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En quatrième vitesse

« …passés inaperçus dans la grisaille d’une vie poli tique sans éclat et se déroulant sous des formes mesquines et désuètes » (Paul Courtier).

À plein régime…

21/10/1945 : la première Assemblée constituante de l’après-guerre est élue. Cinq jours plus tard, François Mitterrand fêtera son vingt-neuvième anniversaire. Vingt-neuf ans, c’est justement le temps que met Saturne pour faire un tour complet autour du Soleil, son centre d’attraction, et revenir à la place exacte qu’il occupait vingt-neuf ans plus tôt. Un double anniversaire donc.

À droite : Thème d’écliptique ; à gauche : Thème de domitude.

Nous l’avons vu, dans le ciel de naissance de François Mitterrand, Saturne se trouvait au début du Signe du Lion, en relation dissonante (carré, angle de 90°) du Soleil en Scorpion. Que dit la littérature astrologique à propos d’un tel « transit » ? Ceci : « On passe de l’implication (Soleil) à une perte de présence… D’où les idées d’échec, de situation sociale compromise par une soudaine vacuité, une usure du pouvoir de maintenir bien haut son image de marque… Tout ce à quoi l’on tenait pour y avoir mis de sa passion, de sa volonté, de son amour-propre, se défait et ne donne que des fruits décomposés ». Une période plutôt difficile donc, susceptible de poser beaucoup plus de problèmes et de cas de conscience qu’elle n’en résout. Comme le note F.O. Giesbert, il est alors un « personnage en quête d’auteur… un marginal et sa marginalité lui pèse. Sous la Résistance, il était à la tête d’une organisation, il commandait des hommes. Au lendemain de la Libération, il n’a plus que quelques grands souvenirs en tête et ne commande plus rien ». De l’implication à la perte de présence… « Au creux des difficultés qu’il vous faudra alors résoudre, avec une conscience déchirée, vous risquez de connaître la tentation de vous forger un personnage tout en aigreur, rancune et revendications haineuses ». François Mitterrand n’échappe pas à ce sombre pronostic astrologique. Aigreur : lui qui s’est tant investi dans la Résistance, il n’en retire aucune gloire, aucune reconnaissance officielle, aucun poste gouvernemental — De Gaulle l’accusera de « pisser du vinaigre » dans ses éditoriaux de « Libres » — son journal qui fait, lui aussi, naufrage. Rancune : il en veut aux politiciens usés de la IIIe République de se réinstaller confortablement aux commandes de l’Etat, comme s’il ne s’était rien passé, comme s’ils n’étaient responsables de rien. « Politiciens sans courage », fulmine-t-il. Solidaire des prisonniers et déportés laissés sur la touche, il fait de sa présence-absence (bien saturnienne) dans le jeu politique « une accusation permanente contre leur incurie et leur débandade finale ». Revendications haineuses et néanmoins légitimes, à la mesure de ses déchirements et de se déceptions : maximaliste et outrancier, il exige, sans trop tenir compte des limites et contraintes qu’impose la désastreuse situation économique, une amélioration immédiate du sort matériel des PDG. Immédiatement après le long transit de Pluton, qui le vouait aux remises en questions, à plonger dans la transcendance de ses nuits intérieures et extérieures, le transit de Saturne achève de le déboussoler, de lui faire perdre ses marques et ses repères, de le plonger dans la perplexité, le doute et l’inquiétude, mais aussi parachève l’édification de son tempérament de réfractaire, de révolté. « Ce qu’annonce Saturne, c’est surtout la nécessité d’une refonte de vos principes directeurs, et un réajustement de l’idée que vous aviez de vous-même par le biais de l’opinion des autres ». Un personnage en quête d’auteur, vraiment. Et trop orgueilleux, trop réfractaire, trop indépendant pour ne pas être son propre auteur…

L’élection de la première Constituante voit le laminage électoral de l’UDSR. Mitterrand essaie de se faire élire député dans la banlieue parisienne. Il est battu et ne fait donc pas partie de la seconde assemblée constituante. Inconnu, sans programme, sans soutien, il a pourtant réalisé un score assez honorable. Aux élections législatives de 1946, on lui propose de se présenter dans la Vienne ou dans la Nièvre, où le Rassemblement des Gauches n’a pas de candidats. Il opte pour la Nièvre et débarque dans ce département quelques heures avant la clôture des inscriptions.

Il n’a pas d’argent, pas de travail, pas de soutiens, et toujours pas de programme politique. C’est un parfait inconnu qui se présente, mais un inconnu bénéficiant du transit de Jupiter en conjonction avec son Soleil natal. Dans ce genre de période, l’astrologie pronostique que « l’on ne se contente plus d’être présent, on s’implique, on s’engage le plus souvent dans une aventure ou une expérience socio-professionnelle mettant en cause son image de marque, le modèle plus ou moins conventionnel par lequel on agit sur les autres… Jupiter peut se manifester aussi par l’élection d’un but dominant, un projet, un plan ».

On le voit, François Mitterrand a encore une fois « bien répondu » aux incitations célestes. Cette période présente une autre caractéristique remarquable : Jupiter et Saturne, à sa naissance, étaient en carré (distance angulaire de 90°, aspect dissonant). En 1946, le même aspect se répétait : l’intercycle entre ces deux planètes était réactualisé. Les enjeux de cet intercycle : « Il vous faut faire la preuve de vos capacités à gérer les événements sans vous laisser déborder par les contraintes, à jouer subtilement la carte du pouvoir et de la distance, de l’implication et de la rigueur… On cherche un pouvoir, mais on en sait les pièges et les difficultés ». Les difficultés ne manquent pas, l’envie de pouvoir non plus. Le préfet socialiste refuse sa candidature (l’UDSR, parti auquel appartient François Mitterrand, est considéré par la SFIO, parti socialiste d’alors, comme un « mouvement bourgeois »). Mitterrand fait jouer, par téléphone, ses relations parisiennes et parvient à déposer sa liste électorale. Il se met alors à ratisser la campagne systématiquement, sans carte et sans boussole, ni géographiques, ni idéologiques. « Il perd souvent son chemin ou se trompe de village. Il n’en impose guère avec sa voiture fourbue et souvent en panne. Il n’a ni parti ni réseau de notables derrière lui. Logiquement, il devrait perdre »… Il gagne pourtant, et se fait élire sans peine par un rassemblement de voix hétéroclites, battant les socialistes et les communistes — il n’y avait pas de candidat de droite. Encore une illustration in vivo de l’efficacité du « flou impeccable » plutonien. Son programme était simple : « Non à la faillite, non à la vie chère, non à la gabegie administrative, non aux nationalisations, non à l’installation du PC au pouvoir ». Un programme plutonien : bâti sur des refus, des négations, des critiques. Aucune proposition constructive. Un mélange subtil de révolte, mais aussi de démagogie pure et simple, bien dans la veine d’un Jupiter dissonant en transit sur le Soleil… De plus, il est évident que si son anticommunisme militant a incité l’électorat de droite à massivement voter pour lui, il stipulait également dans son programme « que les droits économiques et sociaux des travailleurs soient respectés ainsi que leurs libertés syndicales ». Le sens des combinaisons du Scorpion toujours : unir en une seule conduite, un seul programme, des valeurs apparemment ou réellement opposées…

« A première vue, il n’y a pas de continuité entre le Mitterrand d’avant Novembre 1946, rebelle aux pouvoirs établis, et le Mitterrand d’après, gestionnaire du système — mais un gestionnaire de progrès. Il y a même un tournant ». Le tournant s’explique justement, entre autres, par le retour de Saturne sur sa position natale, au carré du Soleil, dans le thème de Mitterrand. Les 29-30 ans marquent un tournant décisif dans toute vie humaine. L’adolescence (qui commence vers 12 ans, fin du premier cycle de Jupiter) prend fin, et avec elle son romantisme, ses révoltes, sa schizoïdie latente : « A une ou deux années près, l’âge de 30 ans marque souvent une période de transition durant laquelle les gens jettent un second regard sur leur vie… Le début de la trentaine est une période où les gens s’attachent plus profondément à leur carrière, à leur famille et à d’autres aspects importants de leur vie ». de 12 à 30 ans, l’homme adolescent apprend à réfléchir et cheminer par lui-même, creuse ses expériences, s’interroge sur son existence. C’est « l’âge métaphysique par excellence ». S’y déploie une puissante volonté d’apprendre et de comprendre, un grand idéalisme. c’est l’âge des doutes, des interrogations, des mutations et métamorphoses. On s’ouvre à d’autres dimensions de l’existence, jusqu’alors inconnues ou ignorées. La fonction de Saturne est bien de nous sensibiliser à la « transcendance de l’existence ».

A 29-30 ans, le premier cycle de Saturne se termine. Uranus (84 ans de révolution sidérale) prend le relais. L’on se doit d’être autonome, responsable, de se fixer des objectifs clairs et ambitieux, et de s’y tenir. C’est la problématique de l’âge adulte : « acquis au moment de Saturne, l’expérience et le sens des valeurs se polarisent dans une direction privilégiée. On vise son sommet, la réalisation optimale de ses possibilités ; équilibre à trouver entre ses valeurs profondes, les valeurs collectives et les lois universelles, et l’affirmation de son individualité ». Sous un carré Saturne-Soleil comme celui qu’a vécu François Mitterrand à 29 ans, l’on est porté à remettre profondément en question ses choix, ses a priori, ses idéaux (Soleil) en les confrontant avec l’expérience vécue dans sa complexité (Saturne). Il a sans doute compris pendant cette année 1945 qu’il lui fallait renoncer à ses espoirs de « grand Parti de la Résistance unanimiste et révolutionnaire » qu’il avait essayé de créer en fédérant les divers mouvements de prisonniers de guerre. Comme le note F.O. Giesbert, « il est passé, en quelques semaines, de la mystique à la politique ». Comme si le temps de la recherche, de l’absolutisme et des incertitudes adolescentes était fini, « il ne doute vraiment de rien, le jeune député de la Nièvre qui s’installe à l’Assemblée Nationale le 12 novembre 1946. Et pourquoi douterait-il de quelque chose, ce beau ténébreux à la moue hautaine, aux paupières qui battent comme ailes de tourterelle craintive », écrit Catherine Nay, sensible à la dominante Vénus-Pluton du personnage.

Effectivement, il est député du RGR (Rassemblement des Gauches Républicaines), encore une coalition hétéroclite sans programme bien défini. Il n’en a cure. Il joue au golf, participe à la vie mondaine et parisienne, côtoie de près cet establishment qu’il vomissait un an plus tôt. Il n’a ni expérience politique, ni conviction idéologique charpentée, sinon quelques intuitions généreuses et une féroce ambition. En quatrième vitesse, il se précipite dans les couloirs et palais de la IVe République.

Le transit Saturne-Soleil se termine.

Outre-mer et noirs dessins

« L’Afrique dort sans mouvement. Les membres étirés sous tant de latitudes, elle ne sent ni les voyages, ni les passages, ni les messages ; elle ignore les étrangers, les chercheurs, les égarés. Pas un frisson ne la traverse » (F. Mitterrand, 1949).

La IVe République est instaurée. Il n’entre pas dans le cadre de cet ouvrage de faire l’historique ou le portrait de ce régime si décrié en son temps et par la suite. François Mitterrand en sera de multiples fois le ministre, à des postes de plus en plus élevés et importants. Il y démontrera ses talents, ses faiblesses, sa puissance et ses limites, c’est-à-dire, dans notre optique, comment il a vécu, géré et actualisé les différentes tendances astro-psychologiques contenues dans son thème de naissance, à travers quelques dates-phares et périodes décisives, évidemment synchronisées avec des « transits planétaires » majeurs. En 1947, il est ministre des Anciens combattants. Son premier geste politique est de virer durement les communistes qui avaient noyauté le ministère. Son second est d’introduire un maximum des membres de son « gang » : « Une fois de plus, se manifeste son goût de régner sur une tribu amicale ». Il profite de ce poste pour relancer ses réseaux d’influence d’anciens prisonniers et résistants, histoire de s’assurer une solide base politique. Deux ans plus tard, il quitte le gouvernement. Il profite de cette période d’inactivité pour découvrir, au cours d’un voyage privé, l’Afrique. Plutonien, lucide, il observe et s’interroge sur le continent noir : « Pourquoi échangeraient-ils leurs dattes et leurs bourricots contre la fumée de nos usines ? A chacun son plaisir »… comme dirait une Vénus en Vierge. Mais « cela dit, essayons de voir les faits tels qu’ils sont : sous l’affreux aspect de l’utilitarisme, nos colonies nous sont nécessaires. Les abandonner serait s’abandonner ». Un an plus tard, en 1950, il est nommé ministre de l’Outre-Mer et, « à 33 ans, il règne sur l’Afrique Noire, Madagascar, les Comores, les établissements d’Océanie et Saint-Pierre et Miquelon ». Comme par hasard, commence alors l’un des transits planétaires majeurs de son existence : le passage d’Uranus, sa planète la plus faible, sur la position natale de Pluton, sa planète la plus forte.

La fonction d’Uranus, nous l’avons vu, est de simplifier le complexe, de réduire le multiple, de trancher dans les ambiguïtés, alors que celle de Pluton est de maintenir la complexité, la multiplicité, l’ambiguïté. Si François Mitterrand est hyper-doué dans le second registre, il ne l’est guère, voire même pas du tout dans le premier. La rencontre entre les deux planètes risque d’être problématique. À cette époque comme aujourd’hui, l’Afrique est « plutonienne » : complexe, multiple, incompréhensible, insaisissable, continent inconnu et méconnu aux populations inconnues et méconnues. À Mitterrand précisément, il est demandé de mettre de l’ordre dans ce désordre, d’éclaircir ces obscurités. Fasciné par les complexités du continent noir, miroirs de ses propres noires complexités, il oscillera durant un an entre autoritarisme uranien (pour la façade) et manœuvres en coulisses plutoniennes (pour le fond). Si Uranus avait été dominant dans son thème natal, sans doute eût-il essayé de régler les problèmes coloniaux à coups de pronunciamenti autocratiques, de programmes rigides et de ruptures radicales. Mais c’est Pluton, nous l’avons vu, qui tient la vedette. Il agira donc par le biais de sourdes et subtiles pressions pour faire insensiblement changer le cours des événements. Il n’est pas l’homme à accepter les solutions radicales, les choix tranchés, les initiatives intempestives, à l’inverse, par exemple, d’un De Gaulle.

Catherine Nay note que « Durant l’année pleine qu’il passe au ministère… François Mitterrand a l’occasion de faire briller chacune des facettes de son caractère : l’ambition : (…) il veut infléchir la politique coloniale française et lui donner sa marque ; l’individualisme : même si cette politique est inspirée par l’Hôtel Matignon avec les encouragements du président Auriol, il juge normal d’en être le premier bénéficiaire ; l’autoritarisme : Les hommes qui lui résistent seront déplacés ».

Pendant cette période, Uranus, conjoint à Pluton, est également en relation harmonieuse avec le Soleil. Nous avons vu que le Soleil et Pluton, dans le thème natal de Mitterrand, étaient au trigone l’un de l’autre, donc en relation consonante. La fonction du Soleil, en astrologie, est de maintenir le clair, l’unique, le lumineux, le révélé, le connu, le conscient, tandis que celle de Pluton est au contraire de maintenir le complexe, le multiple, l’obscur, le secret, l’inconnu. Uranus fait le lien entre les deux, en simplifiant le complexe, éclaircissant l’obscur, unifiant le multiple. Le transit d’Uranus sur l’harmonique Pluton-Soleil ne pouvait donc qu’aider Mitterrand à mettre en accord sa volonté consciente (Soleil) avec son vouloir inconscient (plutonien), à jeter un pont efficace et constructif entre ses modèles et a priori (Soleil) et la réalité en soi (Pluton). Voici ce que dit l’astrologie d’un transit consonant entre Soleil et Uranus : « Uranus est tout indiqué pour déclencher en vous le goût des aventures intenses avec une conscience plus aiguë des valeurs générales qu’il vous faut mieux définir pour mieux les imposer et mieux les incarner… On parle d’élévation sociale, de mise en vedette soudaine, d’accession à un poste soulignant l’autorité et l’esprit d’initiative. Ce raccourci des chances permises met en relief les notions de puissance et de représentativité sociale ».

Ambition, individualisme, autoritarisme, déjà présents dans le thème natal de Mitterrand, prennent leur pleine mesure au cours de ce transit. Mais Catherine Nay énumère d’autres traits de caractère : « Le talent manœuvrier : grâce aux efforts des députés africains du RDA, qu’il saura s’attacher, il confortera son influence au sein de l’UDSR. Le pragmatisme : Il entend favoriser les évolutions, à condition de garder le plein contrôle des événements, au besoin en agissant sur les résultats des élections ; le libéralisme : en dépit des pressions coléreuses des colons et des gouverneurs, il soutient les leaders africains qui combattent pour l’émancipation de leurs peuples ». Et là, nous retrouvons Pluton, le Scorpion et la Balance, qui donnent eux aussi leur pleine mesure. Subtilité plutonienne plus sens des combinaisons Scorpion : tout en se « servant » sans scrupule ni vergogne des députés noirs pour renforcer sa puissance dans son parti et sur la scène publique, il favorise leurs desseins émancipateurs et indépendantistes et leur confère une dignité et une représentativité qu’ils n’avaient jamais eues. Dans le même temps, il s’efforce de rassurer les colons blancs en faisant preuve d’un autoritarisme sans faille devant tout mouvement de rébellion, en truquant sciemment le résultats des élections, pour empêcher que les leaders noirs indépendantistes n’obtiennent trop de suffrages et donc de puissance. Nous sommes en plein cœur de l’univers du double jeu Pluton-Scorpion : les paradoxes sont gérés avec maestria, le « timing » est efficacement programmé, de puissants réseaux d’influence se créent, dont il saura user — et souvent abuser — lorsqu’il sera Président de la République. Évidemment, ce libéral sera passé à côté de la décolonisation. Une dominante Pluton-Scorpion-Balance incite à subtilement coordonner, associer et marier les contraires. Il avouera lui — même ce qu’il considère comme une erreur : « J’avais peut-être tort de vouloir concilier les contraires. Il n’est d’émancipation coloniale comme il n’est de révolution sociale que globale et irréductible ». Eût-il voulu être l’architecte d’indépendances radicales, il ne l’aurait sans doute pas pu. Scorpion-Balance, il a trop le goût des dosages et des alliages déliés, fins, ingénieux, voire alambiqués et, plutonien, il est trop attaché aux maturations en profondeur, aux évolutions à long terme, aux « effets-retard », comme dit Catherine Nay. Pierre Nicolay, qu’elle cite, observe de son côté qu’on « ne prête qu’aux riches et, en la circonstance, on n’a pas fait mentir le proverbe en imputant à Mr Mitterrand de savantes manœuvres tendant à rendre le succès du Rassemblement Démocratique Africain aussi modeste que possible afin d’acclimater en douceur l’entrée du RDA dans la vie politique africaine ». Combinaisons arachnéennes flirtant avec le paradoxe, autoritarisme magouilleur et billard à trois bandes : sous le transit d’Uranus, Mitterrand a donné sa pleine mesure et « le mérite que lui reconnaissent ses contemporains n’est pas mince. Il a, disent-ils, sûrement évité une guerre coloniale et dégagé les députés RDA de l’influence communiste ». Ah oui, il a AUSSI dans la même scorpionnesque et plutonienne manœuvre, dégagé les représentants noirs de l’influence du PC. Il faudrait parler de billard à quatre, cinq, six… ou mille bandes.

Mais entre la combinaison subtile au dosage dangereux, il est parfois peu de place. En 1951, il est congédié du gouvernement. Les motifs : son excès de libéralisme dans sa politique africaine, son excès d’influence dans son parti, l’UDSR, l’un étant la conséquence de l’autre. 1951-1953 : Saturne et Neptune sont conjoints dans le Signe de la Balance. À la naissance de François Mitterrand, ces deux planètes étaient également conjointes dans le Signe du Lion. Rappelons que dans son Thème de naissance, Saturne et Neptune sont dissonants, et donc qu’ils sont pour lui essentiellement source de problèmes, de conflits, de tensions et contradictions, mais aussi de riches prises de conscience… Il nage dans un flou pas toujours impeccable, « gauchisant » son discours à l’UDSR tout en se faisant réélire dans la Nièvre avec un important quota de voix de droite. Période d’intense hésitation… Les gouvernements se font et se défont à la vitesse de la lumière. Mitterrand n’est jamais vraiment clair (rappelons que Saturne et Neptune ont en commun leur refus du simple, du clair et du net) : « C’est bien simple avec toi : quand tu es au gouvernement, l’UDSR doit être dans la majorité ; mais quand tu n’y es plus, elle doit rentrer dans l’opposition », lui reproche E. Bonnefous, l’un de ses collègues de parti. Dans la même veine, selon un ancien ministre de la IVe, « à la fin de ses interventions, où il faisait preuve d’un machiavélisme redoutable, le projet ou l’homme qui le défendait devaient être démolis. Il n’avait pas son pareil pour se saisir de quelque détail, le grossir, le caricaturer et ruiner ainsi l’ensemble de l’édifice. Lui faisait-on remarquer qu’au pouvoir il n’avait pas manifesté d’hostilité au projet en question, il rétorquait alors sans se démonter : « Ce n’est pas le projet que je combats, c’est son application ». Double jeu et flou pas toujours impeccable…

En 1952, Ministre d’État éphémère du gouvernement-comète d’Edgar Faure, il est chargé de la Tunisie et parvient à faire accepter un plan de réformes libéral pour permettre la constitution d’un gouvernement homogène dans cette colonie, prélude à une autonomie en douceur.

Plus important en ce qui concerne son parcours politique : en Octobre 1951, Mitterrand prend de plus en plus de pouvoir au sein de l’UDSR, en rassemblant clandestinement les anciens prisonniers de guerre pour leur faire voter l’investiture des députés UDSR qui lui sont favorables. Il renverse ainsi le rapport de forces à l’intérieur du parti. Le même phénomène se reproduira lors du congrès PS d’Épinay… Mais n’anticipons pas. Notons simplement l’utilisation systématique que fait François Mitterrand de ses réseaux d’influence occultes. En 1953, il est ministre délégué au Conseil de l’Europe. Trois mois plus tard, il démissionne et, deux mois plus tard, il conquiert la présidence de l’UDSR. Il a l’expérience du pouvoir au plus haut niveau, il commande à un parti, il a montré ses compétences, émergé en un an de la grisaille des politiciens de la IVe République.

François Mitterrand, lorsqu’il évoque plus tard son passage au ministère de la France d’Outre-Mer, le décrit ainsi : c’est « l’expérience majeure de ma vie politique dont elle a commandé l’évolution ». Et bien entendu, le transit Uranus-Pluton se termine…

Cette conjonction se reproduit tous les 36 ans environ. Les temps forts de cet intercycle, à compter de la naissance de François Mitterrand, sont les suivants : 1916, 1934, 1952, 1970, 1988… Comme pour l’intercycle Jupiter-Saturne, à comparer avec les échéances majeures de son parcours…

Sinistre de l’intérieur…

« L’homme d’ordre veut qu’on prenne la nature humaine comme elle est et même, par instinct de sûreté, il la prend un peu en dessous d’elle-même, conduisant la politique comme si les citoyens étaient de grands enfants. Et cela devient vrai aussitôt, si l’on méprise l’ordre. J’aime à plaider pour l’homme d’ordre, mais lui n’aime pas mes raisons ; c’est que je lui ôte sa couronne. Il n’y a point d’autre piperie en l’ordre que la couronne » (Alain).

La tragédie de Dien-Bien-Phu en Indochine, ainsi que les tensions de plus en plus fortes en Afrique du Nord ont fait chuter le gouvernement, impuissant à régler ces problèmes coloniaux par des réponses appropriées. Le Président de la République, René Coty, nomme Pierre Mendès-France à la Présidence du Conseil avec pour mission d’en finir, avant un mois, avec la guerre d’Indochine. Le 18 juin 1954, François Mitterrand se retrouve ministre de l’Intérieur, autrement dit, « premier flic de France ». Une tâche toute nouvelle pour lui, tandis que la IVe République traverse une de ses crises les plus graves.

Que se passe-t-il dans le ciel à cette époque ? Neptune passe sur la Lune, et Saturne sur son Soleil natal. Sous un transit Neptune-Lune dissonant, « Les tracas et désordres risquent de surgir des liens et obligations de solidarité… parce que les circonstances imposent de subir au lieu d’agir et de rester momentanément tributaire d’un destin autre que celui projeté » ; quant au transit Saturne-Soleil, nous en avons déjà vu les effets : doutes, questionnements, remises en question de ses buts, objectifs, certitudes. Bref, c’est un François Mitterrand anxieux, incertain, déchiré, ligoté par ses ambitions et ses solidarités, qui se retrouve à ce poste à hauts risques en 1954. Son image de marque (Soleil) est sérieusement égratignée par l’affaire dite « des rumeurs ». L’on murmure qu’un « traître assiste au Conseil de Défense Nationale et en a communiqué les secrets au Parti Communiste. Le nom de François Mitterrand est le plus souvent cité ». La DST diligente une enquête. Pierre Mendès-France lui-même le soupçonne. Mitterrand ne le supporte pas et, si l’enquête le blanchira, les relations entre les deux hommes, déjà difficiles, ne s’en remettront pas.

Pierre Mendès-France : avec De Gaulle, une autre figure mythique de la politique française d’après la 2e guerre mondiale. Une réputation de farouche intransigeance, de rigueur, de réalisme et d’intégrité. Né le 10 janvier 1907 à Paris à 2 h 00, il est Capricorne, et Mars se levait dans le signe du Scorpion au moment de sa naissance. Parmi ses planètes dominantes, on compte Mars et Uranus, les deux planètes les plus faibles dans le ciel natal de Mitterrand, tandis que ses deux planètes les plus faibles sont Vénus et Pluton… Son horoscope fait de « P.M.F. » un être énergique, combatif, réaliste et rigoureux (Mars trigone Saturne). Encore un adepte du « parler vrai » et du respect des faits. Sa franchise brutale, sa rigueur programmatique, sa raideur d’incorruptible (Soleil-Uranus en Capricorne) s’opposent diamétralement à la subtilité manœuvrière de Mitterrand. La faiblesse de Vénus et Pluton dans son thème l’empêchent de jouer la carte de la séduction et des intrigues florentines. Les deux hommes vivent sous le régime d’une fascination — répulsion mutuelle. PMF ne supporte pas l’ignorance et le dédain de son partenaire-rival pour la chose économique, son mépris du prosaïque, mais est comme hypnotisé par son aptitude à tirer les ficelles de la politique en coulisses, à ourdir d’improbables coalitions. Mitterrand, de son côté, admire sa franchise brutale et son courage, sa rigueur et son désintéressement, tout en pensant que, trop d’une pièce, trop « carré », trop pur et trop intègre, ce moraliste de l’action n’ira jamais très loin en politique, tant il est vrai que les finalités de la morale et de la politique sont fort différentes l’une de l’autre, et même souvent parfaitement contradictoires. Les relations entre les deux hommes illustrent parfaitement la citation mise en exergue de ce livre : « Celui qui n’envisage la relation du moyen à la fin en politique que sous l’angle moral se condamne à l’inaction et par conséquence à l’impuissance, parce qu’il est amené à s’enfermer dans la perpétuelle contestation. Il ne peut que refuser le monde ou le maudire, et, à la limite, vouloir le précipiter dans le néant d’une apocalypse appelée « révolution ». Mitterrand, c’est deux tiers de politique, un tiers de morale : politicien chevronné, il applique cyniquement, en bon Scorpion plutonien, cette loi implacable. Ce qui lui a permis de durer… et finalement, de conquérir le pouvoir. Mendès-France,c’est l’inverse : deux tiers de morale, un tiers de politique.Après un bref mais courageux et intransigeant passage à la Présidence du Conseil, il est parvenu à en finir avec la guerre d’Indochine — pour être ensuite condamné à plus de vingt ans d’inaction et d’impuissance. Incorruptibles, les êtres fortement marqués par le Capricorne se refusent à toute concession touchant à ce qu’ils estiment essentiel. Ils préfèrent le repli dans leur tour d’ivoire à l’abandon de leurs principes.

Le Thème de Pierre Mendès-France :

À droite : Thème d’écliptique ; à gauche : Thème de domitude.

Le Ministre de l’Intérieur, sous la dissonance Saturne-Soleil, est sinistre de l’intérieur. Nous sommes en pleine guerre d’Algérie. Comme d’habitude il se refuse aux choix clairs et pratique l’art des subtiles combinaisons : tout en faisant approuver par le gouvernement la dissolution du MTLD, le plus radical des partis indépendantistes algériens, il s’efforce de mettre en œuvre une politique plus libérale et plus égalitaire pour les Algériens. Scorpion toujours à califourchon entre deux univers, essayant désespérément « d’unir en une seule conduite deux choses opposées », il se fait accuser de brader l’empire français par les colons et leurs défenseurs, et d’être un affreux répressif par les pro-indépendantistes métropolitains et algériens. Il navigue à vue, la conscience déchirée, révolté par la pratique systématique de la torture mais se taisant quand même… Il est des situations ou le double-jeu est totalement inadapté. Mais ça, un Scorpion plutonien ne saurait l’accepter et l’admettre. Sous la dissonance de Saturne, cette étape de son parcours illustre bien le « manque de déblocage » de son Signe solaire : sa propension, dans ses moments de faiblesse, à se retrouver dans des « situations paralysantes et sans issue : sac de nœuds, marasme, bourbier, stagnation, pourrissement ».

François Mitterrand, prisonnier de ses paradoxes infernaux, a désormais la double image d’un répressif sans pitié et d’un bradeur irresponsable et « c’est la droite la plus droitière qui, en lui collant une étiquette de gauche, le pousse dans cette direction ». Une droite réactionnaire et colonialiste qui bientôt fait tomber le gouvernement Mendès-France.

L’année 1956 voit la victoire du Front Républicain. Mitterrand se retrouve Garde des Sceaux dans le gouvernement Guy Mollet, 2e personnage de l’État. Il a quarante ans. Ulcéré par la torture, Mendès France démissionne rapidement. Pas François Mitterrand, plus que jamais prisonnier de ses ambiguïtés de ses double-jeux, et de sa volonté de pouvoir — il se voyait déjà arriver au poste suprême de la IVe République, la Présidence du Conseil. « Il bouillait d’impatience, il se croyait capable de dénouer le drame algérien », se souvient Jacques Koscusko-Morizet. Hélas, la guerre d’indépendance algérienne se déchaîne, la situation s’enlise et pourrit, et le gouvernement socialiste de Guy Mollet s’abandonne sans trop d’états d’âme à une répression féroce, que Mitterrand cautionne par son silence. Dénoncer publiquement la torture et les exactions de l’armée française lui aurait coupé à jamais la route du pouvoir, tant l’atmosphère était haineuse, déchaînée, passionnée. Cette fois, en jouant sur tous les tableaux, il a perdu sur tous les tableaux. On ne gagne pas à tous les coups au billard à trois bandes.

La IVe République se meurt et attend l’homme providentiel capable de sauver ce qui peut l’être. De Gaulle s’est déclaré prêt à jouer ce rôle. L’habile Mitterrand va déserter, et pour longtemps, les palais du pouvoir. Bilan flou et pas toujours impeccable, bilan Scorpion-plutonien : selon A. Monteil, « sous la IVe, François Mitterrand avait contre lui les imbéciles, les ambitieux et les hommes de trop grande foi. Les imbéciles, parce qu’il était intelligent, les ambitieux, parce qu’ils le trouvaient toujours sur leur chemin, et les hommes de foi parce qu’avec lui, on ne savait jamais très bien à quoi s’en tenir ». SUITE

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Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard



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