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Paul Verlaine, le « pauvre Lélian » lunaire

Lunaire, le paysage verlainien, certes, il l’est ; mais ce n’est pas seulement dans ces paysages baignes d’une lueur blafarde ou à travers ces personnages des « Fêtes Galantes » dont « la chanson se mêle au clair de lune »… L’analogie serait trop simpliste. Si l’on parle de lunarité du paysage verlainien, ce n’est pas dans la présence et la fréquence du mot « lune » qu’il faut la trouver, mais dans la structure même de ce paysage, dans cet espace poétique où le rêve devient l’unique et seule réalité.



Un paysage lunaire

Le stade lunaire, c’est celui de la non-différenciation. « Le nouveau-né », nous dit Spitz, « ne peut taire la différence entre son propre corps et une chose extérieure, et ne ressent pas l’environnement comme séparé de lui-même », Cette indifférenciation s’avère être une des constantes de la poésie verlainienne, confusion entre le monde intérieur et le monde extérieur, osmose profonde entre le sentiment et la sensation : « comme un vol criard d’oiseaux en émoi tous mes souvenirs s’abattent sur moi, s’abattent parmi le feuillage jaune de mon cœur mirant son tronc plie d’aulne au tain violet de l’eau des Regrets ». Plus de distinction entre intérieur et extérieur, entre les oiseaux et les souvenirs, entre le cœur et l’aulne, entre l’étang et les regrets, entre « son propre corps et une chose extérieure » dit Spitz, entre âme et paysage aurait dit Verlaine : « votre âme est un paysage choisi ». Si le paysage poétique de Verlaine est lunaire, c’est qu’il est fait de « cette absolue indifférenciation ou affect et perception ne font plus qu’un » (Spitz). C’est là la définition de la « réception cénesthésique » du nouveau-né, ce flou originel de la sensation, par opposition à la « perception diacritique » de l’adulte qui est organisée, analytique, fondée sur une distinction entre le toi et le moi, entre le je et le monde extérieur. On voit ce qu’on peut en déduire de façon générale : on peut y associer cette tentation qu’a le lunaire de s’oublier dans et à travers l’autre, d’abdiquer de son individualité d’une manière ou d’une autre.

C’est dire qu’au stade lunaire, il n’y a ni perception du réel en tant que tel, ni conscience de soi. Et Verlaine se trouve fasciné par ces instants privilégiés où le vertige s’empare de l’être et se communique au monde extérieur, sonnant par la même le glas de la conscience et de la perception : c’est le thème du manège, cher à Verlaine, où la réalité se trouve absorbée au terme d’un tournoiement vertigineux : « tournez, tournez bons chevaux de bois… c’est ravissant comme ça vous saoule d’aller ainsi dans ce cirque bête… du mal en masse et du bien en foule » ; ou bien c’est la griserie du chemin de fer où la perception du paysage qui défile aux portières se trouve affolée, abolie par le mouvement : « la fuite est verdâtre et rose des collines et des rampes dans un demi-jour de lampes qui vient brouiller toutes choses » et où « s’effacent ces apparences d’automne ».

De façon générale, Verlaine à une prédilection et un penchant naturel pour ces états incertains où la conscience s’évanouit, où se défait la perception du monde extérieur : états demi-conscients, entre sommeil et veille, ou bien états de fièvre, que l’on retrouve fréquemment dans son œuvre, et qu’il évoque dans ses « Confessions » comme souvenirs de sa petite enfance : « un soir d’hiver que j’étais sur les genoux d’une de ces demoiselles, prêt à m’assoupir, charme de voir, à travers mes cils se rapprochant qui me kaleïdoscopaient les choses, écumer sous le couvercle soulève et d’entendre parmi les bruits indistincts du demi-sommeil, chanter l’eau d’une bouilloire, j’eus l’idée… Un soir donc, je me sentis pris de fièvre : rien de plus délicieux comme un commencement de fièvre ; les idées (de pensée on n’en n’a plus et quel bon débarras) tourbillonnent en s’entrelaçant et se désenlaçant sans cesse et toujours. On ne sait plus au an en est, sinon qu’on s’y en trouve bien et mieux. C’est un peu comme certain moment de l’ivresse… jouissance de néant meilleure que toute plénitude ».

Jouissance de la conscience qui s’enfuit, de la réalité qui se décompose et se désagrège, tel est l’instant privilégie chez Verlaine, comme dans « Crépuscule du soir mystique », où il n’y à plus différenciation entre l’âme qui chavire et le monde extérieur qui s’efface progressivement par la montée du crépuscule : « des parfums lourds et chauds, dont le poison noyant mes sens, mon âme et ma raison, mêlé dans une immense pâmoison le souvenir avec le crépuscule ». « Immense pâmoison », on ne pouvait mieux formuler cet état indifférenciation lunaire d’inconscience et d’aperception où « les choses chantent dans la tête alors que la mémoire est absente… alors que notre âme s’est enfuie ».

Une langue nouvelle

« L’univers du nouveau-né », dit Piaget, « est fait de tableaux sensoriels ». La poésie selon Verlaine doit s’attacher à faire des tableaux sensoriels, doit « rendre la sensation ». Il écrit à Mallarmé, à propos de la publication des « Poèmes Saturniens » : « j’espère que vous y reconnaîtrez un effort vers la sensation rendue ». Cet univers touffu de la sensation, d’une poésie sensible, sensitive et sensuelle, on pouvait être tenté d’en chercher le secret en tirant les « vers » — si j’ose dire, qu’on me pardonne cet affreux calembour — du nez de Jupiter. Mais Jupiter sextile à Vénus-Mars et en opposition large à la Lune, apparaît plutôt comme dénouement du niveau ‘e’, et il est un fait que Verlaine finira par devenir un tâcheron de l’écriture, s’abrutissant dans un travail forcené où il subsistera bien peu de tout ce que sa poésie pouvait avoir de personnel et original. Dans le thème de Verlaine, la Lune est trigone à Pluton conjoint Soleil. C’est par cette pente que le lunaire qu’est Verlaine trouvera son moyen d’expression, trouvera à exprimer tout l’univers qu’il porte en lui.

L’opposition des formules du Soleil et de Pluton reprend en effet à son compte l’opposition entre le diacritique et le cénesthésique : le langage diacritique est un langage de type solaire, de niveau ‘R’, dont le principe est de clarté et d’évidence ; l’informulé plutonien s’empare au contraire de cet univers tenu, fragile, instable, impalpable, ineffable de la sensation. Dans la dialectique Soleil-Pluton, « rendre la sensation » ce sera tenter de restituer cet univers, de lui donner une représentativité solaire, de donner un langage (niveau ‘R’) à l’insaisissable, l’inexprimable, l’intraduisible de la sensation. Il s’agit bien là, comme pour Rimbaud, d’une langue nouvelle, d’un « nouveau système » dit-il, « d’où l’homme sera complètement banni ». Aussi Verlaine refuse-t-il les modèles littéraires établis où l’homme est présent dans un JE qui décrit ou qui se décrit : refus de la subjectivité romantique, ces « jérémiades lamartiniennes », dit-il, où la conscience s’apitoie sur son sort en d’interminables descriptions d’états d’âme, refus du réalisme parnassien et de ses techniques de description. Ni description du réel ni plainte bavarde et baveuse de la conscience ! Bref, un langage lunaire qui se veut retracer des « tableaux sensoriels ». Au vrai, dans les meilleurs poèmes de Verlaine et surtout dans les « Romances sans Paroles », la réalité n’est ni reconnaissable ni définissable, de même qu’est absente toute trace de subjectivité : il n’y à plus de JE qui décrive, et le paysage n’est retrace à travers aucune description.

Rendre la sensation, ce sera dès lors désamorcer le niveau ‘R’ du langage, démanteler son principe d’évidence et de clarté, le vider de toute dimension diacritique et le renvoyer à un état quasi-cénesthesique : l’alexandrin classique, que Verlaine appelle le mètre sacro-saint, « sert aux limpides spéculations, aux énonciations claires, à l’exposition rationnelle des objets » ; Verlaine lui préfère le « mètre impair, plus vague et plus soluble dans l’air ». De même, il prône la « méprise », l’horreur du mot juste et du sens précis (« le mot propre évite à dessein », dit-il), préfère l’assonance à la rime, pratique l’enjambement et le rejet quasi-systematiques pour briser l’aspect mécanique du vers, tous moyens de donner à sa poésie un aspect vague, insaisissable, susceptible de traduire l’insaisissable et le vague de la sensation. Enfin et surtout, le mot-son se substitue au mot-sens, le mot est choisi en fonction de son pouvoir incantatoire, « la logique même du poème, sa logique intime, profonde, n’est jamais conceptuelle, mais musicale » (J. Borel) : « de la musique avant toute chose ». On voit que le Verlaine dont on parle a peu de chose à voir avec le Verlaine des anthologies et morceaux choisis, ces guides touristiques de la culture. Avec Verlaine, on le souligne assez rarement, la poésie assiste à un bouleversement radical, bouleversement selon la logique de la dialectique Soleil-Pluton… « et tout le reste est littérature ».

Le reniement

La formule plutonienne n’a jamais joué pour Verlaine que dans la recherche et la création d’un nouveau langage poétique. Et l’on conçoit qu’avec une dominante lunaire accusée, Verlaine n’ait jamais pu intégrer les valeurs plutoniennes au niveau du vécu : là où la Lune requerrait quiétude, protection, confort et conformisme bourgeois, Pluton exigeait l’insécurité hors des normes, le refus des valeurs établies et l’accession à une toute autre dimension de soi-même. Rimbaud pour le Pauvre Lélian, pour la pauvre Ame, c’est l’expérience de Pluton, et c’est pour ce « poor myself » l’expérience de la sécurité perdue. Au cœur même de l’aventure rimbaldienne, Verlaine ne cessera de penser avec nostalgie à la quiétude du foyer délaissé.

Mais Rimbaud c’était aussi celui qui avait « des secrets pour changer la vie », dit la Vierge Folle ; et « ce ne fut qu’un vain rêve évanoui », « Changer la vie », c’était bien là le pieux souhait de ce lunaire inadapté au réel et qui avait « l’horreur de vivre »… « le mien rêve évanoui », c’est l’échec de « l’aurore future » entrevue, c’est la victoire de la vie et c’est la nécessité de s’adapter d’une manière ou d’une autre : « la vie est triomphante et l’Idéal est mort ». Avec le rejet de Rimbaud et donc des valeurs plutoniennes, Verlaine ne pouvait s’adapter qu’en faisant jouer Soleil contre Pluton avec le coup de pouce et la bénédiction d’Uranus.

Dans le thème de Verlaine en effet, Pluton, Soleil, Uranus sont en Bélier. En phase d’adaptation (Bélier adapté), le sens des contraires sensibilise à l’opposition des formules du Soleil et de Pluton et incline à les vivre sur le mode de l’exclusion : de la même façon qu’il avait rompu avec les normes bourgeoises de façon éclatante et agressive, en quittant le domicile conjugal avec toute la violence et l’impulsivité de la formule Bélier (Force d’excitation, Vitesse d’excitation), Verlaine rompt violemment avec Rimbaud et les valeurs plutoniennes que ce dernier incarnait. Soleil-Pluton en sens des contraires, c’est la porte ouverte au manichéisme, le pour et le contre se parent des couleurs du bien et du mal : à la « perte de conscience du mal et du bien », à ce « Diable » de Rimbaud, « l’Époux infernal », « le satanique docteur », Verlaine oppose la lumière de Dieu et l’évidence retrouvée : « tu vas magnifiant ce par quoi tu péris, imbécile ! et niant le soleil qui t’aveugle ! », écrit-il à Rimbaud. Paroles limpides, lumineuses, paroles de celui qui rejette les valeurs plutoniennes à celui qui les magnifie en niant les valeurs solaires. Au lieu de se faire le chantre de la marginalité, Verlaine va se faire le chantre du conformisme, des valeurs établies, de l’ordre et de la tradition : « A mon âge, je sais, il faut rester tranquille, dételer, cultiver l’art peut-être imbécile d’être bourgeois, poète honnête et chaste époux ».

La fonction solaire impliquant l’identification à une norme, c’est dans le dogme religieux et la doctrine que Verlaine trouve son identité : dans les « Liturgies intimes », « l’auteur à prétendu que sa pensée ne franchisse jamais les limites du dogme » ; ce « cœur fait pour la norme et la règle » étale « ses fières convictions catholiques et monarchiques », espère « qu’il n’ira pas choquer la délicatesse d’une oreille catholique », Faut-il s’étonner dés lors du reniement de Verlaine envers sa propre poésie ? Liée à l’inadaptation par l’élection du songe comme seule et unique réalité, toute tentative d’intégration, d’adaptation la condamnait de façon rédhibitoire. La poésie était refuge et non salut. Et le salut dorénavant, c’est l’ordre : Verlaine fréquente l’École Romane qui exalte les valeurs uraniennes d’ordre et de clarté, « la force gauloise et la tradition de Rome la Grande », Reniement poétique total : la poésie fustige le songe pour « se mettre en outre au service de la vie ».

Par le sens des contraires, le Bélier se pose en s’opposant, et Verlaine ne peut se définir que contre lui-même, en se mutilant, en se rognant en se reniant : « je tombe tous les vers, y compris les miens », Toute l’ancienne poétique est révoquée, battue en brèche : il ne s’agit plus de créer une langue nouvelle, d’arracher des mots au « mystère nocturne » : « L’art, mes enfants, c’est d’être absolument soi-même », Principe d’évidence, d’identité de soi à soi qui paraphrase la réflexivité de la formule solaire, représentation de la Représentation (rR).

La poésie verlainienne refuse désormais les profondeurs et se cantonne exclusivement au niveau ‘R’ : clarté, simplicité s’expriment dans « une langue voulue claire » : « L’art tout d’abord doit être et paraître sincère, et clair absolument, c’est la loi nécessaire… Et vive un vers simple, autrement c’est la prose… La simplicité, c’est d’ailleurs l’avis rara, (oiseau rare), O la simplicité, tout puissant qui l’aura ». La poésie n’a plus l’ambition plutonienne de rendre le vague et l’indécis de la sensation, elle se contente de formuler des idées claires : « J’y formule mes idées en terme à point précis pour les gens enfin rassis et las des choses tentées dans un jardin indécis ».

Du même coup l’ancien Art Poétique est balayé : le mot-son cède la place au mot-sens, le suggéré à l’explicite, la musique à l’analytique ; l’alexandrin est préféré au mètre impair, le vague et l’indécis ne s’emparent plus de la réalité du monde extérieur : « et la lumière crue, découpant d’un trait noir toute chose apparue te montre le Devoir et sa forme bourrue », et Verlaine sombre à nouveau dans la récitation sentimentale et rhétorique d’un JE qui se raconte : « Hélas ! je ratiocine sur mes fautes et mes douleurs, Espèce de mauvais Racine analysant jusqu’à mes pleurs, dans ma raison mal assagie, je tais de la psychologie ». Reniement total tragique d’un être qui ne pouvait s’adapter qu’au prix d’une répression d’une partie de lui-même (Uranus), tragédie d’un être qui renie une poésie authentique et nouvelle pour sombrer dans une poésie voulue sincère, certes, mais combien traditionnelle et désespérément entachée de prosaïsme.

Philippe Pinchon, octobre 1980.

Article paru dans le n° 3 des Cahiers conditionalistes (janvier 1981).

Cet article vous a été proposé par : Philippe Pinchon


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