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Bertrand Cantat, un Poissons bouquet de nerfs

Noir Désir n’est pas un groupe de rock comme les autres. Au fil des années et d’un parcours discographique sans fausses notes, il a réussi à imposer un style rigoureux, intransigeant et farouchement indépendant dans un univers du show-business qui nous habitue plutôt à la tiédeur, au conformisme et à l’absence de vue. À la tête du groupe, Bertrand Cantat fait figure de leader charismatique à la personnalité complexe et torturée. Les choses sont forcément un peu plus compliquées que cela…



« Un certain goût de fer »

« Hé camarade, si les jeux sont faits au son des mascarades, on pourra toujours se marrer, et tout le long des courants d’air, on voit des amoureux qui savent encore changer leurs nerfs en un bouquet délicieux, on en aura des saisons, des torrides et des blêmes, je peux encore garder ton nom, je peux aussi dire que je l’aime ». (Comme elle vient).

Bertrand Cantat est une rock star mystérieuse. À l’image de Bashung, Bowie, Jim Morrison, Mick Jagger, Neil Young, Manset et de toute une cohorte d’icônes plus ou moins sanctifiées, il a, qu’il le veuille ou non, cristallisé autour de son image, les fantasmes et les attentes d’un public sans cesse en quête d’idoles. Ses textes, sa musique, son aura, sa présence sur scène ont fait des ravages parmi les fanas de musique rock. À partir de là, on pourrait dire qu’il n’y a rien d’original ni d’extraordinaire à cela. Seulement voilà, le « cas Noir Désir » va beaucoup plus loin que ce constat banal car on peut considérer à juste titre que ce groupe est l’un des rares à avoir vraiment su sortir du carcan et de l’étiquette « rock ». La profondeur et l’authenticité de la recherche esthétique, la sauvegarde d’une rage intacte, l’engagement politique du côté des exclus, le refus de se soumettre aux politesses médiatiques (et toc…) font de Noir Désir un groupe qu’il nous faut aimer à tout prix, envers et contre tout, car il nous soulage de tout le reste (et du pire en particulier).

On ne sait pas grand-chose de la jeunesse de Bertrand Cantat. A priori, et comme c’est souvent le cas pour tous ceux qui ont trouvé dans le rock le seul moyen de justifier leur existence, c’est le jour où il a eu pour la première fois une guitare entre les mains que sa vie a dû véritablement commencer. Bertrand Cantat est tout de même né le 5 mars 1964, à 5 h 30 HO à Pau. Après une carrière dans l’armée, son père a travaillé dans l’alimentation en gros. « Ma mère était institutrice mais n’a pas enseigné très longtemps. On déménageait tout le temps, mais toujours en France — c’est ainsi que je suis né à Pau » (Les Inrockuptibles).

Son thème de Poissons est dominé par une conjonction dissonante de la Lune à Neptune et une configuration Soleil-Mars-Mercure dissonante à Saturne et à Uranus Pluton en Vierge. Cette configuration fait de lui un Poissons enragé par des contradictions insolubles, pris au piège entre des exigences contraires de paix et de violence lucide. Fuyant, secret, insaisissable, il représente l’anti-star dans toute son essence et son mystère. Comme un « homme pressé » qui sent qu’en fait « rien ne bouge » véritablement, il est, un peu à l’image du regretté Kurt Cobain (du groupe Nirvana), un Poissons miné par l’inertie des choses et le sentiment que de toute façon, tout se joue à notre insu et à nos dépens. À la soif de découverte de la Lune en Sagittaire s’oppose la rage sourde du Poissons qui se dit que tout est joué d’avance.

Cette signature astrologique résume tout à fait les contradictions apparentes de Cantat, ses doutes, sa nature secrète, l’insatisfaction d’un esprit rebelle à tout, en bute à ses propres démons. Comme un adolescent à jamais attardé dans le désespoir, à jamais inassimilable dans quelque courant que ce soit, Bertrand Cantat répond à l’appel d’une flamme intérieure, qui brûle, fait de lui « un bouquet de nerfs », jamais calme, jamais satisfait, jamais posé.

On sait que Bertrand Cantat a failli perdre la voix à force de pousser la chanson au-delà des limites physiques du commun des mortels. À l’opposé des « professionnels du spectacle », il ne s’est pas économisé car la notion même d’économie n’entre pas du tout dans le cadre de sa conception de la vie. Au contraire, il faut tout dépenser, il faut tout donner pour que naisse quelque chose, pour que les limites explosent. Une fois encore, on remarque une similitude avec la carrière de comète de Kurt Cobain, qui a poussé le « rock’n roll way of life » jusqu’à l’overdose. La musique est parfois le dernier recours pour des êtres que l’existence dégoûte, déçoit et qui ne se sentent pas à la hauteur de ce défi terrible qui s’appelle « survivre »… Le Poissons est le Signe le plus prédisposé à ressentir de la manière la plus aiguë qui soit le désenchantement, l’ennui, l’apathie et de manière plus générale, le manque d’envie de vivre. Cantat et Cobain ont tous les deux trouvé dans le rock, le seul exutoire possible à une rage inexprimable autrement au quotidien, dans une vie « normale ». Mais Cantat a eu la chance de savoir résister aux sirènes et aux appels de l’auto-destruction, de la dépression et de la drogue, en tout cas suffisamment pour ne pas finir dans le gouffre sans fond des abysses neptuniens.

Poissons tourmenté par un souci constant d’intégrité et d’absolu, il a uni son corps et sa tête autour d’un seul objectif : transcrire au mieux la vérité brutale et épaisse de la réalité la moins « rock’n roll » qui soit. « On aimerait se mettre encore plus en cohérence avec ce qu’on dit. Il y a un moment où le courage ne doit pas être qu’une anecdote » (Les Inrockuptibles). Lunaire contrarié par Neptune et Saturne, véritable individualiste en quête d’univers parfait, en proie aux pires tourments du doute, Bertrand Cantat incarne de la même façon que James Dean autrefois, le complexe de l’adolescent rebelle, confronté aux dures réalités de l’existence. Comme souvent, c’est à l’âge de trente ans (durée arrondie du cycle saturnien) qu’il a dû remettre en question son statut d’adolescent paumé dans un monde d’adultes : « L’histoire de la cassure des trente ans — à laquelle je ne voulais pas croire —, je n’y ai pas échappé. Et dans un monde étiqueté adolescent comme le rock, ça soulève des questions. J’avais déjà des doutes, des complexes, mais à trente ans, c’est devenu grave. On ne peut pas avoir envie des mêmes choses toute sa vie. Que la prime jeunesse et cette incroyable énergie — en grande partie de l’inconscience — ne soient plus là de la même façon, tant pis et tant mieux. On n’a peut-être plus envie de tout bloquer sur la pure énergie, tant pis pour cette partie du public qui demande une performance. Je suis peiné pour Iggy Pop, qui doit faire son cirque tous les soirs alors qu’il affirme envier ses copains qui écrivent des symphonies. Mais lui n’ose pas, il est prisonnier, il fait son Iggy — malgré mon respect » (Les Inrockuptibles).

« Le grand incendie »

Cantat chante toujours les mêmes thèmes, qui reviennent souvent de manière incessante : la fin, la catastrophe, la désillusion, les marchands de rêves, etc. Il a toujours quelque chose sur le feu et l’impression que le torchon brûle, ici ou ailleurs, partout dans le monde. De ce « Grand incendie », il ne sort pas toujours indemne, car au fond, il ne cherche pas vraiment l’apaisement. Sa Lune dominante fortement dissonnée lui interdit toute forme de repos intérieur. Se détendre serait se défaire, s’autoriser une pause qui pourrait s’avérer fatale. C’est de cette tension, de ce drame que sont nées les plus belles chansons de Noir Désir comme Bouquet de nerfs, À l’envers, à l’endroit ou Des armes, emprunté à Ferré, mais néanmoins transfiguré.

« Agendas donnez-moi de vos dates à damner tous les Bouddhas du monde et la Guadalupe, s’il arrive qu’un Anglais vienne me visiter dans la métempsycose je saurai recevoir je peux lui en faire voir de la sérénité et même lui laisser un certain goût de fer et ce bouquet de nerfs ».

Il ne faut pas parler de sérénité, de calme, de contemplation zen à Cantat le guitar hérault, le chevalier des ombres, le Don Quichotte en route pour la joie, le Corto Maltese qui voyage en solitaire. Les méandres au creux des reins sont les seules lignes de destin qu’il s’attache à suivre. De toute façon, « le vent nous portera », quoi qu’il arrive et même si un jour la Révolution a bel et bien lieu. L’exil sera toujours d’actualité, comme la distance qui sépare les êtres, interdit d’autres effusions que celles des larmes. Cette Lune au Milieu-du-Ciel symbolise cette sorte d’appartenance du personnage à aucune autre intimité que celle du mystère intérieur, de sa propre complexité, de son inconscient. Et tant pis s’il faut mettre son corps à rude épreuve, tant pis s’il faut vraiment se casser la voix, quand d’autres se contentent de bêler. Pour être de la taille des grands hommes, il faut se mettre du côté des écorchés.

Le maelström des souvenirs est le seul port d’attache des déracinés, des insoumis. Et pourtant, « on est au monde » (titre de leur compilation de clips). En se plaçant systématiquement hors du système et du systématique, obstinément et catégoriquement en marge des catégories, on est paradoxalement mieux placé pour sentir le monde, ses soubresauts, ses injustices. Avec une Lune dominante en Sagittaire, Cantat ne cesse d’être interpellé par l’état du monde, par cette entité impersonnelle et vague qu’on appelle le « peuple ». En bon saturnien, il ne peut pas s’empêcher de remettre en cause tous les systèmes politiques et en particulier tous ceux qui créent l’inégalité, l’intolérance, le racisme. Au chapitre des dégoûts les plus prononcés on trouve en vrac la mondialisation, le racisme, le F.N., les multinationales de la culture, les Bernard Tapie et les Jean-Marie Messier de tous poils, ces « militants quotidiens de l’inhumanité » (L’homme pressé)… On a beau avoir la Lune en Sagittaire, on n’en pas moins méfiant vis-à-vis de ses soi-disant « bienfaiteurs de l’humanité » qui veulent à tout prix mettre tout le monde dans le même sac, globaliser, mondialiser, « universaliser », internétiser, vivendiser les particularités dans des synthèses bidons, des « comètes humaines universelles ».

« Le vent l’emportera »

Dans certaines chansons, comme Oublié, Lolita nie en bloc, Rien ne bouge, ou Le vent nous portera, on peut saisir toute la dynamique Poissons à l’œuvre au sein de la création de Bertrand Cantat. La négation est pour lui une affirmation, la seule qui vaille au milieu des certitudes imbéciles du monde extérieur. C’est par le refus qu’il s’affirme et affirme le monde.

« Être partout et être nulle part, telle pourrait être la formule du Signe », écrivait Jean-Pierre Nicola à propos du Poissons dans La condition solaire. « Forcément adapté au déluge, il se réalise dans l’inextricable, passe au travers des difficultés et tandis qu’on le donne perdant, gagne de plusieurs longueurs sur l’adversité. N’est-ce pas ainsi avouer que cet amoureux flottant semble heureux de vivre et que son bonheur atteint le comble au fil de vicissitudes ? Dans une optique métaphysique, la vie apporte rarement ce que l’on attend d’elle (tous les pessimistes vous le diront, la vie n’est que déception), un désir apaisé, un autre s’éveille ; en définitive, l’homme cherche le bonheur dans ce qu’il n’a pas : la satiété et l’équilibre. Ce bonheur se projette et stimule l’activité psychique ; peut-il être atteint par le stade Poissons, stade de la « réunification de l’absolu avec lui-même », selon les ésotéristes ? »

Dans les chansons les plus personnelles de Cantat, celles où en fait, il n’est question de rien, où tout semble immobile, figé dans le silence, il semble qu’une part de ce bonheur s’exprime, celui que Cantat ne semble pas réussir à toucher du doigt dans la vie de tous les jours, mais qu’il maîtrise, via l’art, via la musique, via la poésie. Dans Le vent nous portera, il a réussi à exprimer cette sérénité, ce bonheur auquel il aspire, et qui répond d’une certaine manière à la nature bouddhiste, du moins, tel que Jean-Pierre Nicola le décrit, du Signe du Poissons : le détachement absolu, le déconditionnement sublime, le Nirvana…

« Je n’ai pas peur de la route, faudra voir, faut qu’on y goûte, des méandres au creux des reins, et tout ira bien. Le vent l’emportera. Ton message à la Grande Ourse, et la trajectoire de la course, un instantané de velours, même s’il ne sert à rien, le vent l’emportera. Tout disparaîtra, le vent l’emportera. La caresse et la mitraille, et cette plaie qui nous tiraille et le ballet des autres jours, d’hier et demain, le vent l’emportera. Génétique en bandoulière, des chromosomes dans l’atmosphère, des taxis pour les galaxies, et mon tapis volant, dis, le vent l’emportera, tout disparaîtra, le vent l’emportera. Ce parfum de nos années mortes, ce qu’il peut frapper à ta porte, infinité de destins, on en pose un, et qu’est-ce qu’on en retient, le vent l’emportera. Pendant que la marée monte, et que chacun a fait ses comptes, j’emmène au creux de mon ombre, des poussières de toi, le vent l’emportera, tout disparaîtra, le vent l’emportera… »

« Always lost in the sea »

L’aspect dominant du thème de Bertrand Cantat est la conjonction dissonante de la Lune Sagittaire à Neptune. Entre le souci d’être au monde et celui d’être en soi, le tiraillement est lourd. Perdu dans ses secrets, perdu dans son monde, Cantat n’a de cesse d’être réveillé, bousculé par les soubresauts du monde, le vrai, celui qui tape en dehors… Il se voudrait bien « artiste dégagé », comme disait Desproges, mais la tentation est trop forte de mettre les mains dans le cambouis. Car avec une Lune en Sagittaire, on n’est bien que dans la présence aux autres. Le Poissons voudrait s’en foutre, mais le Sagittaire est là pour rappeler qu’un univers existe et demande à être regardé. « Où veux-tu qu’je r’garde ? » questionnait le premier album de Noir Désir. Et la question est bien là : notre quiétude lunaire est toujours compromise par des choses à regarder, des gens à qui parler, des territoires à visiter. Neptune est là qui veille, attentif à ne pas sombrer dans l’égoïsme de la satisfaction hébétée. Il faut toujours regarder ailleurs, et de préférence, en dehors de soi. Groupe voyageur par excellence, Noir Désir a toujours été voir ailleurs s’il n’y serait pas un peu plus.

C’est ainsi qu’il a réussi à ne pas s’encroûter, à ne pas s’embourgeoiser dans le paradis des « surfaces de vente »… Le premier véritable « tube » de Noir Désir, Aux sombres héros de l’amer, rendait hommage « à la mémoire de nos frères dont les sanglots si longs faisaient couler l’acide. Always lost in the sea » Cette chanson résume la problématique Lune-Neptune, telle que l’a décrite Richard Pellard dans le Manuel d’astrologie universelle. « Le sujet est sans cesse la proie d’états d’âme, d’aspirations profondes ou d’engouements incompréhensibles qui lui interdisent tout bien-être, toute quiétude, tout abandon confiant. Il ne s’appartient pas ; il est toujours ailleurs, remué et bouleversé par des sensations grisantes, des projets flous à la réussite improbable. Son vécu désorienté et désorientant semble être sous la gouverne d’imprévisibles impulsions sans but ni cohérence. Il vit son présent incertain comme il advient, tumultueux et insaisissable, sans parvenir jamais à s’habituer à quoi que ce soit. Il lui faut impérativement l’ivresse et l’exaltation que procurent les expériences insensées, quitte à y sacrifier bien-être et harmonie. Les tourbillons de l’indicible, le hors-soi et ses vertiges tentent de fuir les banalités d’un quotidien intimiste mais sans âme ».

« On est au monde »

Gauchiste endurci, mais jamais dupe pour autant, Cantat a représenté, lors des élections honteuses d’avril-mai 2002, le sursaut démocratique d’une jeunesse française dégoûtée par le vote nationaliste. Avec Yann Tiersen, Dominique A, Kat Onoma ou Manu Chao, Noir Désir faisait partie de ces groupes et artistes un peu honteux de ne pas avoir senti le vent tourner. « Ce fut une bombe. Un coup de bambou. J’ai mis deux jours à avoir la tête claire. Dès que la brouillard s’est un peu dissipé, il a fallu se poser la question : qu’est-ce qui a merdé ? La situation est complètement bouleversée. On peut rester sur ses convictions profondes, mais, après une baffe pareille, on ne peut pas rester accroché à ses certitudes » (Les Inrockuptibles). Avec Uranus-Pluton à l’opposé des planètes dites de « représentation », comme Soleil et Mercure, on peut en effet imaginer que le cataclysme politique d’avril 2002 a dû ébranler ses façons de voir les choses et le conforter dans son souci d’ériger le doute et le scepticisme en valeurs suprêmes. Pour faire barrage aux extrémismes de tous poils, il vaut mieux en effet ne jamais mettre son sens critique de côté. Quant aux héros « grand R », il peuvent aller se rhabiller : « Il y a qu’on nous prépare àune énième révolution d’ordre spectaculaire. Venez voir, des réseaux résolus à câbler l’infini et l’univers vibrillonant de mille éclairs. Aujourd’hui, acclamez siouplaît, l’homme nouveau, on verra bien s’il est plus beau, et pour un jour de gloire, il n’y a plus de place pour le doute, en cas d’échec ou de déroute, on pourra toujours s’adresser aussi au ciel… » (Fin de siècle, sur l’album 666.667 Club).

Lunaire en conflit avec le désir d’« autre chose » de Neptune et avec le désir de violence de Mars, saturnien fasciné par les certitudes urano-plutoniennes, Cantat est un sceptique en mal d’idéologies absolues, un rebelle sans cause. Et malgré son côté Poissons, il n’est pas décidé à nager comme une sardine dans l’eau douce. « Même si rien n’est défendable dans les structures, je continue à marcher, viscéralement. C’est une contradiction dont je ne suis pas fier. […] Dans les bois, il faut que je fasse quelque chose : courir comme un dératé, par exemple. […] Dieu sait si ma vie serait plus simple si je laissais couler… J’arrive pourtant à prendre des vacances, à être paresseux mais, même là, ça continue de bouillonner. Je n’arrive pas à baisser ma garde dans ma façon de penser, d’emmerder ma copine. Ça m’exaspère moi-même d’être incapable de décrocher. Je reste en lutte contre tout, y compris moi-même. Et en même temps, je ne crois pas au militantisme, je reste dans mon no-man’s land. Même si à mon âge, je commence à trouver ça plus fatigant de sortir de mes gonds, je ne supporte pas cette idée actuelle qui veut faire croire que la société est établie au niveau mondial, de façon immuable, qu’il n’y a plus de place pour la critique. Ça me rend féroce. Comme si les erreurs du siècle obligeaient un arrêt immédiat de la réflexion : il faut arrêter de penser que le monde peut s’améliorer. Je dis ça et, en même temps, je n’amène rien, j’enfonce des portes ouvertes. Je ne suis que tâtonnements. Mais au moins, je tâtonne » (Les Inrockuptibles).

Lune-Neptune dominants signent aussi la complexité parfois ésotérique des textes de Bertrand Cantat. À vouloir fuir les explications trop simples, il a réussi à développer une poésie faite de fulgurances et de mots trempés à même le métal. En bon maréchal-ferrant des mots et des images, Cantat a su créer un style, au fur et à mesure des albums, à force d’enclumes et de marteaux. Pour éviter que les mots ne trahissent sa vérité intérieure, on imagine aisément qu’il s’est attaché à éviter toute effusion d’impudeur, de sentimentalisme facile pour que ses textes soient d’une façon ou d’une autre intraitables, irréductibles, imperméables à toute interprétation trop rationnelle.

Des logiques implacables

Pris au piège entre Saturne, la Lune et Uranus-Pluton, les planètes Poissons de Cantat (Soleil-Mercure-Mars) ont bien du mal à exprimer le moindre signe d’enthousiasme ou de naïveté enjouée… Le « non, je doute » vaudra toujours mieux que le « oui, je gobe »« Matérialiste alors ça fait qu’au moins on est sûr de n’pas se tromper, et du tangible alors jusqu’à l’indigestion, du rationnel alors et jusqu’à en crever, des logiques implacables mais toujours pas de sens… » (L’Europe).

Petit ‘t’ dominant, Bertrand bénéficie de la force critique de Saturne et Pluton, mais Mercure a bien du mal à faire poindre un peu de sa légèreté, à l’opposé de Pluton, et en conjonction dissonante à Saturne… En porte-à-faux avec ces deux « sinistres », Cantat n’est pas « le joyeux des joyeux. J’apprécie pourtant l’humour, même la franche rigolade. Mais je garde mon fond de mélancolie. J’admire les gens qui arrivent à tout tourner en dérision. Je n’arrive pas toujours à décoller de la poisse des choses. Je manque de distance et d’humour. Je hais mon auto-complaisance mais, en même temps, je ne peux pas faire autrement. Si seulement je pouvais prendre de la distance, être drôle… » (Les Inrockuptibles). Et il apparaît, à la lecture des interviews de Cantat, qu’il éprouve un mal particulier à ressentir la moindre satisfaction durable, à se placer dans quelque état d’hébétude contemplative et jouissive. « Ça ne va jamais : je me sens trop dur, je me sens trop mou, je passe ma vie à me réajuster. […] J’ai des regrets et des hontes par rapport à la vie amoureuse. À ces moments-là, on n’est pas des gens très attentionnés. On a été des féroces mangés de l’intérieur par notre truc et pour le reste, on a fait ce qu’on pouvait. Je suis terriblement exigeant, pas facile à vivre, je réclame beaucoup d’attention. Il y a forcément des contrastes entre ce que je reçois du public — malgré toute la distance que j’y mets — et ce que je peux attendre à la maison. Le public sculpte forcément mes nerfs et si après il n’y a pas la même réponse, je fais morfler tout mon petit monde ». (Les Inrockuptibles).

« A ton étoile »

Dans le thème de Bertrand Cantat, les deux planètes faibles sont Jupiter et Vénus. Reliées harmoniquement à Saturne, elles forment un « appel » à cette planète dominante. Pour ce qui est de Vénus, une chanson résume poétiquement, sur l’album Des visages, des figures, la tension entre l’affectif (Vénus) et le recul permanent de Saturne, L’appartement : « Attends-toi à c’que je me traîne à tes pieds, Laura, j’ai constaté que même un silence de toi, pouvait pousser mon rire à mourir. Attends-moi, toi tu es la reine des sommets, l’orage sévit dans les plaines, tu ne m’entends pas, je suis parasité malgré moi. Elle a su, simplement, enfermer mon cœur dans son appartement ».

Jupiter et Vénus nous renvoient aux notions de groupe, d’harmonie et de créativité. S’il ne possède pas l’âme d’un chef ou le tempérament d’un meneur (trop de doutes, trop de refus des conventions), Cantat n’en est pas moins le leader du groupe, sa tête pensante, son barycentre. Même si on l’imagine mal en élément pondérateur du groupe, il faut reconnaître qu’il lui est parfois arrivé de remplir ce rôle. « J’ai des dettes envers le groupe : il faut que je me consacre exclusivement à lui. J’étais obligé d’avoir le sens du collectif. […] Je me suis souvent retrouvé au centre, à tenir les choses. Ça ne m’empêche pas de rêver à des choses complètement différentes. Le groupe de rock n’est pas une fin en soi » (Les Inrockuptibles). Fan de foot, Bertrand Cantat sait qu’un bon joueur mise plus sur le collectif que sur le jeu « perso ». Mais il s’agit aussi d’une forme de pudeur. À plusieurs, on a moins de mal à cacher son moi profond. On peut encore préserver cette part lunaire qui ne pourrait s’exprimer qu’à travers une carrière « solo »

En bon poète de l’instinct et de la « pensée-feu », Cantat a livré au rock quelques-uns de ses plus beaux textes, à la suite de Gainsbourg ou de Bashung. Il lui a redonné ses lettres de noblesse tout en respectant sa nature profondément prolétaire, populaire, mal dégrossie, vulgaire, mal éduquée (à quoi servirait un rock poli, bourgeois, acceptable et soft ?…) Sorcier des mots et de leurs contresens, il ne s’exprime qu’à travers des formules magiques, mélanges de jeux de mots et de calembours pas drôles du tout.

Dans sa jeunesse, Bertrand Cantat a réussi à trouver le bon équilibre entre sa part rebelle, réfractaire, indocile (Saturne-Uranus-Pluton) et sa part plus ludique, habile, littéraire. « Je bossais beaucoup en français ou en philo. Par contre, la discipline… Un petit con. J’étais en porte-à-faux avec toutes ces conneries de milieu social. […] Mais j’ai vite eu l’impression d’aimer les mots, de pouvoir créer un truc — aussi basique, ampoulé et boutonneux soit-il. J’ai rapidement senti que ça avait sa part de vérité ».

Depuis, Bertrand, Serge Teyssot-Gay, Denis Barthe et Jean-Paul Roy ont écrit parmi les plus belles plages du rock, de la poésie sonique du paysage musical français. Grâce à eux, on aura toujours l’impression qu’une étoile continue à briller au-dessus des horizons poudreux. Ces sombres héros de l’amer n’ont pas encore fini de nous secouer, de nous électrifier. En attendant de nouveaux faisceaux, de nouveaux soleils, soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien…

« A Marcos, A la joie, A la beauté des rêves, A la mélancolie, A l’espoir qui nous tient, A la santé du feu, Et de la flamme, A ton étoile »

Article paru dans le n° 29 des Cahiers conditionalistes (4e trimestre 2004).

Cet article vous a été proposé par : Rémi Valet

Voir aussi :

- L’affaire Cantat-Trintignant


Le petit livre des Poissons

par Richard Pellard. 49 pages. Illustrations en couleurs

Ce livre présente et explique les trois zodiaques : celui du décor des constellations, celui de l’astrologie traditionnelle basé sur les Quatre Éléments symboliques (Feu, Terre, Air & Eau) et celui de l’astrologie naturelle basé sur les phénomènes astronomiques objectifs.

Interprétation des Poissons selon la symbolique classique et selon ses réflexes dans le zodiaque naturel (force, vitesse, équilibre) ; interprétation des Poissons en fonction des planètes dominantes ; le Signe solaire & le Signe Ascendant. Vous pouvez dès maintenant le commander à la boutique.





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