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Le « non » de la rose

Arrive Mai 1968. Les étudiants sont dans la rue, les pavés volent bas, le pouvoir, complètement décontenancé est comme tétanisé par cette brutale irruption adolescente. De droite à gauche, toute la classe politique semble incapable de faire face, d’accompagner et d’intégrer ce mouvement qui la transcende complètement, avec ses joyeux slogans libertaires. Est-ce une révolte où une révolution ? Et de quel type ? Inclassable.

Mai enfin, Elysée-moi !

« Paris des beaux enfants en allés dans la nuit, Paris du 22 Mars et de la délivrance, O Paris de Nanterre, Paris de Cohn-Bendit, Paris qui s’est levé avec l’intelligence… » (Léo Ferré).



De 1965 à 1968, François Mitterrand s’est refait une santé politique et une large popularité à gauche. Désormais, il faut compter avec lui. Ses meetings électoraux pour les présidentielles de 1965 l’ont mis en contact avec un vaste public et, sans doute, ont précipité et précisé son ancrage idéologique. F.O. Giesbert va jusqu’à dire que c’est au cours de l’une de ces manifestations, le 17 décembre 1965 très exactement, que Mitterrand aurait vécu « l’illumination du socialisme ». Bigre ! Le fervent lecteur de l’Ecclésiaste serait-il capable de ferveur idéologique ?

En 1965 donc, Uranus et Pluton « transitent », par conjonction, sa Vénus natale. Que pronostique l’astrologie lors d’une telle échéance ? côté Pluton-Vénus, « Durant cette période… vos goûts et dégoûts sont désormais sans appel, vos désirs impérieux, parce qu’ils expriment ce que vous voulez au plus profond de vous-même… les affinités premières déboucheront sur une rencontre plus profonde et plus subtile, plus forte aussi ». Le transit opère comme un charme, un envoûtement… De là à vivre une véritable « illumination », pourquoi pas ? « Ainsi, ce peut être le temps où l’amour naît sans tapage, dans le secret d’une intimité qui tisse d’invisibles mais indestructibles liens ». Transformation, métamorphose en profondeur de la sensibilité, du rapport émotionnel au monde, aux êtres et aux choses. Et désormais, entre la subjectivité émotionnelle de François Mitterrand (Vénus) et sa fibre métaphysique (Pluton), un rapport beaucoup plus intime, comme s’il était parvenu à les relier complètement, à quasiment les identifier l’une à l’autre. C’est le genre de période où l’on a les plus grandes probabilités d’avoir un véritable « coup de cœur » (Vénus) pour ce qui vous paraissait le plus lointain, le plus étranger, le plus indifférent (Pluton), mais aussi où l’on se rend compte à quel point l’impact émotionnel que l’on peut avoir sur les sentiments d’autrui (Vénus) peut être l’objet d’une volonté insidieuse, d’une manipulation sournoise (Pluton). Bref, où l’on se sent plus fort que jamais, intérieurement (Pluton), pour utiliser son pouvoir de séduction (Vénus). Toutes ces hypothèses sont possibles, et l’astrologie aurait bien du mal à trancher. Le plus probable est sans doute un panachage paradoxal et mystérieux de cet ensemble : Mitterrand est vraiment, au cours de ces meetings électoraux, « tombé amoureux » du « peuple de gauche »… tout en se rendant compte cyniquement qu’il pouvait exploiter cette relation émotionnelle dans son lent « investissement des marges » pour conquérir le pouvoir. Sincère et calculateur, comme toujours…

En 1966, il a pris deux initiatives : l’une a été de former un « contre-gouvernement », symétrique oppositionnel du gouvernement en place. Il n’en n’est rien resté. La seconde fut d’organiser une rencontre solennelle entre la FGDS et le PCF : sens des combinaisons et des proportions du Scorpion aidant, il savait que le retour au pouvoir passait par l’alliance avec les communistes. Dans le même temps, il n’oubliait pas de courtiser les centristes, car il manquait toujours cruellement de députés. Marginal, « n’ayant pas le pouvoir d’imposer ses vues ni de trancher, il lui faut constamment se garder sur sa droite et sur sa gauche, équilibrer, doser, rectifier le tir aussitôt après avoir tiré ». Le double jeu, en virtuose. Aux législatives de 1967, la gauche unie parvient à obtenir 44 % des voix. L’union lui réussit.

Arrive Mai 1968. Les étudiants sont dans la rue, les pavés volent bas, le pouvoir, complètement décontenancé est comme tétanisé par cette brutale irruption adolescente. De droite à gauche, toute la classe politique semble incapable de faire face, d’accompagner et d’intégrer ce mouvement qui la transcende complètement, avec ses joyeux slogans libertaires. Est-ce une révolte où une révolution ? Et de quel type ? Inclassable. De Gaulle fustige la « chienlit » et disparaît mystérieusement à Baden-Baden. Le Premier Ministre, Pompidou, assure l’intérim. De part et d’autre des barricades, CRS et étudiants s’affrontent durement. Le pouvoir semble vacant, à portée de main. Les politiciens de gauche se méfient de cette explosion gauchiste, qui n’entre guère dans leurs schémas traditionnels. D’ailleurs les insurgés ne demandent rien, ni aux socialistes, ni aux communistes, et surtout pas de prendre le pouvoir.



François Mitterrand est comme les autres en total décalage avec ce qui se passe dans la rue et dans les facultés. même dans son rôle de principal opposant au gouvernement, il participe objectivement de cet establishment institutionnel dont les étudiants expriment leur ras-le-bol. Le « Dix ans, ça suffit » des banderoles est adressé à l’ensemble de la classe politique. Le leader de la gauche n’est pour eux qu’un politicien mité et vermoulu comme les autres. Leur slogan est clair : c’est « l’imagination au pouvoir ». Pas « Mitterrand à la Présidence ». Fin politique, ce dernier s’en rend bien compte… mais comment résister à la tentation de se poser en challenger et remplaçant potentiel d’un pouvoir qui semble aux abois ?

Il hésite longtemps. Au début de 1968, la FGDS et le PCF ont réussi à signer une plate-forme électorale commune. De Gaulle est vieux. Pourquoi se précipiter dans cette ambiance irrationnelle et insurrectionnelle, alors qu’en jouant sagement le jeu de la politique institutionnelle, il pourrait en toute légalité bientôt conquérir le pouvoir ? Après tout, les prochaines présidentielles ne sont que dans quatre ans. Les premiers incidents graves ont lieu le 13 mai. Ce jour là, François Mitterrand donne une conférence, programmée depuis longtemps, sur… le 13 mai 1958, qui avait vu le retour de De Gaulle. Pas vraiment révolutionnaire ni fondamentalement perspicace, sa brève allusion aux événements du dehors : « Vous avez assisté cette après-midi à un réflexe de bonne santé du pays. Il faut que la gauche sache être plus qu’une sorte de musée pour grands souvenirs, mais plutôt un lieu où la jeunesse puisse se retrouver ». Le lendemain, il entonne de sempiternels couplets contre la répression et les brutalités policières en souhaitant que le gouvernement s’en aille. Mais d’ici à aller sur les barricades, vêtu de son costume trois-pièces de notable, il y a un pas qu’il ne peut franchir. Il n’a pas le « look », d’une part, et surtout, il a passé l’âge. De plus, il est trop fin politique et trop homme d’État pour jouer les récupérateurs de la rébellion estudiantine : il vise l’alternance politique, ni plus, ni moins.

Sur terre, à Paris, dans la rue, étudiants et CRS s’échangent cocktails Molotov et grenades lacrymogènes, tandis que dans les état-majors politiques on se demande quoi faire. Dans le ciel, Uranus et Pluton sont en conjonction exacte, et passent exactement sur la position qu’occupait Vénus à la naissance de François Mitterrand. Sous le « transit » concernant ses deux planètes dominantes, Vénus et Pluton, il a tendance à garder distance et sang-froid (Pluton) vis-à-vis de tout déferlement émotionnel (Vénus). En ce qui concerne le « transit » Uranus-Vénus, c’est une toute autre histoire. Nous avons vu quelles avaient été les réactions de François Mitterrand lors de son précédent « transit » d’Uranus, en 1958 : raidissement, refus buté et aveugle du changement de régime, assimilé à une « dictature bonasse » et à un « coup d’État permanent ». En 1968, les aveuglements recommencent… Il interprète (sans, bien sûr, rien savoir de ce qui se passait dans le ciel à ce moment-là) le surgissement de la conjonction Uranus-Pluton comme la remise en question radicale (Pluton) du pouvoir gaulliste (Uranus). Il croit son heure venue : dans sa dramaturgie planétaire intérieure, c’est Pluton-Mitterrand (l’apôtre du parlementarisme et donc de la multiplicité des partis, l’homme des contre — pouvoirs) contre Uranus-De Gaulle (le « dictateur » présidentialiste et donc de l’unicité de la Nation). Il se trompe, il s’aveugle, mais il ne le sait pas encore.

Mai 68 verra son dernier affrontement direct avec Pierre Mendès-France, qui croit, lui aussi, son heure venue. « PMF » est d’ailleurs un des rares hommes politiques traditionnels qui ne soient pas conspués par les étudiants, et même qui trouve grâce auprès de certains d’entre eux. Des universitaires « de gauche », solidaires des étudiants, créent d’ailleurs le 21 mai une association de soutien à la candidature de PMF, au cas où le régime basculerait. Pourquoi cette aura auprès des contestataires libertaires et gauchistes ? Est-ce le fait de son envergure morale ? Ou parce qu’ayant gouverné trop peu de temps, parce qu’ayant échoué dans sa carrière politique, il n’a pas « les mains sales », et de ce fait est moins usé et discrédité que les autres ? Un peu de tout cela sans doute. Le sort, encore une fois, est injuste envers François Mitterrand — « Il pourrait toujours servir », se contentera de jeter ironiquement et cruellement Cohn-Bendit, le leader étudiant, en évoquant le président de la FGDS.

Mitterrand craint de voir Mendès-France le doubler sur sa gauche en cas de vacance du pouvoir. Il lui faut réagir vite. Nombreux sont les membres de son parti qui voient déjà en PMF le « sauveur suprême ». Nouvelle injustice : cela fait trois ans que François Mitterrand « rame » comme un damné pour unir les forces de gauche afin de permettre l’alternance politique. Et voici qu’au premier coup de Trafalgar, c’est PMF qui empocherait la mise, au nom de son seul « magistère moral » ? Mendès-France, un autre « uranien » charismatique, solitaire et intransigeant comme De Gaulle ? Déjà, les centristes vantent eux aussi les mérites de PMF. Les communistes, eux, se méfient comme de la peste d’un nouvel « homme providentiel de gauche » — traduction astrologique : un autre « uranien ». D’ici à ce que socialistes, radicaux et centristes concoctent une sainte alliance pour propulser PMF au pouvoir, il n’y a pas loin. Et toute l’œuvre de Mitterrand, tout son travail patient et opiniâtre pour unir les forces de gauche serait réduit à néant…

Alors il prend les devants et pare à ce qui lui semble être le plus pressé. Le 28 mai il convoque une conférence de presse où il déclare notamment : « Il n’y a plus d’État, et ce qui en tient lieu ne dispose même pas des apparences du pouvoir ». Après avoir souhaité et envisagé la démission du Général, il propose la constitution d’un gouvernement provisoire de gestion. « Et, pour le former, je pense d’abord à Pierre Mendès-France. Et, pour la Présidence de la République, le suffrage universel décidera. Mais déjà, je vous l’annonce, je suis candidat ». Traduction en forme de jeu de mots : « Mai enfin, Élysée-Moi ! ». On ne saurait être plus retors, ni forcer plus outrageusement et aveuglement le destin. Mendès-France n’avait même pas été prévenu. Il apprendra le rôle qui lui serait réservé à la radio. À la FGDS, on est plutôt content. Mais à la télévision — donc auprès des Français — Mitterrand est passé pour « un factieux, un apprenti dictateur. Il a fait peur ». N’est pas « uranien » qui veut, et entre autres pas François Mitterrand. Mais le temps d’un « transit », il s’est cru ou voulu uranien, c’est-à-dire « missionné, sauveur, meneur de foules ». Il va payer très cher ce rôle à contre — emploi. Aussi cher qu’en 1958. De Gaulle revient d’Allemagne, bien décidé à faire le ménage et reprendre les choses en mains. Il dénonce à la radio les « politiciens au rancart » — devinez qui il vise — et annonce la dissolution de l’Assemblée Nationale et la tenue immédiate d’élections législatives. On va voir ce qu’on va voir ! L’homme providentiel étant une dernière fois de retour, les caciques de centre-droit, de centre-gauche et même de droite gaulliste qui étaient prêts à retourner leur veste en cas de chute du gouvernement se reprennent courageusement. Charles Pasqua et André Malraux organisent une gigantesque manifestation gaulliste sur les Champs-Élysées. Les électeurs, convoqués par De Gaulle, en ont, au bout d’un mois, ras-le-bol de la « chienlit », et des grèves gigantesques qui paralysent tout le pays et désorganisent leur vie quotidienne. Aux législatives, la FGDS et le PCF sont battus à plate couture et Mitterrand n’est lui-même réélu que de justesse, après un ballottage extrêmement serré. Trois ans de travail sont réduits à néant par quelques jours de précipitation et d’aveuglement. « Je suis désormais l’homme le plus haï de France. Ce qui me permet d’espérer que je serai un jour l’homme le plus aimé » confie-t-il alors à Michèle Cotta. Fin 1968, il devient le bouc émissaire de la FGDS, qui le rend responsable de la défaite. Ulcéré des attaques et soupçons dirigés contre lui, il démissionne. Il n’a plus de parti. En 1969, le « Non » des électeurs au référendum provoque la démission de De Gaulle. Sous ce transit d’Uranus-Pluton, Mitterrand pourra méditer sur les « dictateurs » uraniens qui ont la grandeur et l’humilité de s’en aller quand le peuple les désavoue démocratiquement.

Personne ne veut de François Mitterrand comme candidat de la gauche aux présidentielles anticipées. Gaston Defferre se dévoue pour porter le drapeau. Il fera 5 % des voix. Un bide complet. Le PCF obtiendra, lui, presque 23 %. Et l’union de la gauche, œuvre de Mitterrand, sortira meurtrie de la campagne anticommuniste du couple Mendès-France-Defferre. La catastrophe.

Bilan de ses trois « transits » d’Uranus : de 1954 à 1956, lors de la conjonction d’Uranus à son Pluton natal, il est Ministre de l’Intérieur, et se voit contraint de mettre en œuvre et d’endosser la responsabilité d’une politique autoritaire, féroce et répressive à l’égard des indépendantistes algériens. Il en gardera à jamais l’image d’un flic répressif, même si c’est largement injuste. En 1958, lors du carré d’Uranus à son Soleil natal, il se braque aveuglément contre le régime gaulliste, l’accusant d’être une dictature… ce qui manifestement n’était pas le cas. Il perd le pouvoir pour longtemps. Et en 1968, il réussit à se forger l’image d’un factieux et d’un dictateur en puissance. Ce qui est injuste aussi : après tout, quand le pouvoir politique semble au bord de la vacance, il est légitime et responsable d’envisager des solutions d’alternance ou de remplacement. Dénominateur commun des trois périodes : Uranus. L’astrologie n’est pas une science exacte, certes. Mais pour ce qui est de prévoir et comprendre les enjeux d’un échéancier, elle a manifestement son mot à dire dans le champ des sciences… humaines et exactes. Cette étude astro-psychologique a, entre autres, pour vocation de le démontrer.

Épines à Épinay : la dose au point…

« La rose et sa couleur étaient les symboles du premier degré de régénération et d’initiation aux mystères… Le rosier est l’image du régénéré, comme la rosée est le symbole de la régénération » (F. Portal).

En 1969, l’ère glorieuse de l’épopée gaullienne est finie. Les hommes providentiels, eux aussi, sont mortels. François Mitterrand a perdu son cher adversaire, son ennemi préféré, son rival attitré. Georges Pompidou le remplace. Cancer ascendant Lion, fortement marqué par les planètes Mars, Saturne et Jupiter, ce dernier est avant tout un sage et réaliste gestionnaire, plutôt conservateur. Moins de « grandeur », plus d’affairisme. Bon sens et profil bas, gestion prudente — d’aucuns diraient frileuse — de l’héritage gaulliste marqueront son passage à la Présidence de la République.



Mitterrand doit repartir à zéro. Il a l’habitude. À gauche, la SFIO est profondément démoralisée, déboussolée par son cuisant revers électoral. Son leader, Guy Mollet, malade et désenchanté, souhaiterait transformer le vieux parti en un P.S. tout neuf, doté d’un programme plus actuel. Mais quel programme, pour quelle actualité ? Depuis le début du siècle, les socialistes fonctionnent à l’utopie généreuse et langagière. Mitterrand et son gang de « conventionnels » ressentent plus que d’autres la nécessité de donner à l’idée socialiste-humaniste une charpente, une ossature idéologique et économique. Va pour le marxisme : socialisation des moyens d’investissement, de production et d’échange, nationalisation, création d’un vaste secteur public, planification de l’économie. Il faut dire que, chez les « conventionnels », nombreux sont ceux qui sont venus du marxisme. De plus, au lendemain de 68, il peut être utile de « gauchir » les positions pour attirer à soi la jeunesse, les électeurs de demain… Mitterrand lui-même affirme que c’est à cette époque qu’il s’est « converti » au socialisme. Entre deux lectures de l’Ecclésiaste ? En tout cas, sa définition du socialisme est plus religieuse que politique : « Moi, je dirai que c’est la justice… Je ne suis pas né à gauche, encore moins socialiste, on l’a vu… J’aurais pu devenir socialiste sous le choc des idées et des faits… Non. La grâce efficace a mis longtemps à faire son chemin jusqu’à moi ». À un journaliste, il confiera que c’est en relisant le « Sermon sur la Montagne » qu’il a compris l’injustice et, puisque d’après cet avocat de formation, le socialisme, c’est la justice…

Une sorte de catholicisme social ? Devenu agnostique par foncier scepticisme mais néanmoins imbibé de culture et de spiritualité chrétienne, il a depuis longtemps pris ses distance avec le catholicisme, et se méfie de ceux que l’on appelle les « chrétiens de gauche ». Ce qui ne l’empêche pas de partager exactement les mêmes déchirements qu’eux : « Puisque l’Église dont j’avais continué d’observer les préceptes, n’était pas dans le camp de la souffrance et de l’espoir, il fallait, me disais-je le rejoindre sans elle. Ainsi ai-je quitté le chemin de mon père pour mieux le retrouver ». Et sans doute le dieu de François Mitterrand est-il un curieux mélange — ou une savante et paradoxale combinaison, Scorpion oblige — d’Être Suprême laïc et Républicain, et de Père chrétien. Dans le genre marxiste, on fait mieux…

En 1968 en tout cas, il a abandonné la FGDS et la SFIO qui le considéraient comme un véritable pestiféré, un porteur de poisse. En 1969, la SFIO décide de s’appeler désormais « Parti Socialiste ». Mitterrand est convié à s’y inscrire comme député de base. C’est trop peu pour son orgueil et son ambition. Pendant trois ans, il préférera siéger à l’Assemblée parmi les non-inscrits. Ce qui ne l’empêche nullement de continuer à mener, en sourdine et en coulisses, son combat politique. En complotant, comme à son habitude : il sait qu’il lui est indispensable de devenir le chef du PS pour espérer un jour reconquérir le pouvoir. Le problème est que personne ne veut de lui à ce poste. En 1971, le PS tient son congrès. Nous sommes en 1969 : il a deux ans pour se préparer. Or le Parti Socialiste est déchiré par de multiples luttes de tendances. Ces dernières ont toutes ont un désir commun : secouer le PS, le faire sortir de son inertie, le revitaliser. Il fait ses comptes : en fédérant l’ensemble des mécontents — un groupe hétérogène allant de marxistes purs et durs à de sages sociaux-démocrates en passant par des chrétiens de gauche — il devrait pouvoir se construire une majorité. Ce qui est bien dans la ligne du Soleil-Scorpion au trigone de Pluton : unifier et rendre représentatif par de savantes alliances (Soleil-Scorpion) un ensemble multiple, disparate et dispersé (Pluton).

Pluton… Justement, au début des années 1970, la dernière planète du système solaire a parcouru 90° et se trouve donc au carré de sa position initiale dans le thème de François Mitterrand. Elle passe en outre sur son Ascendant, toujours en compagnie d’Uranus. Autrement dit, notre personnage est plus « plutonien », plus « plutonisé » que jamais : complexe, froid, énigmatique, secret, en marge… Il est en outre né, nous l’avons déjà noté, lors d’un temps fort de l’intercycle Jupiter-Saturne-Neptune : Saturne et Neptune, en conjonction, se trouvaient à 90° (carré) de Jupiter. En 1971, lors du Congrès d’Épinay, ces trois planètes se trouvaient à nouveau à un moment fort de leur intercycle : Jupiter et Neptune, conjoints, se trouvaient en opposition (180°) à Saturne. L’époque est donc d’importance pour Mitterrand. Quelles sont ses réactions, sous les auspices d’un temps fort de Pluton ? Une fois de plus, en bon plutonien, se fait invisible. Il opère par l’intermédiaire de son gang, en tirant les ficelles dans l’ombre. Pour obtenir une majorité au PS, il doit absolument faire en sorte que les « Conventionnels » adhèrent en masse. Ce qu’ils font : « Ça a été un coup de bluff formidable. Mitterrand a fait croire à Savary que ses amis étaient plus de 15000, alors qu’ils n’étaient que 5000 », se souvient Jean Poperen, l’un des « conjurés ». Et en 1971, c’est la conjuration. En jouant habilement son double-jeu habituel, il a réussi à fédérer occultement les mécontents. Catherine Nay décrit bien cette implacable stratégie d’investissement par les marges et de désinformation, signée sans ambiguïté Scorpion-Pluton : « Subtil, François Mitterrand évite de trop se montrer. Dans cette affaire, il applique la stratégie de l’araignée. Il tisse sa toile silencieusement avec l’aide de ses amis, en attendant que les mouches viennent se prendre dans ses fils. Et il sait depuis son enfance charentaise qu’on ne les attrape pas avec du vinaigre… ». L’offensive scorpionno-plutonienne, la machiavélique et subtile combinazione réussit parfaitement. Le 13 juin 1971, lorsque commence le Congrès, il n’a pas sa carte du parti. Le 16, lors de la clôture, il ne l’a toujours pas… mais il est Premier Secrétaire du Parti Socialiste. C’est un viol pur et simple. Qu’en dit le premier intéressé ? « Le congrès d’Épinay s’est déroulé avec l’implacable logique de la vie contre tout ce qui la menace et la ruine. Son déroulement a échappé aux volontés des état-majors, des spécialistes. Il a exprimé une volonté de la base. Quant à la comparaison avec un tableau abstrait, je suis prêt à reconnaître […] que le congrès d’Épinay ne manquait pas d’une certaine rigueur esthétique ». Tout Mitterrand est là : le solitaire solidaire de son gang, l’expression d’une occulte « volonté de la base » qui est essentiellement celle de ses bases plutoniennes à lui, et même sa fibre esthétique vénusienne : non seulement c’est un complot habile, mais c’est un joli coup. La « dose au point »

Lorsqu’il fait son apparition dans les couloirs et bureaux de l’immeuble du PS, les militants éberlués ne se trompent pas sur sa nature à la fois solaire et plutonienne : ils l’appellent le « prince étranger », ou encore le « prince maudit ». Il règne en dilettante, passant chaque jour à l’improviste, restant une heure ou deux, jouant la carte de la flânerie et de la séduction auprès de ses nouvelles troupes, s’attachant de nouvelles fidélités. Il arrive le plus souvent en voiture, « toujours conduit par de gentes demoiselles, jamais les mêmes ». On est un Don Juan, un « beau ténébreux ou pas »… Il l’est. Il change aussi de « look » : les costumes trois-pièces de notable de la IVe République disparaissent au profit d’une vêture « de gauche » (cols roulés, velours). Le chapeau et l’écharpe rouge apparaissent. Cela pour la forme. Pour le fond, il s’agit de donner à ce PS tout neuf un programme concret, des bases théoriques, un contenu idéologique. François Mitterrand n’est pas vraiment fixé sur le sujet. Les chapelles s’empoignent ardemment sur le « parti révolutionnaire » que doit absolument être le PS, et, « quand les points de vue sont trop contradictoires, François Mitterrand, bien déterminé à hésiter, choisit le clair-obscur ». Ou comment marier les contraires dans un flou impeccable, dans une optique typiquement Scorpion-Pluton-Balance. Il n’a jamais été un idéologue, encore moins un économiste, il ne le sera jamais. C’est avant tout un Républicain marginal, « déterminé par ses abjections, ses dégoûts et mépris ». Autrement dit, pour lui, ce régime gaulliste qu’il exècre profondément.

Jusqu’à la gauche…

« C’est le limpide du limpide, le certain du certain, l’étrange de l’étrange, totalement en dehors du langage — où la mort est presque risible » (Tennyson).

En 1972 est signé le Programme Commun de la gauche. François Mitterrand, à partir du moment où il s’est emparé du PS, n’a pas perdu de temps. Plus que jamais, il est imperméable aux réalités techniques et économiques du monde où il vit : « Je pense que le socialisme est un facteur de rêve et dans certains cas de réussite face au monde de la science et de la technique, enfin face au monde moderne ». À la même époque, il publie La rose au poing (la dose au point ???), manifeste du nouveau Parti Socialiste. Nous ne reviendrons pas sur la stratégie par lui mise en œuvre pour parvenir à réunir les gauches. En 1972 toujours, il fête ses 25 années de Parlement. C’est l’occasion pour lui d’exprimer toute la pudeur affective qu’il doit à Vénus en Vierge et tout l’intérêt pour l’envers des choses dont il a hérité par sa dominante plutonienne : « Je n’aime pas que les sentiments se paient de mots et m’émeus aux symboles comme si j’avais besoin plus que naguère de percevoir un filet, si ténu soit-il, de la face cachée des choses ».

Georges Pompidou meurt en 1974. Élections présidentielles anticipées. Il perd face à Giscard d’Estaing et, alors même que la presse le traite déjà de « has-been », d’éternel perdant, ce diable d’homme reste confiant en son destin : « Je lis et je ris. Que savent-ils de mon destin ? Le destin de la Seine est-il d’arroser Paris ou d’aller à l’océan ? ». Quand on avance au pas de Pluton — 250 ans ! — on n’est pas pressé. Encore moins quand on fait confiance à l’inéluctable, lorsqu’on est à l’écoute d’une petite voix muette, obscure et profondément intérieure, et qui toujours, pour qui sait l’écouter et la déchiffrer avec humilité, n’est que l’écho des lignes de force de la destinée. Et François Mitterrand, en ces très plutoniennes années, est tout particulièrement attentif aux signes du destin. Notons au passage qu’au cours des années 1974–1975, Uranus « transite » en conjonction avec son Soleil natal, et que, comme en 1958, il est battu par un « uranien », Valéry Giscard d’Estaing…



Les Assises du Socialisme ont lieu en 1974. Événement rétrospectivement majeur : Michel Rocard quitte le PSU pour rejoindre les rangs du PS. N’anticipons pas, en dépit de la facture très astrologique de cet ouvrage : nous reviendrons sur les relations Rocard-Mitterrand au cours du chapitre suivant. Les Assises sont en tout cas l’occasion de recomposer et rassembler encore plus fortement les forces de gauche. En ces années-là, François Mitterrand vit le « transit » de Pluton sur son Mercure natal. « Ce transit peut vous valoir le sentiment de jouer avec les clefs de l’univers (mais aussi)… compromet les alliances, perturbe les moyens de s’entendre et de communiquer… et le langage… devient un moyen d’intoxiquer, masquer, détourner et désorienter. C’est pourquoi, pour ce transit (on met)… en garde contre les informations tendancieuses, les mensonges, les malentendus et les manœuvres ». Précisément, au cours de cette période, Mitterrand peut avoir l’impression de « jouer » avec les clefs de l’univers politique hexagonal. Il a réussi à ligoter le PC dans une alliance programmatique qui ne lui laisse guère de champ libre, et la gauche progresse de scrutin en scrutin. Mais en même temps, les dirigeants communistes, pas dupes, se rendent compte que, plus le PS progresse, et plus ils diminuent. La dose est parfaitement au point. François Mitterrand,en ces temps très plutoniens pour lui,complote encore et toujours. Si, dans la rhétorique martiale du PCF, « l’union est un combat », pour Mitterrand, elle est un pot-pourri d’arrières-pensées mercuro-plutoniennes, un jeu pervers où il s’agit de vaincre celui avec lequel l’on s’est tactiquement allié. À ce sujet, il ne fait pas mentir la fréquente réputation de cynisme de qui compte Pluton parmi ses dominantes planétaires : « Avec l’union de la gauche, je gagne à tous les coups. Ou bien le PC se comporte en fidèle second, et je m’arrangerai pour lui faire porter la responsabilité de l’agitation sociale, s’il y en a. Ou bien… j’organiserai la résistance contre ses menées, devenant ainsi le meilleur rempart contre le communisme avec les deux tiers du pays derrière moi ». C’est ce qui s’appelle, une fois de plus, jouer un double jeu dans une partie de billard à trois bandes… ou de poker menteur.

Le « transit » Pluton-Mercure est à son apogée en 1977. Les communistes, échaudés par le double langage et les manœuvres de François Mitterrand, mettent un terme à l’union de la gauche. Le syndrome du « à malin, malin et demi », une fois de plus. Une nouvelle fois, ses espoirs s’écroulent : sans union, pas de désistement garanti aux législatives prévues pour 1978. Et sans désistement, pas de victoire possible. Il a voulu jouer au plus fin et au plus roublard avec les communistes… et il a perdu. D’autres que lui, moins cyniques, moins calculateurs et, pour tout dire, moins authentiquement politiques, jetteraient l’éponge devant une situation aussi compromise et défavorable. Mais la force de qui a, comme lui, un Mars faible, est justement de ne pas réagir à la situation concrète et immédiate : « Raide et pathétique, Mitterrand continue donc à jouer sa partition unitaire comme si rien, autour de lui, n’avait changé ». Mieux, ce sévère revers lui rend l’espoir : « Mon parti peut prétendre être à la fois le parti de l’union de la gauche et celui de la résistance au PC. Je gagne sur tous les tableaux ».

En Mars 1978 ont lieu les législatives. Directives de Mitterrand pour la campagne, relatées par l’un des membres de son gang, Gilles Martinet : « Ne nous embarrassons pas de formules trop précises dans notre programme. Elles risquent de nous faire perdre. Comme disait Napoléon : on gagne et on voit ». C’est du flou qui se voudrait impeccable, et la gauche perd, de justesse il est vrai, et malgré sa désunion, ces élections. Giscard les gagne donc… Mais l’essentiel se profile déjà : le duo-duel Mitterrand-Rocard.

Le hic et l’archaïque

« Hic : Point difficile, essentiel d’une chose, d’une affaire » (Dictionnaire Robert). « Archaïque, archaïque ? Est-ce que j’ai une gueule d’archaïque ? » (P.C.C. Arletty & Jacques Prévert).

Le soir du 19 mars 1978, la gauche a donc perdu les élections législatives. Michel Rocard apparaît à la télévision et procède, le cœur sur la main et le « parler vrai » aux lèvres, à l’autocritique des socialistes : leur programme politique péchait, selon lui, par son manque de réalisme économique. Il s’en excuse publiquement et humblement. Quelque temps plus tard, à la radio, il surenchérit : si les Français semblent apprécier un certain « style politique » — entendez le sien — ils se détournent en revanche d’un « certain archaïsme » — François Mitterrand est dans le collimateur — presque aussi aimable en cela que De Gaulle qui traitait, en 1968, le 1er Secrétaire du PS de « politicien au rancart »… Le chouchou des sondages portait la première estocade à Mitterrand, qui, âgé alors de 62 ans, traînait comme une éternelle casserole son appartenance à la IVe République et son image de perpétuel « loser » de la Ve. Rocard, fort de son image de « socialiste responsable » dans l’opinion publique, prenait ainsi le pays à témoin, et, le regard rivé sur la prochaine échéance électorale (les présidentielles de 1981), engageait la guerre de succession. Mitterrand incarne une fois de plus l’échec de l’Union de la Gauche. L’intelligensia de gauche fait feu de tout bois dans la presse et les médias : après avoir follement espéré en lui, on lui demande de se retirer. Même à l’intérieur du parti, il a perdu de son aura : d’aucuns commencent déjà à affubler le « prince noir » de l’affectueux sobriquet de « tonton ». Prince noir ou tonton, François Mitterrand est très abattu par sa défaite et, un temps, songe sans doute sérieusement à jeter l’éponge pour se consacrer à ses autres passions : l’écriture, la nature, l’histoire, la géographie. Sous un « transit » de Pluton sur Mercure, comme celui qu’il vit actuellement, on se fait facilement des idées noires, on doute, s’interroge, se questionne et surtout l’on se sent profondément désimpliqué : l’on ressent l’envie ou le besoin d’explorer d’autres chemins, de s’ouvrir à d’autres mystères, à d’autres inconnus. L’attaque quasi-frontale de Rocard, la campagne menée à gauche pour qu’il se retire du jeu politique vont provoquer chez lui un sursaut. Les relations Mitterrand-Rocard, c’est une vieille histoire. Et pas précisément le style « love story ».



Michel Rocard est né le 23 août 1930 à 9 h 00 à Conflans-Sainte-Honorine. Lion ascendant Balance, ses planètes dominantes sont Mercure, Mars, Jupiter et Saturne. Mercurien, c’est un être mobile, curieux, ouvert à de multiples dialogues, disponible pour toutes les rencontres : c’est son côté « turlupin », brassant mille idées à la fois. Mars en Gémeaux signe à la fois le réaliste sans œillères ni préjugés et l’activiste pressé : « il ne marche pas, il galope ; il ne mange pas, il avale, et il aimerait commencer ses lettres par la signature, histoire de gagner du temps ». Sportif, adepte de ski et de navigation, ce marsien infatigable est un boulimique de l’action. Jupitérien, ce pragmatique a soif de reconnaissance publique et oscille perpétuellement entre l’attaque de front (Mars) et le patient consensus négocié (Jupiter). C’est enfin un saturnien calviniste, austère, rigoureux et moraliste. Son thème astrologique natal est marqué par de très nombreuses dissonances entre planètes : d’où, chez cet homme d’action, les démarrages trop rapides suivis de brusques coups d’arrêt, les enthousiasmes frénétiques auxquels succèdent de noirs désenchantements, mais aussi le conflit entre l’intellectuel dubitatif et brouillon, avide d’idées et de raisonnements nouveaux (Saturne-Mercure), et le réalisateur pragmatique qui ne croit qu’aux lois et leçons des faits et de l’expérience concrète (Mars-Jupiter-Saturne). « A la limite, l’existence est à vos yeux un vaste champ d’expérimentation où vous tenez à faire vos preuves, à vous imposer, à vous dépasser parfois ».

On le voit, c’est tout l’opposé de François Mitterrand, calme, hiératique et méditatif. Ajoutons à cela le fait que l’un est Scorpion et l’autre Lion, deux Signes à la fois parfaitement complémentaires et totalement antinomiques. Voici comment l’astrologie analyse le regard du premier sur le second : « Bonne ou mauvaise, la relation ne sera pas de tout repos. Vous aurez tout intérêt à partager clairement les pouvoirs et responsabilités si vous ne voulez pas qu’elle devienne le lieu d’un constant rapport de force. La susceptibilité de chacun favorise crises et drames. Face à ses prétentions, vous essaierez d’asseoir votre réputation par la ruse, à grand renfort de traquenards et de provocations insidieuses ». Le Lion Rocard, de son côté, voit le Scorpion Mitterrand d’un drôle d’œil : « Si la relation est mauvaise, vous dénoncerez donc sa mauvaise foi, sa sournoise volonté de puissance, ses manipulations et ses magouilles, ses airs de supériorité et son impuissance à se libérer du pourrissement des situations bloquées, malsaines ». Entre les deux hommes donc et a priori, un lourd contentieux astrologique est possible, sinon probable. Les aléas de leurs trajectoires politiques ne feront qu’alourdir et renforcer les incompréhensions mutuelles. En 1958, alors que Mitterrand souhaitait s’inscrire au PSA, ancêtre du PSU, Michel Rocard, jeune et brillant inspecteur des finances, s’opposera haut et fort — soutenu par Mendès-France… comme on se retrouve ! — à son admission. En 1965, Rocard est alors à la tête du PSU (Parti Socialiste Unifié), ce laboratoire vibrillonnant où s’agitent et s’expérimentent toutes les idées et projets de la « deuxième gauche » qui se définit comme auto-gestionnaire, libertaire, anti-communiste et « moderne ». Nombreux y sont les chrétiens de gauche cherchant à réconcilier morale, justice et politique. Quand Mitterrand se présente aux présidentielles contre De Gaulle, il ne recevra qu’un « appui critique » du PSU de Rocard. Déjà, ce dernier le perçoit comme un ringard et un politicien combinard, poussiéreux et sans idées. En 1971, lors du Congrès d’Épinay, il jauge et juge avec mépris la prise de pouvoir au PS de Mitterrand, le programme commun n’étant pour lui qu’un « torchon de papier ». Mais le PS de Mitterrand devient le véritable « attrape-mouche » de tout ce que la France compte comme forces de gauche non-communiste. Le PSU s’affaiblit et ses militants résistent de moins en moins à l’attraction du « Prince noir » et de son parti débordant de vitalité et de militants. Sentant que son destin politique risque de devenir une impasse s’il s’enferre dans le gauchisme du PSU et pensant qu’il pourrait dépoussiérer le PS, Rocard, en 1974, quitte son parti sous les huées et s’inscrit au PS. « Il est convaincu d’apporter à ce parti rétro ce qui lui fait cruellement défaut : la dimension raisonnable de la révolte de Mai 68, la modernité idéologique du tertiaire et l’épopée réformatrice de la « classe ouvrière ». Bref, il se comporte en Lion anti-Scorpion (suivez son regard…). Le Scorpion en question réagit en le « placardisant » sans autre forme de procès, estimant que l’heure n’est pas au dépoussiérage et à la modernisation du socialisme lyrique, mais aux manœuvres occultes et aux combinaisons subtiles pour unir les forces de gauche traditionnelles, et ainsi conquérir le pouvoir d’État. Rocard ravale donc ses ambitions léoniennes et sa superbe, se fait tout petit et attend son heure avec impatience. Le Congrès de Nantes du PS, en 1976, lui donne une première occasion de faire entendre sa voix minoritaire et de se démarquer. Et petit à petit, il parvient à représenter une grosse minorité au sein du PS.

En 1978, ce Lion se sent assez fort pour jouer sa propre partition dans la course au pouvoir : « vous semblez toujours capable d’un coup de reins décisif pour débloquer les choses, vous surpasser et faire fructifier vos talents, au risque parfois de tout perdre ». La réaction de François Mitterrand ne se fait pas attendre : la lassitude, l’amertume et le découragement qui l’accablaient s’évanouissent comme par magie devant ce défi. Il réunit son « gang » de conventionnels, lequel publie un « appel des 30 » fustigeant les technocrates modernistes — entendez les économistes responsables du genre Rocard — à faire perdre son âme au socialisme de grand-papa. Bien entendu, notre Scorpion plutonien reste en coulisse. Et en bon Scorpion, il a bien compris le double danger que représente Rocard : un danger subjectif et personnel : c’est une attaque personnelle contre son autorité, et cela, un Scorpion orgueilleux et ombrageux ne saurait le supporter ; un danger objectif et politique : la gauche ne parviendra jamais au pouvoir sans l’appui des voix communistes, que le discours économiste et l’anti-communisme de Rocard ne pourraient que faire fuir à tout jamais. Un danger typiquement Lion : « vous êtes trop préoccupé de vous-même, de votre individualité, de votre volonté ou projet pour vraiment vous intéresser aux particularismes de tout un chacun et à la spécificité de chaque situation… un pas de plus et vous refuserez de sacrifier aux hypocrites finesses de la vie sociale ». Là où François Mitterrand, tout en arachnéenne et jésuitique subtilité, s’efforce patiemment depuis des années de ligoter le PC dans une union qui permettrait à la fois au PS d’arriver au pouvoir et de marginaliser les communistes, Rocard, lui, serait prêt à trancher dans le vif du sujet, quitte à tout perdre par excès de présomption et de précipitation… L’un des péchés mignons du Lion, dans ses moments de faiblesse, est de se comporter en véritable éléphant dans un magasin de porcelaine — et Dieu sait si l’Union de la Gauche en est une fragile boutique ! —, en « metteur de pieds dans le plat », bref, d’être un gaffeur.

En attendant la gaffe qui ne manquera pas de se produire — Mitterrand, cynique et perspicace, en est certain, il noyaute, bétonne et verrouille toutes les fédérations du PS avec l’aide de son « gang », tout en complotant, pour le prochain congrès de Metz, une alliance avec le CERES, l’extrême-gauche du PS, pour contrecarrer l’alliance « centriste » de Rocard et Mauroy qui vient de se réaliser. En même temps, il fait son habituel chantage à la démission. Et puis arrive la « gaffe » du Lion Rocard : il annonce à la radio que, si sa ligne triomphe au Congrès de Metz, Mauroy sera 1er secrétaire du Parti (corollaire logique : et lui-même sera le candidat du PS aux présidentielles). Comme si François Mitterrand n’existait déjà plus, comme s’il avait déjà disparu du paysage politique ! La réaction du Scorpion et de son gang est fulgurante : Rocard est accusé de trahison. Le PS s’entre-déchire, et Mitterrand, fort à propos, susurre qu’il accepterait bien volontiers de se présenter aux prochaines présidentielles « si cela devait sauver l’unité du parti ». Réponse balourde du Lion Rocard : si Mitterrand est candidat, je ne le serai pas. Un Lion qui manque décidément de « l’inhibition différentielle » qui fait toute la puissance du Scorpion, cette carence se manifestant par le fait qu’il « ignore l’art de l’esquive, tombe facilement dans les pièges, gaffeur, trop franc, metteur de pieds dans le plat par réaction contre ce qu’il considère comme de l’hypocrisie et de la dissimulation ».

Vient le Congrès de Metz, « congrès de la haine » selon C.Nay. Rocardiens-mauroyistes d’un côté, mitterrandistes de l’autre sont à couteaux tirés. Lion et Scorpion ont quand même un point commun : une excessive suggestibilité aux paradoxes : « réponses disproportionnées, excessives ou insuffisantes ; on minimise, on dramatise, on survalorise ». Le Lion Rocard minimise précisément la dimension de rêve et le souffle utopique dont le socialisme, est porteur. Mitterrand le Scorpion, lui, estime que Rocard « survalorise les contraintes économiques ». Finalement, Mitterrand, qui avait passé un accord secret avec le CERES, gagne de justesse ce congrès. Et c’est à un autre Lion, Fabius, encore plus ennemi que Rocard des finesses, des nuances et des subtilités, qu’il reviendra de trancher dans le vif des débats en assenant un argument-massue : « Entre le Plan et le marché, il y a nous, le socialisme ». Pas subtil, mais efficace, donc bien Lion : « dans vos éclats, le superlatif arase les discriminations subtiles. Les distinguos pointilleux ne sont pas votre fait. Vous aimez le théâtral, le spectaculaire, abusant des gros effets »… de tribune, en l’occurrence. Mais ce Lion-là est mitterrandiste. C’est une autre histoire et nous aurons l’occasion d’étudier son cas dans le chapitre suivant. Pour l’heure, Mitterrand, hué à son arrivée à Metz, a déployé comme à l’accoutumée son sens des combinaisons subtiles et paradoxales : ce politique à la sensibilité de centre-gauche s’est allié avec la faction marxiste extrémiste de son parti pour contrecarrer la faction de centre-gauche représentée par le couple Rocard-Mauroy… Rocard, le spectaculaire Lion contempteur de l’« archaïsme » est tombé sur un « filou impeccable ». Il y avait un « hic », un hic bien Scorpion et plutonien…

François Mitterrand a désormais repris le parti en mains : les jeux sont faits, et tant pis pour Mauroy qui ne supporte plus son goût pour « les coteries, les courtisans, les manigances ». Habile toujours, il laisse flotter le doute quant à son éventuelle candidature aux présidentielles, attendant, à tout hasard, une nouvelle initiative intempestive de son Lion de rival. Celle-ci ne tarde pas : se méprenant sur les ambiguïtés et les réponses évasives de Mitterrand lorsqu’on lui demande s’il sera candidat ou pas, gonflé par des sondages qui font de lui le meilleur représentant de la gauche, Rocard prend la décision d’annoncer qu’il est partant pour la course aux présidentielles. À la mi-octobre, il téléphone à Mitterrand qu’il va officiellement faire acte de candidature. Réponse floue-impeccable de son interlocuteur : « faites ce que vous voulez, c’est votre affaire. Pour ma part, je parlerai bientôt ». De quoi, pour un Lion franc et direct, se demander si c’est du lard ou du cochon. Rocard a déjà assez pratiqué son Scorpion d’adversaire pour savoir qu’en clair, cela signifie : « je me présente ». Et il a trop claironné ici et là qu’il ferait de toute façon acte de candidature pour ne pas mettre les faits en accord avec ses mots. En adepte du « parler-vrai », il ne saurait se démettre.

Quelques jours plus tard donc, tendu, pathétique et crispé, « la voix pâteuse, le teint blafard », il lance quand même son « appel de Conflans ». Il sait déjà que Mitterrand se présentera. Lequel n’a plus qu’à annoncer in petto que, si le parti le soutient, il sera candidat. Et comme les mitterrandistes y sont majoritaires, cela ne pose pas de gros problèmes. Humilié, le Lion Rocard doit se retirer. Vraiment, il y avait un hic, un véritable « archa-hic » en travers de son chemin. SUITE

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Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard




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