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Claude Lelouch, le Scorpion du treize

Claude Lelouch est cinéaste, réalisateur, producteur, scénariste et cadreur. Sa filmographie compte plus de cinquante films dont « Un homme et une femme », « L’aventure c’est l’aventure », « Itinéraire d’un enfant gâté », « Les Misérables », « Roman de gare » ou « Un plus une ».



Françoise Hardy : Claude Lelouch, l’astrologie vous attire, mais pour l’instant ça s’arrête là ?

Claude Lelouch : Je crois qu’on est programmés, et que les programmes peuvent être changés en cours de route par des influences, des circonstances extérieures, etc. Je n’aime pas que ma vie soit trop organisée, donc j’ai peur de tout ce qui peut l’organiser à l’avance. Je suis convaincu que l’astrologie est vraie. Qu’elle repose sur des données tout à fait authentiques — il n’y a pas l’ombre d’un doute dans mon esprit — mais j’en ai un peu peur, parce que je n’aimerais pas savoir ce qui va m’arriver. Mon grand plaisir dans la vie est de surprendre et d’étonner les autres, ainsi que d’être surpris et étonné moi-même. Ce qui me donne la force de me lever tous les matins, c’est que j’ai vraiment envie de savoir ce qui va m’arriver dans la journée ; quand j’ai une journée programmée, je suis très triste.

L’astrologie permet de savoir comment nous sommes susceptibles de réagir à un certain type d’événements, elle permet également de prévoir certaines échéances importantes de l’existence, mais elle ne peut prédire l’événement lui-même, Je trouvais amusant pour commencer, de vous apprendre que la Tradition attribue à Pluton, planète dominante de votre thème, le chiffre 13, et de vous demander d’où vous vient votre prédilection pour ce chiffre, qui vous a fait par exemple baptiser votre société de production Les Films 13, et votre lieu de travail le Club 13 ?

C’est lui qui s’est toujours trouvé sur mon chemin et s’est imposé à moi. Il m’est souvent arrivé de constater que chaque fois que la situation était positive, le chiffre 13 était présent. C’est lui qui m’a rendu superstitieux. Car à la suite de ça, j’ai inventé tout un langage, j’ai mis au point tout un mécanisme dont je suis le seul à connaître les règles, basé sur des signes que je trouve, et auxquels je pose des questions

Pouvez-vous nous donner un exemple ?

Mettons que je vais voir un banquier pour qu’il me prête de l’argent : je commence à discuter avec lui. Bien sûr, déjà à la façon dont il me serre la main, dont il me dit de m’asseoir, je sens sa personnalité : si c’est un « bon », si c’est un « méchant » ; je peux savoir un certain nombre de choses, mais pas encore s’il va me prêter de l’argent. C’est alors qu’il me faut trouver un objet dans la pièce ou sur son bureau, qui me plaise au point que je puisse en faire mon associé. Par exemple je vois un très beau stylo, et je me dis que s’il s’en sert dans la minute qui suit, je ferai l’affaire. Ça ne s’arrête pas là, car s’il ne prend pas le stylo, ce qui veut dire qu’il n’a pas l’intention de me prêter l’argent, à ce moment-là je mets en route tout un système de séduction que je n’avais pas prévu : je suis oblige de me battre, de faire un effort sur ma spontanéité, car je sens que ce n’est pas gagné, et ensuite je repose une deuxième question au stylo qui est toujours mon ami, pour savoir si ma tactique a marché. Mais en fait je ne me sers de ce système, que lorsque mon raisonnement, mon intelligence n’arrivent pas à répondre à la question que je me pose. Je fais appel aux signes quand je suis perdu : c’est une boussole pour m’indiquer le nord. Un jour je n’arrivais pas à savoir lequel des trois vendeurs étrangers qui m’étaient proposés était valable. Je déjeunais avec l’un des trois, et il fallait que je prenne une décision. Quand le maître d’hôtel a proposé les desserts, je me suis dit : s’il prend une pêche Melba, je lui vends le film. Parce qu’à ce moment-là, mon raisonnement ne m’avait pas permis de savoir lequel des trois était le meilleur. Vous savez, je suis prêt à croire à tout. Je suis fasciné par tout ce qui échappe à la raison, ou la dépasse, et j’ai l’impression de connaître ça beaucoup mieux que je ne le dis, sans avoir rien étudié, tout simplement parce que j’y prête vraiment attention. Il m’arrive de passer des nuits entières à regarder le ciel et être fasciné par les étoiles, alors que je pourrais très bien approfondir ces questions en lisant ou en parlant : je préserve, et en même temps, je suis tenté comme le diable.

Pluton, planète puissante dans votre thème, rend l’être particulièrement réceptif à l’insolite, au singulier, à l’inexplicable. Cette tendance paraît accentuée par une dissonance au Soleil et Mercure conjoints en Scorpion.

J’aime que l’on provoque des choses chez moi, je n’aime pas qu’on me les explique. Je rêve de faire un jour un film, où je provoquerai l’imagination des gens sans perdre trop de temps à leur expliquer des choses. Une femme qui provoque en moi l’imagination a toutes ses chances. Une femme qui se démystifie, qui m’explique trop de choses, ça me gêne, car je n’arrive plus à rêver, et le rêve pour moi est une chose capitale.

Toujours selon votre thème où l’on relève une opposition Pluton-Mars, vous paraissez ne pouvoir avoir avec les autres que des rapports de force. D’ailleurs vous avez souvent déclaré que vous divisez le monde en gagnants et en perdants !

Je précise : il y a les gagnants et ceux qui les aident, et les perdants et ceux qui les aident, ces derniers étant les pires, car ils se trompent doublement. J’ajoute aussi, qu’il est bien évident pour moi, qu’on ne peut pas gagner sur tous les tableaux. Pour que vous compreniez, je suis obligé de vous parler de mon enfance : en fait, je n’ai pas eu d’enfance, parce que dès que j’ai su parler et comprendre, on m’a expliqué tout de suite comment survivre. J’avais quatre ans quand mon père m’a dit : « Tu vois, dans ce placard il y à une petite valise. Chaque fois qu’on frappe à la porte, tu dois aller te cacher dans ce placard, même si c’est ta maman, ton oncle, etc., et tu attends que je vienne te rechercher. Si je ne viens pas, il y a une adresse dans la valise, de l’argent dans ta ceinture, tu descends dans la rue, et tu te débrouilles ». Ça à pris des heures, parce que j’aurais préféré jouer, mais tous les soirs j’avais la leçon : partir, courir dans la rue, me cacher des Allemands, prendre le métro et le train tout seul. J’ai passé ma vie d’enfant caché dans des caves, des greniers, des camions, je n’ai jamais pu jouer. À la fin de la guerre, j’avais sept ans, j’étais pratiquement un homme, car j’avais appris à me débrouiller tout seul, En classe des l’âge de 14–15 ans je gagnais beaucoup d’argent en vendant du whisky, des disques, des bas, des cigarettes, etc., et le jour où j’ai fait un film pour la première fois, je n’ai pas eu besoin de producteur, car j’ai trouvé des moyens pour me financer moi-même…

J’avais précisément une question à vous poser à propos de la façon dont vos parents ont influence votre relation avec l’argent, car vous avez réussi à concilier l’art et les affaires en étant à la fois producteur et cinéaste. Pour les astrologues cela tient à la signature Mars-Jupiter d’une part et Neptune-Lune-Vénus en Balance d’autre part.

Mon père était un tout petit commerçant qui avait réussi à gagner de l’argent avant la guerre. Il avait quitté l’Algérie pour aller en France avant la guerre, car il savait qu’il y aurait un jour un problème en Algérie, et il à toujours été également très lucide sur le problème juif. Il m’a donc appris tout de suite à ne compter que sur moi, et entre compter sur soi-même par ses propres moyens et l’argent, il y a un tout petit pas à franchir, car dans un monde capitaliste, très souvent la liberté et l’indépendance passent par l’argent. En conséquence de quoi, il m’a tout de suite expliqué comment en gagner. Il m’avait interdit deux choses : tuer et voler, tout le reste était permis. Il m’avait toutefois appris à voler dans les boulangeries en me disant que la seule chose que j’avais le droit de voler c’était un bout de pain. Puis il m’a appris à gagner de l’argent. Il me disait : « Tu vois, ça c’est une salière, et bien si j’achète cinquante salières, elle me revient moins cher que si je n’en achète qu’une, et après, en les revendant séparément, je peux les revendre un peu plus cher chacune ». Il m’avait expliqué les problèmes de proportions et rapport, que j’avais vite assimilés. J’avais compris que l’homme d’affaires, c’est celui qui achète cinquante salières, quand les autres n’en achètent qu’une. Mais il m’avait recommandé de n’acheter que ce dont j’avais vraiment besoin ou envie, car si j’en avais besoin, d’autres en auraient besoin aussi. Quand j’ai créé le Club 13, j’ai créé quelque chose qui n’existait pas, mais dont j’avais envie, c’est pareil en ce qui concerne l’hôtel de cinéma que je suis en train de faire construire en Normandie. Quand je fais un film, je raconte toujours une histoire qui me fait plaisir à moi, en espérant qu’elle plaira à d’autres, parce que mes goûts sont populaires. Quand j’aime quelque chose, je sais qu’il y en a des milliers qui l’aiment.

Comment l’expliquez-vous ?

J’ai toujours vécu en essayant de savoir ce qui se passait autour de moi. Tous les matins j’écoute les informations, je lis les journaux : je veux savoir ou je mets les pieds, je n’attaque pas la journée sans connaître le terrain. Je regarde le temps, je recueille le maximum d’informations, je suis en relation permanente avec l’actualité, ce qui fait que, vivant à l’heure ou des millions de gens vivent comme moi, ce qui me plaît risque de leur plaire aussi. J’ai débuté comme caméraman d’actualités, et le jour ou je me suis aperçu que c’était finalement toujours pareil, j’ai eu envie de raconter des histoires. C’est ainsi que je suis devenu auteur. Mais j’insiste sur le fait que mes goûts sont populaires, car ce qu’on m’a souvent reproché vient de là : du fait que j’ai besoin d’être en contact avec ce qui se passe dans le monde.

L’on dit souvent d’un plutonien et surtout d’un Pluton en dissonance au Soleil, qu’il lui faut changer les modèles en place. Vous considérez-vous comme un novateur ?

Je ne peux pas le savoir. J’ai le sentiment de raconter des histoires que je n’ai volées à personne. À l’école, la copie que je remettais était pompée sur le voisin ou sur un bouquin. Quand je fais un film, peut-être que je fais pareil que les autres, mais je sais que je n’ai pompé sur personne. Tous mes scénarios sont originaux ; en fait, je pompe dans l’existence, je pille la réalité. Dès qu’une chose a un parfum de vérité, elle me fascine. C’est pourquoi je suis obsédé par le fait que mes acteurs jouent « vrai », j’ai envie que les histoires que je raconte aient un ton de vérité, j’aime bien partir de quelque chose qui a existé, ça me rassure totalement, je fais une confiance totale à la vérité : je peux délirer à partir d’elle. Pour mon film « Si c’était à refaire », je suis parti d’un tout petit événement qui s’est passé aux États-Unis. Il y a deux minutes de vérité, mais qui m’ont servi à raconter un film d’1 h 45. Les films dont je garde le meilleur souvenir, sont ceux qui ont un accent de vérité. Ce n’est pas forcement au niveau de l’histoire, ce peut être le personnage : j’aime Chaplin et Tati, car je connais des tas de Chariot et de Monsieur Hulot. C’est pareil en ce qui concerne les femmes : si je sens une femme authentique quelque part, ça me suffit. Je n’aime pas le trucage.

Lune et Vénus, archétypes traditionnels de la « féminité », caractérisent aussi votre ciel natal. Vous faites souvent allusion aux femmes.

C’est très important pour moi. Il y a une part d’exhibitionnisme chez moi et je crois que s’il n’y avait que des spectateurs hommes, je ne ferais pas de films. J’ai plus envie de plaire à des femmes qu’à des hommes. Je me sens plus proche d’elles en tant que spectateur, parce que je les trouve plus disponibles, elles peuvent entrer plus spontanément dans l’univers qu’on leur propose. les hommes sont plus longs à convaincre : il y a toujours chez l’homme une méfiance, un recul, même quand il tombe amoureux, qu’il n’y a pas chez la femme.

Reconnaissez aussi, qu’il y a dans tous vos films un côté sentimental et mélodramatique (opposition de Saturne à Neptune-Lune-Vénus) auquel les femmes sont plus sensibles que les hommes.

Je ne le renie pas. Je ne rêve que de faire des mélos. Ce sont des histoires qui me plaisent, parce qu’elles sont le plus près de la vérité. Par exemple, je suis touché, bouleversé par les gens qui se sont quittés et qui se retrouvent : c’est d’une beauté folle, ce sont des moments de générosité. Ce que j’aime chez les êtres humains, c’est quand ils sont totalement généreux.

II faudrait se mettre d’accord sur le sens du mot « générosité ».

La générosité, c’est d’aimer quelqu’un plus que soi. même, c’est-à-dire avoir envie de lui faire plaisir plus qu’a moi. Quand j’aime une femme, ça veut dire qu’elle passe avant moi en toutes choses. Aimer quelqu’un en général, c’est aimer tout ce qu’il fait, pas seulement une chose. Si j’aime une femme, il faut qu’elle soit comme un coureur de décathlon dans plusieurs catégories, et pas uniquement sur le 100 mètres. J’ai besoin d’admirer, sinon je ne peux pas aimer. Quelqu’un qui m’étonne m’a eu à moitié. En général j’admire toujours ce que je suis incapable de faire. Quand je fais quelque chose, ça ne m’épate pas du tout. Les films des autres ne m’épatent pas tellement, parce que je sais faire des films. Ce qui m’épate chez un autre, c’est qu’il aborde un sujet que je n’aurais jamais pu traiter. Il y a des choses pour lesquelles je ne me sens aucune vocation, mais qui me manquent, et que j’ai envie de m’approprier, comme j’ai envie de m’approprier une voiture qui roule à 200 à l’heure, parce que je ne peux pas courir à 200 à l’heure.

Vous devez avoir l’opportunité de rencontrer beaucoup d’hommes, de femmes, d’objets étonnants. Comment faites-vous ?

Je ne suis pas un enfant gâté. J’ai appris à restreindre mes désirs, j’en fais une censure permanente. Quand j’ai envie de m’approprier quelque chose, c’est que j’étouffe si je ne l’ai pas. Je me dis : « Cette femme, il faut que je l’aie, j’ai besoin d’elle, et je suis sûr que par compensation elle aura besoin de moi », et c’est comme ça que ça s’enclenche. J’ai commis beaucoup d’erreurs bien sûr, car on ne peut pas juger tout, tout de suite, mais je préfère commettre des erreurs et vivre, que le contraire.

J’aimerais que nous abordions le problème du mensonge. Dans beaucoup de vos films, se retrouve une séquence, où le spectateur peut voir l’un des deux partenaires mentir à l’autre, sans que ce dernier s’en doute. Cela correspond-il à un réalisme brutal, à une démystification cynique des rapports homme-femme, ou à un doute douloureux que vous éprouveriez vous-même, au sujet de la sincérité et de la fidélité de l’autre ?

Je ne l’ai jamais analyse, parce que je l’ai toujours fait instinctivement. Je vous ai dit que j’aime les gens qui se se perdent et qui se retrouvent. Ce sont des moments de vérité d’une intensité folle. J’ai assisté en direct à la T.V. au retour des soldats américains du Vietnam ; on pouvait voir des gens qui partaient en courant de cent mètres l’un vers l’autre. C’était incroyable ; même dans le film le plus Iyrique du monde, on n’aurait jamais osé faire des scènes pareilles. Quand je suis avec une femme, et que c’est le bonheur intense, il m’arrive souvent de déclencher instinctivement des séparations, pour avoir ensuite les retrouvailles. Ça permet de casser le ronron de la vie quotidienne.

Les natifs du Scorpion ont le goût des situations extrêmes.

Pour déclencher des drames, des situations extrêmes, le mensonge est un détonateur fantastique, car c’est fou ce que le mensonge peut scandaliser, choquer les gens. Pour moi, le mensonge n’est pas si grave que ça. Quand vous faites connaissance d’une femme, un quart d’heure après elle vous fait savoir d’une manière ou d’une autre, qu’elle déteste le mensonge. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’aime le mensonge, mais je sais m’en servir. Quand je mens, c’est par générosité, parce que je pense que les choses s’arrangeront mieux ainsi, que si je choisissais la solution de la vérité ; si je sens que les choses ne s’arrangeront pas, je ne mens pas.

Vous parlez de vous en train de mentir. Que se passe-t-il si c’est l’autre qui vous ment ?

II y a deux sortes de mensonges : celui qu’on décèle tout de suite — parce que la aussi c’est un match, une discussion avec une femme, vivre avec une femme, c’est un match…

Toujours ces fameux rapports de force…

De deux choses l’une, ou bien je décèle le mensonge, et instantanément je cesse d’aimer la personne…

Comment est-ce possible ? Vous ne l’aimiez pas alors ?

Si, parce que, ce que j’aime, c’est une certaine forme d’admiration que j’ai ; si je démystifie cette admiration, je cesse de l’aimer tout de suite.

Dans toute relation humaine la déception est inévitable, pourquoi la refuser ? Si ce sont l’image idéale, l’idée que vous vous faites de quelqu’un qui vous importent, et non l’être lui-même, avec ses faiblesses et ses imperfections, contrepoids, inévitable lui aussi, des qualités qui ont provoqué votre admiration, cela revient à dire que vous n’aimez pas cet être.

Je suis terriblement indulgent. Je pars un peu du principe qu’on à le droit de tout faire, si on ne se fait pas piquer. Faire de la vitesse c’est interdit, mais tant que vous ne sortez pas de la route, tant que vous ne percutez pas une autre voiture, vous pouvez faire de la vitesse. Moi je tolère tout, tant qu’il n’y a pas d’accident. Un homme entre deux femmes peut mentir par amour, tant qu’il n’a pas pris de décision. Ça m’ennuierait beaucoup de savoir que la femme que j’aime me trompe, mais si j’apprends qu’elle fait tout pour que je ne le sache pas, je souffrirai, mais je penserai que c’est la preuve qu’elle m’aime encore, et je pourrai le penser, parce que j’ai connu ce genre de situation en sens inverse. Quand j’ai voulu quitter une femme, j’ai toujours su le lui dire, chaque fois que j’ai été « lâche », c’est tout simplement parce que je n’avais pas envie de partir. Si je trompe ma femme, et si je fais tout pour qu’elle ne le sache pas, c’est la plus belle preuve d’amour que je puisse lui donner. Dans mes films, chaque fois qu’un personnage ment, c’est pour protéger l’autre. En fait, quand on aime quelqu’un, le mensonge est très souvent une vertu. Il ne faut pas prendre le mot mensonge au premier degré : il peut y avoir plus de sincérité dans un mensonge que dans une vérité. C’est trop facile, ça simplifie trop les choses de dire la vérité ; c’est pourquoi je ferai un jour un film sur le mensonge. Et puis on ne peut pas en vouloir à quelqu’un d’aller mettre son nez ailleurs, surtout s’il a un fond d’aventurier, s’il est curieux… et les retours à la maison sont de formidables victoires, les plus belles que je connaisse. J’ai rencontré « l’amour de ma vie », si je peux utiliser cette expression toute faite, quand j’avais seize ans — j’étais très timide, je l’ai été toute ma vie avec les femmes — avec le recul, je peux dire que celle-là avait toutes les qualités, et comme c’était ma première histoire d’amour, je me suis dit : « c’est fantastique, si c’est comme ça la première fois, qu’est-ce que ce doit être ailleurs ! », et puis j’ai fait le tour du monde, je n’ai jamais retrouve ça.

Ce sont vos seize ans que vous n’avez pas retrouvés.

Non. Je suis très lucide. Je n’ai jamais essayé de la retrouver, parce qu’après, tout se serait cassé, mais il est probable, que, si j’avais vécu avec cette femme, je l’aurais trompée, j’aurais quitté la maison, et je serais constamment revenu, et elle l’aurait sûrement accepté, car elle avait la faculté de comprendre ce mécanisme.

Beaucoup de femmes ont la faculté de le comprendre, peu ont la force de le supporter.

Tout peut se supporter, s’il y a des accents et des élans de vérité dans l’actualité, chez l’autre.

Partir au bon moment pour laisser une image idéale de soi, cela vous a-t-il déjà tenté ?

C’est vrai qu’il y a un moment où il faut savoir s’arrêter, en toute chose. Mais ce qui fait que des tas de couples vont mal, c’est qu’ils n’ont pas su éviter la démystification. Démystifier l’autre, cela veut dire que tout d’un coup on le connaît mieux qu’il ne se connaît. Quand un artiste me séduit, mon test c’est d’aller le voir deux soirs de suite, et que ce soit deux spectacles différents. Dans la vie privée, c’est pareil, si vous vivez avec une femme qui, tous les soirs, vous redistribue les mêmes informations, qui est devenue un robot programmé, sans invention et sans vie, il faut la quitter tout de suite. Les gens qui ont eu ce désir de se renouveler en permanence, ont de fortes chances de vivre longtemps ensemble. Il y a des gens avec qui j’aime vivre, même s’ils me parlent toujours des mêmes choses, parce qu’ils ne m’en parlent jamais de la même façon. Je vais refaire Un Homme et une Femme, pour savoir si je ne vais pas « radoter ». Je reprends la même histoire, mais je vais essayer de la démarquer totalement, de la raconter enrichie de mes dix derniers années, et logiquement, le film devrait être plus beau, mais peut-être aussi plus ennuyeux parce qu’il y aura peut-être trop de choses, qu’il sera peut-être tellement riche, que je risque de basculer du côté négatif des choses : il s’agit de trouver la limite, et alors le spectateur aura l’impression d’une histoire nouvelle. Le thème de ce film me plaît beaucoup : en fait, c’est la possibilité de rencontrer plusieurs fois un grand amour dans sa vie. Je suis convaincu qu’on peut vivre plusieurs grandes amours dans sa vie, à condition qu’il y ait une progression.

Si donc vous rencontrez tout de suite quelqu’un d’extraordinaire ?

Vous êtes foutu. Si vous commencez à vous droguer avec de la morphine, le haschich n’a plus aucun intérêt.

Votre thème indique, les gens qui vous connaissent le disent aussi : vous êtes un homme seul. À quoi l’attribuez-vous ?

Je ne fais peut-être pas assez confiance aux gens. J’ai été élevé comme ça. Pourtant l’amitié est quelque chose de très important pour moi. Mais très souvent les gens vers lesquels je suis allé ont pris des automatismes en se disant : « II viendra encore ». Moi je viens une fois, mais quand j’ai fait le premier pas, il faut de temps en temps qu’il ait la réciproque. J’ai cessé de voir beaucoup d’amis, parce qu’il n’y avait pas un échange égal, il y avait trop ou pas assez d’effort d’un côté. Je ne veux pas gêner, je n’aime pas être un poids, s’il n’y à pas un geste de temps en temps, un petit signe — et c’est la moindre des choses qu’on puisse demander — c’est que ce n’est pas essentiel, c’est inutile d’insister. Mais de toute façon, je ne peux travailler qu’avec des gens que j’aime.

On n’a pas beaucoup parlé du cinéma. Que pensez-vous du cinéma français depuis plusieurs années ? À quoi attribuez-vous son évidente infériorité sur le cinéma étranger ? Vous-même avez-vous l’impression d’y occuper une place à part ? En quoi ?

Effectivement, tout ce qui peut faire du cinéma quelque chose de sublime, ne se trouve pas en France. Je pense qu’il y à d’abord un problème de « cycle » : ce n’est pas le « moment » du cinéma français. Pour moi un beau film doit avoir une résonance internationale, car on est obligé à l’heure actuelle de vivre à l’heure mondiale. Ce qui fait que le cinéma américain à toujours eu un rayonnement extraordinaire, c’est qu’il a toujours pensé de façon internationale, de par sa population qui vient du monde entier, et de par son marché économique et financier. Quand un Américain produit un film, en général c’est un sujet qui peut toucher le monde entier, alors qu’un mec qui joue aux boules, ça ne peut faire rire que les Français. En ce qui me concerne, je me sens à part, dans la mesure ou j’ai réduit les intermédiaires. Le cinéma est un métier d’intermédiaires, c’est-à-dire nous avons un auteur qui passe par un adaptateur, qui passe par un dialoguiste, lequel passe par le metteur en scène, qui doit passer par un producteur, puis par un chef opérateur, un ingénieur du son et un monteur. Il y à trop de gens. Dans le commerce, quand on va directement du producteur au consommateur, on peut vendre un produit beaucoup plus frais et moins cher, parce que les intermédiaires prennent du temps, de l’argent, et déprécient le produit. Ça me gêne de le dire, mais j’écris mon scénario, mes dialogues, je suis mon propre cameraman, je surveille complètement le montage, image, je suis producteur, car je pense que les intermédiaires sont trop chers, à la fois sur le plan artistique et financier. Si j’ai créé les Films 13, si j’ai acheté mon matériel, si j’ai toute cette indépendance, c’est pour faire un cinéma où il y ait le moins de déperdition possible entre l’idée originale qui est sincère, et l’idée finale.

D’après votre thème, on pourrait dire qu’il existe un divorce entre un homme ambitieux, prisonnier des limites de la raison et des réalités objectives, et un enfant rêveur et sentimental, entre le manque de fantaisie d’une part et le besoin merveilleux d’autre part. Le cinéma à la fois art, technique et industrie, était une magnifique possibilité de sublimation de vos contradictions. Pensez-vous pouvoir jamais faire autre chose ?

Quand j’ai rencontré le cinéma, j’ai rencontré tout de suite le grand amour. Je n’imagine pas aujourd’hui que je pourrais rencontrer un objet que j’aime plus. Mais si demain apparaissait un moyen d’expression qui convienne mieux à ma nature, peut-être pourrais-je le tromper. Je ne l’ai jamais trompé, mais j’ai trompé des cameras, des pellicules, des salles de montage, des auditoriums, donc je peux être trompé, mais a priori je pense que je finirai mes jours avec lui. Je change souvent d’avis, en fonction de ce que j’appelle la « météo », et j’essaie de vivre le plus possible comme un animal au niveau des événements extérieurs, mais c’est vrai que je peux utiliser tout ce qu’il y a en moi, le bon et le mauvais, dans le cinéma. C’est un moyen de réconciliation fantastique avec moi-même.

Cet article vous a été proposé par : Françoise Hardy


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