveau Intégration, et le fait en Balance "RT" : "Comment parler d’une Nature "dont nous faisons partie nous-mêmes" alors que le langage est imprégné d’une conception de l’objectivation qui postule l’indépendance de la "réalité physique" ? La complémentarité qui exprime avant tout la différence entre physique classique et physique quantique du point de vue de la détermination de l’objectivité, conduit ainsi à retrouver dans les sciences de la Nature la nécessité d’un "art du discours".

Allant plus loin au sujet du référentiel Relation, Bohr estime qu’"on parle parfois... de "perturbation du phénomène par l’observation" ou de "création par des mesures d’attributs physiques des objets quantiques". De telles expressions risquent cependant de créer une confusion, car des mots comme phénomène et observation, attribut et mesure, sont employés d’une manière qui n’est compatible, ni avec le langage courant, ni avec leur définition pratique", et que "la notion de complémentarité n’implique en rien une renonciation à notre position d’observateurs détachés de la Nature : elle doit être considérée plutôt comme l’expression logique de notre situation en face d’une description objective dans ce domaine de l’expérience".

La description relativiste des phénomènes naturels qu’Einstein a initialisée et que Bohr a approfondie et systématisée dans sa théorie atomique ressort clairement du référentiel Relation. Paradoxe apparent : de ce fait l’objectivité scientifique au niveau quantique dvient pour Bohr une nouvelle forme d’objectivité, qu’on pourrait appeler l’objectivité relationnelle : "Puisqu’on parle parfois, dans la littérature philosophique, de différents niveaux d’objectivité, de subjectivité, ou même de réalité, on peut souligner ici que la notion d’un sujet ultime aussi bien que des conceptions comme celles du réalisme ou de l’idéalisme n’ont pas de place dans une description objective telle que nous l’avons définie, ce qui l’a amené à relativiser et à purement et simplement "instrumentaliser" le langage mathématique, qui n’a plus pour finalité que d’éviter les pièges de la subjectivité. Et cette nouvelle "description objective", c’est bel et bien la description d’une Relation.

Niels Bohr a bien cerné et remis à sa place le Sujet, déconstruit l’Objet qui a perdu son statut d’intouchable et instauré la physique Relationnelle... Mais par assimilation peut-être hâtive de l’Intégration à la mystique, il n’a pas pu formuler le S.O.R.I. N’empêche, il n’a pas été loin de le découvrir...

... et la Lune dans tout çà ?

Oui, Bohr compte bien la Lune-Balance parmi ses fonctions dominantes. C. Chevalley note que "Bohr ne fait pas ici de la physique, là de la littérature, là encore de l’épistémologie ; s’acharner sur l’hélium, relire Goethe et Schiller, analyser la genèse historique et conceptuelle de la théorie quantique sont chez lui des actes de pensée homogènes... Si le terme d’harmonie, enfin, est bien chez Bohr un mot qui évoque un lieu sans contradictions d’où les concepts humains sont exilés - ce mot, précisément, existe", même si Bohr a toute sa vie essayé de conjurer le mysticisme fusionnel au moyen du langage.

Pour terminer, laissons la parole à Bohr, lunaire de la Balance en refus d’inhibition bloquante : "Ce n’est pas la reconnaissance de nos limites en tant qu’hommes qui caractérise notre temps, mais plutôt nos efforts pour analyser la nature de ces limites. Nous n’aurions qu’une pâle image de nos possibilités si nous devions comparer cette limitation à un mur infranchissable... C’est par une exploration de plus en plus profonde de nos vues fondamentales qu’une cohérence de plus en plus grande nous est intelligible et nous en venons ainsi à vivre dans le sentiment toujours plus riche d’une harmonie éternelle et infinie, bien que nous ne puissions que sentir sa présence vague sans jamais vraiment pouvoir l’aggripper. A chaque essai, conformément à sa nature, elle nous échappe. Rien n’est ferme, chaque pensée - chaque mot - ne convient qu’à indiquer une cohérence qui en elle même ne peut être décrite mais demande à être toujours plus profondément étudiée. Telles sont les conditions de la pensée humaine".

NOTES :

- (1) : La traduction est de moi. Elle est fidèle mais non littérale, pour faire de beaux alexandrins avec coupe à l’émistyche...
- (2) : Traduction : "l’homme qu’il faut à l’endroit où il faut".
- (3) : Pour de plus amples informations, lire Physique atomique et connaissance humaine, Niels Bohr, Folio-Essais.
- (4) : Dictionnaire des auteurs, Laffont-Bompiani, Coll. Bouquins, Robert Laffont.
- (5) : Catherine Chevalley, présentatrice de Physique atomique et connaissance humaine, op. cit.
- (6) : ibid.
- (7) : H. Hertz, auteur des Principes de la mécanique présentés sous une nouvelle forme, Londres 1899.
- (8) : C. Chevalley, op. cit.
- (9) : "flexibilité de la théorie"... une jolie manière de définir le "R extensif" !
- (10) : C. Chevalley, op. cit.
- (11) : A vrai dire, le "R" et le "T" étant infernalement dialectiques, j’ai hésité avant de coder les postulats de Hertz avec le R.E.T. Une logique (la mienne ?) m’a fait préférer ce décodage-ci... mais il n’est pas interdit de se demander si l’on ne peut pas remplacer partout "rR" par "rT" et vice-versa. Tout dépend du point de vue où l’on se place.
- (12) : "principe d’indétermination d’Heisenberg" selon lequel on ne peut localiser précisément une particule atomique sans se voir dans l’impossibilité de mesurer sa trajectoire et vice-versa, du fait de la double description que fait la théorie quantique des objets atomiques qui sont soit des ondes, soit des particules selon le point de vue d’où l’observateur se place et ce qu’il entend mesurer.
- (13) : En 1913 Rutherford propose son "modèle planétaire" de l’atome (voir à ce sujet l’article "De l’atome à la classification périodique des éléments" de J.P. Nicola, dans le CC n° 19). Dans le but de rendre l’atome de Rutherford stable mécaniquement et radiativement (ce qu’il n’était pas), Bohr propose le postulat quantique selon lequel "il y a certains états dans lesquels l’atome peut exister sans émettre aucun rayonnement, bien que les particules soient supposées avoir un mouvement relatif les unes aux autres. Ces états stationnaires sont en outre supposés posséder une espèce particulière de stabilité, de sorte qu’il est impossible soit d’ajouter de l’énergie à l’atome, soit de lui en enlever, autrement que par un processus impliquant une transition de l’atome à un autre de ses états".

Article paru dans le n° 20 des Cahiers conditionalistes (2e semestre 1992).

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard



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