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Yan Pei Ming, Sagittaire en ombre chinoise

Les vastes locaux désaffectés d’une ancienne usine lui servent d’atelier. Étant donné que ses toiles ont presque toutes des dimensions gigantesques, c’est normal. En quelques années de travail acharné, Yan Pei Ming est devenu l’un des peintres les plus talentueux et les plus originaux de son époque, qui multiplie les expositions en Europe et dans le monde entier. Ça ne l’empêche pas de rester simple et accueillant. Il finit quelques retouches à deux monumentaux portraits de Mao-Tzedong, un noir et un rouge vermillon. On s’installe de part et d’autre d’un bureau déglingué, il allume un cigare : rencontre avec un artiste exceptionnel.

À droite : Thème d’écliptique ; à gauche : Thème de domitude.

Richard Pellard. Sagittaire Ascendant Sagittaire, vous êtes né au lever d’un Soleil dominant. Cela vous incite à voir grand et loin, à développer de grandes ambitions, et vous pousse à essayer d’être le centre absolu d’un vaste ensemble…

Yan Pei Ming. Si un artiste n’a pas un côté égocentrique, s’il n’a pas l’impression d’être le centre du monde, pour moi il ne pourra jamais être un véritable artiste. Mais en même temps pour moi, réussir ma vie, ce n’est pas uniquement d’être peintre. J’ai aussi des ambitions humaines, spirituelles, familiales, et même des ambitions après la mort ! (rires). La vie, c’est une porte ouverte, c’est une aventure qui continue, en mouvement perpétuel.

Revers de la médaille : ces mêmes dispositions risquent de vous faire basculer dans l’orgueil démesuré, la mégalomanie, le gigantisme par refus de toute limitation à l’expression de l’ego, de l’enfermement spatial, de structure limitative…

Disons que je me fixe des objectifs extrêmement ambitieux. Et en même temps, je trouve qu’une vie est tellement ridicule, tellement absurde. On est de passage, c’est tout… Je pense pourtant qu’il faut faire l’effort de se dépasser. Je fais du géant, certes, mais pas uniquement par le format de mes toiles. Mon objectif est ambitieux, peut-être trop… Mais je reste toujours très lucide, extrêmement lucide vis-à-vis de ça. L’essentiel, c’est le parcours, c’est comment l’homme remplit sa vie… Ça a toujours été mon rêve de ne pas être enfermé, d’aller au-delà de moi-même, d’accéder à l’illimité.

Une forte dominante Sagittaire incite aussi à vouloir élargir ses horizons, à intégrer de multiples références culturelles pour en faire une synthèse dynamique. Chinois de Shangaï, Vous êtes aussi un Français de Dijon. À l’intérieur de vous, quels sont les rapports entre ces deux cultures si éloignées ?

C’est évident. Rien que le fait que je me sois déplacé de Shanghaï à Dijon, il fallait le faire ! Ma détermination initiale, c’était d’être loin de mon pays. Voilà. Moi ça me rend triste d’avoir une vie bien tracée. L’homme est le fruit de ses conditions familiales, de son contexte de vie. Mon contexte à l’époque ne m’était pas favorable, mais l’homme est aussi le destin qu’il se forge. Si je change de contexte, de lieu, d’environnement, d’espace, je me donne la possibilité de devenir autre. Mais au fond, je suis toujours resté un chinois. D’ailleurs, je ne veux pas changer, je veux utiliser toutes mes ressources. J’essaie de prendre le côté le plus favorable de mes deux cultures.

La configuration planétaire dominante de votre ciel de naissance est un carré de Pluton au Soleil. Un Soleil puissant implique un fort besoin de certitudes simples, de références claires, de modèles idéaux. La fonction de Pluton est exactement inverse, puisqu’elle sensibilise à l’irréductible complexité des êtres et des choses, à leur part d’ombre, de mystère et d’ambiguïté. Sous une dissonance Soleil-Pluton, il y a discontinuité, divergence, tension entre la lumière et l’ombre, le connu et l’inconnu, l’évident et le sous-jacent. Les êtres nés sous un tel aspect ont très fréquemment la tentation de jouer les anti-modèles… tout en ne pouvant s’empêcher de vouloir s’imposer comme modèles !

Effectivement, il y a l’image de Mao que je répète sans cesse, c’est une identification absolue avec lui, un rapport de fascination. Mao, c’est pour moi la certitude intangible, le point de repère absolu, la référence permanente. Dans la Chine de mon enfance, c’était un soleil brillant auquel personne ne pouvait échapper ! (rires). Mais en même temps, je fais du portrait et de l’anti-portrait, je peins des anonymes, des mendiants, toutes sortes de personnages non-identifiés et non-identifiables. D’un côté, il y a l’identification à Mao, et de l’autre un côté beaucoup plus « négatif » en moi. J’ai toujours un œil très critique, je fais des constats humains très froids.

Avec un Soleil dominant, vous devez avoir un énorme besoin de reconnaissance sociale…

Oui, mais ce n’est pas le seul but. Je suis très satisfait d’être un peintre célèbre et reconnu. Ne pas être reconnu, c’est rater sa vie. Voilà. Tout en jouissant de la reconnaissance publique, je reste vigilant, critique. Au début, à mon arrivée en France, j’étais serveur dans un restaurant chinois, j’aurais très bien pu le rester, mais j’avais trop d’ambition pour ça. Tout ceux qui me connaissent mal me croient extrêmement sociable, alors qu’au fond de moi je suis très seul. Ça crée pas mal d’ambiguïtés dans mes relations sociales. Certains, qui me connaissent mal, me croient intéressé uniquement par la réussite, ce qui n’est pas faux, et en même temps, ce n’est pas absolument vrai. D’un côté j’ai envie de réussir, de briller, et de l’autre je m’en fiche complètement, je suis ailleurs, indifférent à tout ça. Quand une exposition est bien réussie, d’une part je ne suis jamais complètement content de moi, et d’autre part je suis toujours fier d’avoir prouvé aux autres que je pouvais être à la hauteur. La satisfaction narcissique est pour moi inévitable. Sinon, selon moi, on ne peut pas être peintre. Je méprise les artistes médiocres, ratés, ceux qui ne réussissent pas. Voilà.

Mais un peintre peut avoir beaucoup de talent et ne jamais être reconnu de son vivant ! Pensez à Van Gogh

Si, il était reconnu par son milieu, son entourage…

Oui, mais est-ce que ça vous suffirait, à vous, de n’être reconnu que par votre petit milieu, celui de vos pairs ?

Non, c’est vrai. Il me faut de l’espace, une très vaste reconnaissance.

Pour un garçon, le premier modèle (solaire) à imiter, auquel s’identifier, est presque toujours le père. Dans votre œuvre, on retrouve beaucoup de portraits de votre père, mais aussi de Mao-Tzedong, qui est ainsi en quelque sorte un « re-père ». Mais sous un carré de Soleil à Pluton, ces premiers modèles sont susceptibles d’être rejetés, désintégrés ou transcendés… Quels étaient tes rapports avec vos pères-modèles dans l’enfance et comment ont-ils évolué ?

Tout ce que je voulais depuis tout petit, c’était de ne pas ressembler à mon père. Mon père est quelqu’un d’honorable, mais sans créativité, sans profondeur. Il travaillait comme manœuvre dans un abattoir. Je n’ai jamais eu aucune admiration pour lui. C’était un mariage arrangé, et ma mère le méprisait. Depuis tout petit j’étais baigné dans le mépris de mon père. En même temps, c’est pour ça que depuis 1996 j’ai commencé à faire une série de portraits de lui sur le thème de « L’homme le plus… ». Le plus puissant, le plus adorable, le plus stupide, le plus intelligent, le plus pauvre, le plus fort, etc. J’essaie ainsi de le réhabiliter par la magie de l’art. Mais mon vrai modèle, c’est Mao. Lui, c’est une réussite. En Chine à l’époque, le seul repère, la seule puissance intouchable, c’était Mao. C’était une sorte de demi-dieu. (très sérieux) Mao, j’ai besoin de son image, j’ai besoin de lui pour exister, pour être moi. Mao me résout tous mes problèmes. Quand je n’ai aucune créativité, que je ne sais plus où j’en suis, je peins Mao, je l’entends chanter l’Internationale (Ming en fredonne les premières notes… rires) et ça repart. Mao c’est ma référence absolue, il me donne tout, tout.

La fonction solaire est entre autre la fonction de permanence du mythe. Mao s’est auto-constitué comme mythe, et vous vous identifiez à lui… Mais vous savez quand même que c’était un dictateur, un massacreur…

Non, non, non. Je ne le critique pas. C’est mon image absolue. Si les grands hommes ne sont pas cruels, ils ne parviennent à rien. Voilà. Je perçois parfaitement les travers et les monstruosités de Mao, mais pour moi c’est un très grand homme, c’est tout, et toute une partie de moi-même s’identifie à lui. Ce qui me fascine en lui, c’est son aptitude à se maintenir au pouvoir coûte que coûte, d’incarner le pouvoir absolu.

Du point de vue le plus profond et le plus abstrait, un carré Soleil-Pluton indique aussi un conflit ou une tension entre l’unique (Soleil) et le multiple (Pluton). Ce thème semble en effet récurrent dans votre œuvre : ou bien vous peignez des individualités bien caractérisées, ou bien des foules anonymes. Cette dualité unique-multiple est-elle bien l’une des sources majeures, structurelles de votre création ?

C’est exactement ça. Soit je fais des portraits représentant un individu unique, comme Mao, mon père ou d’autres individus anonymes, soit je peins des toiles représentant des multitudes d’individus anonymes.

Par ailleurs, Mars, qui sensibilise à la notion de duel, de dualité, est peu valorisé dans votre thème. Et comme par hasard, vous n’avez peint que de très rares toiles représentant deux personnages à la fois…

Oui, c’est très rare, c’est vrai. Je n’avais jamais pensé à cet aspect de mon travail, mais c’est vrai. En fait, c’est peut-être une attitude d’évitement de ma part. Quand je peins une toile avec deux personnages, j’ai peur qu’on confonde les deux personnes. J’ai du mal avec le deux.

Soleil et Pluton vous sensibilisent à l’extrême à la quête du pouvoir. Pouvoir évident, visible, manifeste pour le Soleil et pouvoir insidieux, occulte, secret pour Pluton. D’un côté il vous faut briller, être un centre de référence, être le roi unique et ordonnateur de votre univers et de l’autre, vous ne pouvez vous empêcher de cultiver votre part d’ombre, de refuser d’assumer totalement votre personnage, de vous confondre avec le rôle social que vous jouez.

Oui. D’un côté j’ai envie d’être visible, et de l’autre d’être invisible. Tenez, regardez (Ming me tend le carton d’invitation de sa prochaine exposition à Genève). Vous voyez le titre de cette expo ? « Visible man, invisible man », l’homme visible, l’homme invisible. Je suis comme ça, je suis les deux. Le pouvoir, pour moi, c’est de faire ce que je veux, c’est-à-dire d’être un artiste. Je veux être un grand peintre, et je suis capable de tout abandonner pour ça. Je suis en train de devenir un très grand. Je veux être au top-niveau et je fais tout pour ça. Même quand je n’étais qu’un obscur serveur de restaurant, je me disais, tandis que mes employeurs se moquaient de moi, le petit artiste, un jour vous verrez, tout ce que je fais est valable, on verra dans vingt ans. Et j’avais raison. Voilà. Tout ce que je vis est organisé autour de ça : être le « grand » que j’ai toujours voulu être. Mon travail de peintre, c’est le centre de gravité absolu de ma vie.

Depuis votre enfance, vous êtes affligé d’un très fort bégaiement. Or un Soleil dominant incite à vouloir s’exprimer clairement, à être implicitement et immédiatement compris. Sous le carré de Pluton, vous êtes par ailleurs fortement sensibilisé à l’indicible. Le langage parlé comme la peinture sont des modes de représentation du monde. Est-ce ce bégaiement qui vous a poussé à choisir la peinture comme mode d’expression privilégié ?

Oui, je pense, j’ai compris ça vers 12 ans. Enfant, je souffrais terriblement de mon bégaiement. Tout le monde se moquait de moi, et moi je ressentais ce besoin de m’exprimer clairement, comme les autres, mais c’était impossible. À 12 ans, je me suis dit qu’il faudrait que je me trouve un métier où on n’a pas besoin du langage, comme menuisier ou ébéniste par exemple : tu as fait un beau meuble dans ton atelier, ça se voit, il n’y a pas besoin de paroles. Voilà. Et puis je me suis dit que ce n’était pas assez. Il fallait que je trouve un langage qui remplace la parole. Avant douze ans, je peignais assez souvent, en étant toujours très jaloux des gens qui peignaient bien. À douze ans, j’ai pigé que je voulais être peintre, voilà. À l’époque je n’ai évidemment pas compris qu’il y avait autant de liens avec mon bégaiement, je ne l’ai compris que plus tard, à mon arrivée en France.

Depuis 1996, vous vivez l’une des plus importantes échéances astrales de votre existence, puisque Pluton transite par conjonction ton Soleil natal. En général, un tel transit incite à remettre radicalement en question ses références antérieures, à bousculer les modèles acquis, à changer de cap, de point de vue, d’orientation…

Oui, tout a débuté en janvier 1996. Normalement je devais faire une exposition à Sète. Elle a été reportée. Comme par hasard, je suis resté à Dijon, comme par hasard j’ai ramassé un journal par terre, dans la rue, je l’ai feuilleté, il y avait un immense local-atelier à vendre. J’ai été le visiter. C’était exactement ce qu’il me fallait : un espace immense dans lequel je pourrais peindre mes toiles immenses. Rentré chez moi, je n’ai pas pu dormir de la nuit. Si je l’achetais, je m’endettais pour toute ma vie… mais un tel local m’était absolument indispensable. Trois jours après, je signais un compromis de vente, et j’avais exactement l’espace de travail nécessaire à mon œuvre. C’est en 1996 toujours que j’ai commencé à devenir vraiment célèbre, à avoir de très grosses expositions à Paris, à faire des paysages, des portraits de mon père, ce que je n’avais jamais fait auparavant. En 1996 encore, je me suis rendu dans le bidonville de Soweto, en Afrique du Sud, pour faire les portraits d’enfants noirs, d’orphelins des rues. Soweto, c’est un lieu tellement impossible, tellement absurde, et j’ai fait la première œuvre d’art dans un bidonville, en plein cœur d’une effroyable misère humaine. Du coup, ma conception de l’art a complètement basculé.

Le trigone Pluton-Lune-Jupiter vous sensibilise fortement à la dialectique inclusion-exclusion sociale. Avec Lune-Pluton, vous devriez vous sentir solidaire, en famille (Lune) avec les exclus, les marginaux, ceux que l’on dit « inintégrables » (Pluton) ; avec Jupiter-Pluton, vous pourriez être tenté par toutes les démarches susceptibles de les re-socialiser. Je sais que vous avez animé des ateliers de peinture dans une prison pour femmes. Pouvez-vous nous parler de votre rapport avec l’exclusion en général, et de cette expérience en particulier ?

Au départ, ce n’était pas les prisonnières, pas l’exclusion qui m’intéressait. Ce qui m’intéressait, c’étaient les condamnés à mort, c’était le sentiment, ce qu’on éprouve au moment où l’on entend la sentence, le moment où l’on sait qu’on va mourir, un moment que je ne peux pas imaginer. C’est le moment que je voulais découvrir, garder. Le sentiment de l’homme à qui l’on dit : « Tu vas mourir »… Qu’est-ce qui meurt et qu’est-ce qui ne meurt pas ? C’était impossible de rencontrer des condamnés à mort en France, puisque la peine de mort est abolie. Alors, faute de « mieux », si l’on peut dire, j’ai fait ce travail avec les prisonnières…

Vous ne vous sentiez donc pas du tout dans la peau d’un « travailleur social » en peignant dans cette prison ?

Non. Dans cette prison, j’ai seulement fait un constat : voilà, il y a des prisonnières, voilà, je suis un peintre, voilà, je vais faire leurs portraits, c’est tout. Ce n’est qu’une expérience. Ce n’est pas ma mission de les intégrer ou réintégrer socialement. Je venais faire de l’art dans des conditions spéciales. Pas de l’art-thérapie. Je voulais voir comment on pouvait véhiculer de l’image en milieu carcéral au milieu de gens condamnés à perpétuité, pour leur donner de l’évasion, c’est tout. Si je leur ai donné des cours de peinture, ce n’était qu’un prétexte, sans quoi je n’aurais jamais pu entrer en prison. Il fallait que j’entre dans une prison pour faire des portraits de condamnés à perpétuité, c’est tout. Sinon, je faisais un portrait d’ancien prisonnier… mais un ancien prisonnier, ce n’est plus un prisonnier, ou bien alors un portrait de futur prisonnier, mais ce n’est pas encore un prisonnier ! (rires).

Vous vous sentez donc quand même objectivement attiré et plus ou moins solidaire des exclus, des marginaux, des marginalisés… sans quoi, vous auriez choisi d’autres terrains d’expérience…

Oui. C’est ma force. Moi, j’étais exclu au départ, avec mon bégaiement. Et de ce fait, j’étais beaucoup plus à l’aise avec des exclus à Soweto ou en prison qu’à Neuilly. Pour moi, l’important, c’était aussi que toutes les ressources de mon travail étaient revues à la base, à leur départ, au plus profond. C’est mon côté révolté permanent. J’aurais aussi bien pu connaître l’exclusion totale, comme eux. C’est vrai que quelque part, je me sens en famille avec les exclus. Je me sens plus à l’aise avec eux qu’avec des gens qui ont réussi. Voilà.

Votre ciel de naissance est également marqué une conjonction de Vénus-Jupiter-Saturne en Capricorne au trigone de la Lune en Taureau. Cette configuration, sous-dominante, indique un fort besoin de s’enraciner dans l’existence concrète (Jupiter-Saturne) pour y prospérer, approfondir tes expériences en décantant tes émotions (Vénus), tout en essayant de maintenir une harmonie stable dans ta vie familiale et quotidienne (Lune)… ouf ! Cela vous parle ?

Oui, effectivement, j’ai besoin d’un minimum de cadre stable pour ne pas devenir un pur esprit. Sinon je n’aurais pas fait trois gosses, je n’entretiendrais pas mes vieux parents à la maison. Mais je dois reconnaître que ça me demande énormément d’efforts qui me détournent de la peinture, que je me force à le faire parce qu’autrement, je n’aurais pas d’assises solides dans la vie quotidienne. Et c’est très difficile pour moi de faire des efforts quand ce n’est pas pour l’art. Ça me coûte, dans tous les sens du terme, mais j’ai besoin d’une base.

Sous l’opposition de Vénus-Saturne à Mars, on peut se demander s’il n’y a pas chez vous un refus de la confrontation, du duel — on y revient — voire de la violence. Aux situations conflictuelles vous semblez préférer la diplomatie et la concertation (Jupiter), la distanciation prudente (Saturne) et la compassion émotionnelle (Vénus). C’est juste ?

Je suis rarement confronté à la violence, aux situations conflictuelles. J’essaie de les fuir depuis que je suis tout petit. Dans ces circonstances, je suis un faible. Ou plutôt, je fais croire que je suis un faible. Ça m’arrive très très rarement de me disputer avec les gens, il faut vraiment qu’on me pousse à bout. Mais quand ça m’arrive, je peux être très très violent, je ne me contrôle plus du tout. Ça peut alors aller jusqu’à la violence physique, alors que je déteste ça.

Vénus, Mars et Neptune sont les Planètes de l’affectivité, de la sensation, de l’émotion. Elle ne sont pas très valorisées dans votre thème. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

Mes peintures sont froides. Ce sont des constats nocturnes. Mes toiles ne sont jamais gaies. Je suis en quête d’émotions sombres. Au fond de moi, je suis quelqu’un qui est assez seul, et c’est ce constat de solitude que je m’efforce de transmettre. Et c’est vrai que j’ai du mal à avoir des rapports d’affectivité pure avec les gens, même avec mes proches. J’ai tendance à laisser mes sentiments de côté pour mieux avancer mes conceptions. Les rapports affectifs, ce n’est pas du tout ma priorité. Ma peinture ne cherche pas à émouvoir. Mais en même temps, il y a une générosité dedans, pas une générosité basée sur un partage émotionnel, mais une générosité intellectuelle ou spirituelle.

La planète la plus faible de votre thème est sans doute Mercure. Lorsqu’elle est dominante, elle fait les gens curieux, ludiques, décontractés, touche-à-tout, communicatifs… L’inverse de vous, non ?

Je pense, oui. Je ne touche pas à tout, je ne me disperse pas. Si je n’ai pas mon rôle à jouer, je n’ai pas envie de m’amuser ou de communiquer avec les gens. Pas le temps. Je n’aime pas les gens légers, ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent. Mon obsession créatrice m’interdit de me distraire avec des a-côtés. Quand je vais quelque part, j’ai toujours un but précis, je ne me déplace jamais « pour voir »

Revenons pour finir à votre configuration dominante, le carré Soleil-Pluton. Elle n’est pas souvent valorisée chez les grands peintres, et fait davantage de vous un cérébral en quête d’une vaste vision du monde unifiée, intégrant le simple et le complexe, l’unique et le multiple, un idéaliste humaniste (Soleil-Sagittaire) qui veut rester froidement lucide (Pluton)…

Ce que je veux transmettre, c’est une vaste vision du monde à travers tout moi. Je ne veux pas la partager. Je ne partage avec personne. S’il y a des gens qui partagent avec moi, tant mieux, mais moi j’impose ma vision. Voilà. On prend ou on laisse. On aime ou on déteste ce que je fais, il n’y a pas de juste milieu. Je suis un peintre intellectuel, cérébral. Et en même temps, je suis devenu un mythe. L’image que les gens ont de moi, c’est celle d’un mythe. C’est incroyable. Et je prends plaisir à cette mythification. Je vois le mythe Ming se construire, et en même temps, je contribue à cultiver ça, parce que je pense que c’est indissociable avec ce que doit être un grand peintre.

Mais il y a quantité de grands peintres qui n’éprouvent pas le besoin de fonctionner sur le modèle du mythe solaire… Tous les grands peintres ne se ressemblent pas !

Oui, vous avez raison. Matisse, par exemple… Mais moi je ne peux fonctionner que dans la représentation pure, dans le mythe. C’est inévitable pour moi. Si un artiste n’a pas de récit, s’il n’a rien à dire sur sa vie, c’est difficile…

Il y a des peintres qui n’ont pas un narcissisme démesuré et qui sont quand même de grands artistes… vous, avec votre dominante solaire, vous avez besoin de mythe et de récit… narcissiques !

Ça c’est sûr ! (Ming s’esclaffe bruyamment en tirant voluptueusement sur son cigare).

Quelle est la fonction de l’art pour vous ?

(Très long silence méditatif) Oh pour moi c’est… c’est une sorte de… c’est inutile. Mais en même temps pour moi c’est extrêmement nécessaire. L’art remplit entièrement ma vie, quoi. Voilà. Je ne peux pas faire autrement que d’être artiste. Impossible. Impossible.

Et l’art dans la société ?

C’est pareil. Inutile et strictement nécessaire. Cette nécessité, c’est celle de la trace de l’homme. L’art est le mythe de l’homme, le mythe de l’individu, le mythe d’un peintre. Toute société a besoin de mythes et d’utopies.

Quels sont vos rapports avec les autres peintres contemporains ?

(Long silence, longue bouffée de cigare) Oh, il y a beaucoup de gens que je méprise et beaucoup de gens devant lesquels je suis admiratif. Je méprise toute médiocrité, ceux qui n’ont strictement rien à dire, ceux qui peinturlurent en se croyant intelligents. Ils sont inutiles et ils n’ont pas de nécessité. Ils font de l’art pour l’art, sans la dimension métaphysique sous-jacente.

Mais quel est selon vous la dimension métaphysique, plutonienne de l’art ?

(Long silence) La dimension métaphysique de l’art c’est plutôt, euh… (très long silence), c’est plutôt une sorte de… (très long silence) tentative de recréer un univers qui est à la fois réel et irréel. À la fin, on finit par y croire, à ce passage de l’invisible au visible.

Quelle est votre vision du monde et de l’art ?

L’homme reste toujours aussi cruel… (long silence)… et l’homme a toujours aimé l’art. Voilà. (éclats de rires) Pas mal, non ? (éclats de rires) L’art est pour qui ? Pour l’homme. Les animaux ou les pierres se foutent de l’art. C’est tout simple. Un jour quelqu’un m’a demandé « Pourquoi tu fais des portraits ? ». J’ai répondu « L’art c’est de l’homme, je veux représenter de l’homme ».

Récemment pourtant, au début du transit Pluton-Soleil, vous avez commencé à faire des « paysages », des toiles sans hommes…

Mais quand même, il y a de la présence humaine… regardez (il désigne du doigt une immense peinture) : j’ai peint une maison dans ce paysage ! (rires).

Ce ne sont pas seulement des paysages « plutoniens », désertés de l’homme, ce sont aussi des paysages désertés des paysages, ce sont des squelettes de paysages : ciel nocturne en aplats noirs sépia, bribes de reflets de lumières fantomatiques…

Oui, c’est vrai… (long silence) Mais je veux imaginer… Ce que je veux faire comme paysage, c’est un non-lieu, un lieu banal, ordinaire, un lieu ou tout le monde pourrait rêver… où tout le monde aurait envie d’habiter…

Où tout le monde pourrait rêver… ou cauchemarder ! Avoir envie d’habiter dans de tels non-lieux ténébreux n’a rien d’évident pour la majorité des gens !

Allons, allons… il y a une petite forêt, des sapins…

… décorés de guirlandes noir d’encre et de boules sépia à Noël ?

Oui, tout-à-fait ! (rires plutoniens).

L’entretien se termine… Que pensez-vous de tout ça ? Y-a t-il d’importants aspects de votre personnalité qui n’ont pas été évoqués ? Le portrait astrologique correspond bien au modèle ?

Je pense que le principal est là, oui. Je fonctionne bien comme ça. Moi, quand je fais un portrait, ce n’est pas pour la ressemblance, mais on peut le reconnaître. Voilà.

Article paru dans Astrologos n° 1 (septembre 2000) et le n° 12 du Fil d’ARIANA (octobre 1999).

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Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard



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