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Amélie Poulain, une jeune fille Vierge, délicate et saine…

« Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » est ce qui est arrivé de mieux au cinéma français depuis de longues années. Ce film a enchanté tous les publics et les tiroirs-caisses en résonnent encore. Mieux encore : Amélie Poulain a réellement changé la vie de milliers de personnes et certains lui vouent un culte délirant, comme s’il s’agissait d’un personnage réel. Sans vouloir briser le charme ni la magie de ce film, qui opéreront encore longtemps, et pour de justes raisons, essayons d’analyser de plus près le phénomène « Amélie »

Le fabuleux instinct de Jean-Pierre Jeunet

Avant toute chose, il n’est peut-être pas inutile de signaler que les raisons d’un succès, même aussi énorme que celui-là, sont toujours difficiles à saisir, car il résulte souvent d’une combinaison de facteurs aléatoires aucunement liés à une quelconque « recette », dont on pourrait chercher longtemps et vainement les ingrédients. Même pour Jean-Pierre Jeunet, le génial créateur d’Amélie, rien ne fut tout à fait évident, concernant justement le « destin » qu’allait connaître son film et le succès ou non qu’il allait rencontrer. Gageons tout de même d’une chose, c’est que l’amour qu’il a mis dans ce film et dans ses personnages, lui a permis d’entrevoir et d’anticiper ce que ce destin pourrait avoir de « fabuleux »… On dit que l’amour donne des ailes, et il semble bien qu’il y en ait beaucoup dans ce film, qui ne retombe que très rarement sur la terre ferme… Ce ne sont pas les millions de spectateurs à travers le monde qui le contrediront…

Pourtant, tout avait plutôt mal commencé et rien ne semblait vouloir se dérouler comme prévu. Jean-Pierre Jeunet rêvait d’un film incarné par Emily Watson (l’inoubliable interprète de Breaking the waves), mis en musique par Michael Nyman (Meurtre dans un jardin anglais, La leçon de piano, etc.) et qui s’appellerait Amélie des Abbesses (du nom d’un quartier montmartrois)… Le hasard, l’instinct et l’intelligence n’ont pas cessé d’œuvrer jusqu’au bout pour que le film prenne sa forme définitive, trouve son identité si particulière. On imagine aujourd’hui difficilement Amélie Poulain sans la charmante présence d’Audrey Tautou ou sans la délicieuse musique de Yann Tiersen…

Pendant qu’il réalisait son film, Jean-Pierre Jeunet subissait notamment des transits neptuniens (Neptune opposé à sa Vénus) et plutoniens (Pluton carré à sa conjonction Soleil-Mercure). En l’occurrence, il est flagrant que la Transcendance a fait tout ce qu’il fallait pour qu’à force de hasards, de concours de circonstance et de magie, Amélie Poulain voie le jour. Il est par ailleurs étrange qu’elle n’ait pas été créditée au générique…



Le pays des monstres gentils

Jean-Pierre Jeunet est né le 3 septembre 1953, à 12 h 20, au Coteau (Loire) Marqué dans son thème par deux conjonctions au Milieu-du-Ciel, Jean-Pierre Jeunet a fait osciller au cœur de ses films les problématiques Soleil-Mercure en Vierge d’une part et les enjeux d’une conjonction Mars-Pluton en Lion de l’autre. De ses premiers courts-métrages au côté de Marc Caro à Amélie, Jean-Pierre Jeunet se distingue en effet par un sens de l’humour particulier, des univers glauques et claustrophobes, un sens inouï et maniaque du détail que l’on peut rapprocher de sa dominante Vierge. D’autre part, la noirceur de ses univers est toujours contrebalancée par la présence de personnages héroïques, innocents, toujours prêts à s’extraire de leur triste condition, de leur timidité et de leur quotidien par la seule force de leur volonté (Mars en Lion). Qu’il s’agisse de la Julie de Délicatessen, de Miette, dans La cité des enfants perdus, ou d’Amélie, tous ces personnages ont en commun un amour immodéré pour tous les déclassés de la vie, les marginaux, les seconds rôles de la vie, tous ces « freaks » attachants, rescapés des méandres obscurs des souterrains plutoniens. Delicatessen et La cité des enfants perdus peuvent d’ailleurs se voir comme des hommages au cinéma de Tod Browning (le réalisateur de Freaks, la monstrueuse parade, en 1932, dans lequel des soi-disant monstres, se vengent du comportement ignoble de soi-disant êtres humains normaux), de David Lynch (dont Elephant Man était déjà un hommage à Freaks), de Federico Fellini (La Cité des enfants perdus fait souvent penser à La Cité des femmes ou au mortifère E la nave va du maestro italien).

Ces trois réalisateurs ont en commun un goût immodéré pour le monstrueux dans ce qu’il peut avoir de fascinant et de révélateur pour l’âme humaine. Ils ont eu également le talent plutonien de livrer une image décalée de la réalité, dont la force est justement de la recentrer au cœur des contradictions, des inconsciences et des folies qui se cachent derrière les apparences de la normalité (Pluton, le Soleil noir qui part à l’assaut du Soleil blanc de nos Représentations). Il est peut-être significatif de constater que Jean-Pierre Jeunet a puisé pas mal de morceaux de Yann Tiersen, et notamment dans son album La valse des monstres, inspiré du film Freaks… Hasard, quand tu nous tiens ! Jeunet et Tiersen ont en commun cette attirance pour les « monstres gentils », en qui l’on peut même parfois s’identifier, tant ils personnifient nos propres faiblesses, nos difformités psychologiques ou physiques. Né sous le signe du Cancer, Yann Tiersen s’est lui aussi créé un univers-cocon, dans lequel il exprime toute sa sensibilité, éclairé souvent par la lueur nostalgique de souvenirs d’enfance ou de climats imaginaires…

Du Tout Tautou

Dans le thème de Jean-Pierre Jeunet, les conjonctions Soleil-Mercure et Mars-Pluton sont toutefois en dissonances l’une de l’autre. Entre l’enchantement égoïste de l’enfant tout entier replié dans son univers ludique et la réalité du monde, il y a un grand pas à franchir. Et c’est tout l’objet du film, que ce mur qui sépare le rêve de la réalité, le courage de la lâcheté, la vie fantasmée et la vie réellement vécue. Soleil-Mercure voudrait voir la vie en rose, tandis que Mars-Pluton cherche à tout colorer en glauque, en sombre, en pourri. Audrey Tautou résume elle-même très bien cette thématique quand elle décrit l’histoire d’Amélie Poulain : « cette histoire est un conte : Amélie, une fille solitaire, introvertie, rêve de se distraire de sa triste vie et s’imagine être un des personnages du film qu’elle regarde à la télé, ou une des invités d’un débat. Elle s’invente un personnage de petite fée qui s’immisce dans la vie de gens un peu malheureux comme elle. Elle leur apporte un brin de fantaisie, elle repeint leur vie en rose ! C’est un être qui vit dans l’imaginaire ». Et lorsqu’elle parle de son rôle, elle explique : « Jeunet voulait voir si j’étais capable de composer une personnalité autre, de donner une dimension poétique au personnage, une distance, d’aller au-delà du réalisme quotidien, sans faire dans la performance ». Nul doute qu’Audrey Tautou était la candidate idéale pour incarner cette distance vis-à-vis du réalisme quotidien…



C’est en voyant une affiche du film Vénus-Beauté-Institut (pour lequel Audrey Tautou obtiendra un césar du meilleur espoir féminin 2000), que Jeunet a littéralement eu le coup de foudre pour Audrey Tautou et qu’il a su qu’elle serait son Amélie. La suite lui a prouvé à quel point il avait eu raison. Mais la rencontre fut également évidente pour Audrey Tautou, comme l’explique le site Internet qui lui est consacré : « Séduit par ses magnifiques yeux noisettes, Jeunet en parle à son directeur de casting. À l’époque, la cérémonie des Césars n’avait pas encore eu lieu et la jeune fille était peu connue. On lui remet donc le scénario du « Fabuleux destin d’Amélie Poulain » qu’elle va lire en une nuit. Chose rare : Audrey est immédiatement emballée par le film ». Plus tard, Jeunet auditionne Audrey. « Pendant ses essais, Jean-Pierre Jeunet et son directeur de casting, Pierre-Jacques Bénichou en auront les larmes aux yeux tellement ils seront émus par sa prestation : il savaient à ce moment-là qu’ils étaient devant leur Amélie et que cela ne pouvait être qu’elle qui jouerait dans le film. « Ils me faisaient refaire des scènes, juste pour le plaisir », se souvient Audrey ».

Qui aurait dit que cette inconnue deviendrait du jour au lendemain la coqueluche des français et qu’on lui vouerait bientôt un culte démesuré, disproportionné, à l’image d’un Di Caprio, d’un James Dean ou d’un Elvis (ces icônes qui se sont laissés dépasser par leur personnage pour devenir une coquille vide, emplie des fantasmes et des frustrations d’un public en mal d’identifications…) ? « Pour autant, le succès ne monte pas à la tête de cette bûcheuse, qui ne serait pour rien dans ce joli début de carrière : « je dois tout à mon agent et aux directeurs de casting qui ont bien voulu me donner ma chance ». Lucide. D’ailleurs la promo l’énerve. Elle le fait pour être pro jusqu’au bout mais se plaint de cet exercice répétitif et trop narcissique. À l’identique, elle n’est pas prête à tous les compromis pour « progresser » aux yeux de la profession, c’est à dire à gagner plus d’argent. Cette vraie modeste au discours franc et naïf oublie le travail du cours Florent, sa sélection à l’opération « Jeunes Premiers » de Canal+, et quelques apparitions dans les feuilletons style jeudis soirs sur TF1, « Julie Lescaut » ou « Les Cordier juge et flic ». Elle l’avoue, c’est là qu’elle a appris le métier. Mais les médias ne sont pas sa tasse de thé. Et étrangement, cette comédienne n’aime pas mentir ».

L’anti-star dans toute sa splendeur, trop belle pour être vraie… Qui aurait pu penser que, par elle, la face du cinéma français ait pu changer du tout Tautou ?

La Jeanne-d’Arc du nain de jardin

Audrey Tautou, la lionne au grand cœur va donc investir sans problème ce personnage extraordinaire de redresseuse de torts d’un nouveau genre, de Zorro de photomatons, de Jeanne d’Arc du nain de jardin. Entourée de personnages attachants mais aussi très loufoques, interprétés par des acteurs à trogne, comme Dominique Pinon, Yolande Moreau, Rufus, Isabelle Nanty ou l’irremplaçable Jamel Debbouze, Amélie va tenter de sortir de son trou et de son imaginaire pour réellement influencer la vie des autres. Une fois les premières barrières surmontées, Amélie finira même par abattre la dernière, la plus dure, celle de sa timidité maladive qui l’empêche de goûter à l’amour. Tantôt Lionne, tantôt Vierge, Amélie-Audrey cherche à dépasser ses limites pour redonner du goût à sa vie et à celle des autres. Comme souvent chez le Lion, la générosité est la valeur qui autorise toutes les audaces et tous les courages.

De par son signe solaire, le Lion, Audrey Tautou est à l’image d’Amélie, une jeune fille ouverte à l’extérieur et sensible à la différence, aux injustices. À l’opposé de tout narcissisme, elle est au contraire altruiste au point de vouloir s’oublier pour s’incarner dans un personnage, ou à voyager, sac au dos, pour aller à la rencontre d’autres cultures et élargir ses horizons… Comme elle l’a expliqué au cours d’un entretien pour La Voix du Nord : J’ai fait récemment un voyage en Indonésie qui m’a ouvert les yeux sur le monde. C’est ma nouvelle passion. Je ne me sens pas déconnectée de la réalité et je n’ai pas besoin de voir la pauvreté pour me rendre compte que je suis privilégiée. C’est juste découvrir des choses que l’on ne soupçonne pas quand on n’a pas eu la chance ou le désir de voyager. Juste un besoin de voir d’autres horizons, d’autres gens, d’autres cultures, d’autres façons de vivre le temps ».

Associé à la générosité, qui n’en est peut-être qu’une forme détournée, l’autre chemin qui mène au bonheur, dans les films de Jeunet, c’est l’humour, qui reste, pour ce solo-mercurien avant tout, l’arme absolu qui fait taire les cons. Le rire permet de voir la vie avec cette distance qui fait qu’on la trouve plus facilement supportable, amusante, riche de potentialités, de fantaisie. L’humour a certainement sa part dans l’enthousiasme que le public a ressenti pour le film. Perçu comme un film éminemment positif, Amélie est en effet un film profondément mercurien, léger, qui fait aimer la vie et redonne le sourire. On a également souvent parlé d’enchantement et de magie, pour définir ce sentiment mercurien que le film procure. Inutile de préciser que dans le cœur de Jean-Pierre Jeunet, il doit faire souvent beau temps…

Le 3 septembre 1973…

Replongeons avec délice dans les premières secondes du film. En quelques phrases écrites au millimètres près, tout un univers se déploie et Amélie apparaît, surgit des limbes du hasard et du destin, et le Verbe de l’uranien André Dussolier devient chair… (les amateurs de petits détails remarqueront que Jeunet a daté la conception d’Amélie au jour de ses 20 ans à lui…)

Scoop : le Thème de fécondation d’Amélie Poulain !!!

« Le 3 septembre 1973, à 18 h 21 min et 32 s, une mouche bleue de la famille des califoridés, capable de produire 14670 battements d’aile à la minute, se posait rue Saint-Vincent, à Montmartre. À la même seconde, à la terrasse d’un restaurant, à deux pas du Moulin de la Galette, le vent s’engouffrait comme par magie sous une nappe, faisant danser les verres, sans que personne ne s’en aperçoive. Au même instant, au 5e étage du 28 de l’avenue Trudel, dans le 9e arrondissement, Eugène Kohler, de retour de l’enterrement de son meilleur ami Émile Maginot, en effaçait le nom de son carnet d’adresse. Toujours à la même seconde, un spermatozoïde pondu d’un chromosome X, appartenant à monsieur Raphaël Poulain se détachait du peloton pour atteindre un ovule appartenant à madame Poulain, née Amandine Fouet. Neuf mois plus tard, naissait Amélie Poulain… » !



En quelques lignes d’une rapidité et d’une précision foudroyantes, le style de Jeunet est posé, net et précis et le film ne sera que la continuité de cette aisance parfaite à camper des personnages, des situations, des décors avec une manie du détail qui confine à l’obsession. Vierge avant toute chose, Jeunet est un artisan qui fonctionne à la manière d’un horloger ou d’un mécanicien de l’infiniment précis. Audrey Tautou décrit sa façon de fonctionner sur un tournage : « J’ai découvert quelqu’un qui travaille énormément, ne laisse rien au hasard, sait exactement ce qu’il veut et ne fait pas de compromis. Comme il travaille trois fois plus que ses techniciens et ses acteurs, on le considère avec respect. Quand on arrive en début de semaine sur le tournage, on sait qu’il a passé le week-end à chercher ses cadres dans les décors avec des doublures, avant de les faire imprimer et de les coller sur des cartons. C’est quelqu’un de très cartésien et de très attentionné, tout le contraire d’un fou ou d’un égoïste. Avec lui, j’ai appris la précision. Se placer par rapport à la caméra, adopter une position gracieuse, des choses qui lui importent et qu’on a à cœur de lui donner ». Le pôle ‘R’ dominant en Vierge de Jeunet lui accorde le sens inné de l’image juste, du cadre parfait et de l’impact visuel de chaque scène. Ce diablotin malicieux mais rigoureux sait doser ses effets de manière à faire vibrer le cœur du spectateur dans un sens ou dans un autre.

Sa conjonction Lune-Uranus en Cancer lui confère de plus une faculté naturelle à construire des ensembles homogènes, cohérents, rigoureux, mais harmonieux qu’il sait imposer envers et contre tout. Sa détermination et son autorité n’excluent pas une grande sensibilité (conjonction dissonante à Vénus, carré de Saturne-Neptune), mais c’est surtout par le travail qu’il trouve son plein accomplissement (grand aspect harmonieux entre Jupiter, Saturne, Neptune, Mars et Pluton).

Couleur sépia

Tout naturellement, Jeunet s’est créé en l’espace de quelques films un univers bien particulier, très codifié, qui contient toutes ses obsessions, tous ses rêves et toutes ses nostalgies. Fort d’une conjonction Soleil-Mercure en Vierge, Jeunet a mis dans son cinéma toutes les images, les représentations qui le font vibrer, qui l’enchantent et qui font s’écarquiller ses yeux d’enfant à la manière des yeux noisettes d’Amélie. Amélie Poulain est d’ailleurs le film-condensé de toute la somme de souvenirs que Jeunet a emmagasiné depuis qu’il est né. Le Montmartre d’Amélie est aussi celui du petit Jeunet, à la fois celui de ses rêves et de ses souvenirs. Les films de Jeunet sont comme des vignettes nostalgiques, des albums d’images à la fois intemporels et rétros qui prennent le risque parfois de sentir le formol ou le sépia. À l’image des photomatons que collectionne monsieur Quincampoix-Kassovitz, ou du tableau de Renoir que le peintre aux os de verre tente de recopier trait pour trait, l’univers de Jeunet est un peu replié sur lui-même, se meut en vase clos. Ce sont des films-univers qui n’ont pas grand-chose à voir avec le réel tel qu’on peut le voir, le toucher, le sentir.

C’est l’une des rares critiques que l’on a pu formuler à l’encontre d’Amélie : son esthétisme si particulier, un peu clinquant, ce visuel de brocanteur, l’œil un peu trop souvent vissé dans le rétroviseur. À tel point que le film a pu générer des critiques d’une violence peu commune, comme ce fut le cas dans le magazine Les Inrockuptibles, sous la plume de Serge Kaganski, (que Jeunet surnomme d’ailleurs avec malice, « le Ben Laden de la critique »). « Comme si l’air du temps et les nouvelles du monde ne nous donnaient pas assez de raisons de désespérer du genre humain, voilà qu’on nous bassine depuis plus d’un mois avec un film dont l’esthétique publicitaire rétro, la poésie frelatée et le propos insignifiant masquent (à grand peine) une vision de Paris, de la France et du monde (sans même parler du cinéma) particulièrement réactionnaire et droitière, pour rester poli. Tout cela signifie quoi ? Que Jeunet regarde le peuple avec sympathie, certes, mais exclusivement le peuple montmarto-rétro-franco-franchouillard. Que le Paris de Jeunet est soigneusement « nettoyé » de toute sa polysémie ethnique, sociale, sexuelle et culturelle. Que l’Autre est aimable et présentable quand il est lointain. Car je suis en revanche tenaillé par une hypothèse assez dérangeante mais qui ne me paraît pas farfelue au vu des analyses qui précèdent : si le démagogue de la Trinité-sur-Mer cherchait un clip pour illustrer ses discours, promouvoir sa vision du peuple et son idée de la France, il me semble qu’Amélie Poulain serait le candidat idéal ».

Même si cette critique, écrite certainement dans l’optique de dire du mal d’un objet que tout le monde semble adorer (et qui devient donc objet de méfiance et de jalousie), est d’une violence outrancière et diffamatoire (Jeunet n’a pas du apprécier le fait de se faire traiter de fasciste et de voir son film transformé en vulgaire propagande de l’extrême-droite…) elle a le mérite de pointer du doigt les limites du système Jeunet : le cloisonnement, la nostalgie, la subjectivité de « l’artiste muré dans sa tour d’ivoire », etc. D’un autre côté, on ne peut pas reprocher à un artiste de livrer sa vision personnelle du monde. Si un très large public s’est reconnu dans Amélie, c’est qu’il a du faire lui-même sa propre critique du film, au-delà des « hypothèses » fumeuses des uns et des autres, avant d’accepter d’entrer dans l’univers particulier du cinéaste.

On peut toujours chercher à voir le mal partout, surtout à partir du moment où un objet culturel devient l’objet d’un culte progressif et fait très vite figure de phénomène sociologique, mais il faut également savoir recentrer les choses, et ne pas voir dans un film, autre chose qu’un film ! Le public n’a pas toujours que des engouements d’imbéciles ou de troupeaux d’agneaux abrutis ! A sa sortie, au printemps 2001, le film finit d’ailleurs rapidement par faire l’unanimité. « Le film est un phénomène qui touche tout le monde, du Président de la République au gosse des banlieues, qui agace les intellos intégristes de Paris et interroge les rares sociologues et psys encore disponibles pendant ce printemps loft story » (Génération Écran Noir sur Internet). La critique de Ciné-live résume assez bien le phénomène de transfiguration que Jeunet a réussi à opérer à travers son film : « photomatons abandonnés, Amélie va repousser jusqu’au bout le bonheur promis. Jeunet a beau filmer le Paname le plus ranci par des décennies de clichés (Sacré-Cœur, bars typiques et p’tites pépées), son amour des gueules et du tendre typage, son décalage permanent avec les contingences temporelles (mais en quelles années sommes-nous ?), comme avec le bon goût bien carré, transfigurent son inépuisable hymne au bonheur fugace, qui ne se permet jamais de dire plus que ce qu’il montre ».

Et Libération conclut ainsi le débat : « Le temps du film, le petit monde dans la boule de cristal s’est animé, la magie a opéré pour la joie des enfants-spectateurs en mal de « visions », mais à la fin, les images retournent aux images, les figurines redeviennent fixes. Leurs yeux de plastique scrutent tristement un ciel effiloché de barbe à papa. La vie promise, et fugacement offerte n’est déjà plus qu’un souvenir »

Article paru dans le n° 18 du Fil d’ARIANA (octobre 2002).

Cet article vous a été proposé par : Rémi Valet


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