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1. Histoire de l’astrologie arabe au Moyen-Age Vous êtes ici : Accueil Documents Astro-Histoire Histoire de l’astrologie
Publié le : 26 août 2003
1. Histoire de l’astrologie arabe au Moyen-Age
Première partie
Après les fastes intellectuels de l’époque hellénistique, l’irruption du christianisme et le partage de l’empire romain (en 395 ap. J.C.), l’astrologie avait pratiquement disparu des préoccupations européennes. Vers le VIIe siècle, aucun texte de référence faisant état d’un progrès ou d’un renouvellement du savoir astrologique ne nous est parvenu depuis la Tétrabible de Ptolémée (140 ap. J.C.). C’est grâce à la civilisation arabe et à l’essor intellectuel qu’a impulsé l’Islam originel que l’astrologie de tradition hellénistiques est réapparue sur le vieux continent, à partir du XIIe siècle1.

L’apparition de l’astrologie dans le monde arabe

Entre le IXe et le XIIe siècle, on assiste à une indubitable période d’hégémonie intellectuelle du monde arabo-musulman, tandis que l’Occident s’enfonce dans l’épais et inerte nuage d’ignorance du Moyen-Age chrétien que seules agitent quelques tempêtes de disputes théologiques byzantines.

Lorsque l’Islam est né en Arabie vers 620 ap. J.C., la civilisation arabe n’avait pas développé une très grande curiosité envers les sciences en général et l’astrologie en particulier, et les abstractions philosophiques lui étaient dans une très large mesure étrangères.

Pendant la phase d’expansion et de conquête de l’Islam, les Arabes, en envahissant d’autres territoires et en se confrontant ainsi à d’autres civilisations, ont rencontré tout un patrimoine dans le domaine des sciences exotériques ou ésotériques, dont l’astrologie faisait partie. Les bédouins avaient certes l’habitude d’examiner les astres avant la révélation du Coran à Mahomet, mais cette astrologie embryonnaire n’avait aucun rapport avec la riche et complexe astronomie technique développée avant eux par les Grecs à la suite des Chaldéens. Cette astrologie primitive, simple observation des astres à visée essentiellement météorologique, a petit à petit annexé les savoirs astrologiques qui existaient déjà dans les pays affectés par le zoroastrisme et même par l’hindouisme.

Mais les fondements naturels de l’astrologie arabe viennent de la rencontre de l’Islam conquérant avec le patrimoine scientifique et philosophique des anciens Grecs, qui était à l’époque extrêmement bien conservé en Syrie et en Egypte. Les Arabes ont adopté et se sont très vite approprié, apparemment sans complexes, la conception du monde aristotélicienne. Les grands textes de l’astrologie grecque, tels le Tétrabible de Ptolémée, seront rapidement traduits en arabe, et la pratique de l’astrologie "occidentale" par les musulmans a sans doute démarré dès le VIIe-IXe siècle ap. J.C.

L’astrologie, savoir exogène, pouvait-elle entrer en contradiction avec la parole de l’Islam, comme cela lui est arrivé avec le christianisme ? L’un des dogmes essentiels de l’Islam affirme que la vie humaine est toute entière finalisée en fonction de l’obéissance à la loi divine telle qu’elle est révélée dans le Coran, et que là réside l’essentiel de l’être-au-monde musulman. Une vision gnostique et immanente comme celle que développe l’astrologie n’était pas prévue par l’Islam prophétique et transcendant. Mais par ailleurs, le prophète lui-même incitait les croyants à étudier les sciences : le savoir ne saurait être l’ennemi de la foi, pourvu qu’il concourre à mieux comprendre la création de Dieu. Ainsi l’Islam médiéval a-t-il généralement été extrêmement tolérant envers toutes les formes de savoir : à partir du moment où on respectait au moins les normes extérieures de la loi coranique, les théologiens musulmans pouvaient tolérer et même encourager beaucoup d’attitudes cognitives et spirituelles différentes : l’astrologie en a amplement profité.

Astrologie et philosophie grecque en Islam

Il ne fait pas de doute que les savants arabes, surtout au IXe et au Xe siècle, ont développé de puissantes tentations encyclopédistes, un peu à l’image de ce qui s’est produit en Occident à la Renaissance (toutes proportions gardées bien sûr). Les domaines du savoir étaient divisés en deux grandes catégories : la première comprenait les sciences islamiques, spécifiquement religieuses et arabes, qui servaient au salut individuel et à l’organisation collective de la communauté des croyants, comme par exemple le droit musulman, la théologie coranique et la grammaire arabe. La seconde catégorie regroupait les "sciences étrangères", en fait quasiment toutes issues du patrimoine hellénistique : la philosophie, l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et l’astrologie, l’alchimie, connues par les traductions en arabe des textes grecs antiques.

Les plus audacieux des penseurs musulmans ont repris à leur compte la pensée aristotélicienne et l’héritage astrologique de Ptolémée, et essayé de montrer comment ces connaissances pouvaient s’articuler avec la pensée islamique, de telle manière que révélation prophétique et savoir philosophique se rejoignent dans une sorte de sagesse commune.

Les intellectuels arabes ont donc intégré dans leur vision du monde la conception aristotélicienne, laquelle pouvait assez aisément se combiner avec la théologie islamique : le Dieu unique et concret du Coran, commandant toutes choses, n’était pas contradictoire en soi avec le Dieu abstrait d’Aristote, conçu comme "premier moteur" des chaînes causales de la création, ordonnant le monde par l’intermédiaire des sphères célestes.

Ce qui fait la particularité de l’astrologie arabe, c’est donc sa rencontre avec la tradition hellénistique, qui est une science encore vivante en Syrie et en Egypte au moment de la conquête arabe. Les deux sources principales de l’astrologie arabe sont la physique aristotélicienne et l’astronomie de Ptolémée.

Rappelons que la conception du cosmos aristotélicienne et ptolémaïque est géocentrique. Elle postule qu’il existe autour de la Terre sept sphères qui sont comme d’immenses globes transparents tournant autour de leur axe ; à la surface de chacun d’eux se trouve une planète. Il existe également une sphère supplémentaire dite des "étoiles fixes" sur laquelle se trouvent toutes les étoiles et constellations qui apparemment ne bougent pas, à la différence des planètes et des deux luminaires ; enfin, une dernière sphère englobe les précédentes et délimite l’univers.

Ce donné aristotélicien servait de base à la conception du monde de tous les intellectuels de l’époque. L’astrologie intervenait à partir du moment où l’on se posait le problème de l’efficacité que l’on donne à ces sphères célestes. La pensée que tout ce qui se produit sur notre Terre est en fait engendré et déterminé par la position des astres était admis par une majorité d’intellectuels arabes, astrologues ou non.

Pour l’aristotélisme, un fondement scientifique, causal, expliquait la nature du cosmos. Par exemple, l’explication du mouvement, de l’acte et de la puissance, des causes finales, efficientes, matérielles, formelles, tous ces concepts mécanistes étaient utilisés pour analyser le mouvement des astres et leur influence sur la Terre. D’ailleurs, on pouvait partir d’Aristote lui-même, de ses Météorologiques, où il affirmait que tous les mouvements du monde inférieur, sublunaire, sont en contiguïté avec les mouvements célestes, de sorte que les astrologues pouvaient trouver une justification philosophique à cette action des astres sur les choses de la Terre. Pour les astrologues arabes, il s’agissait donc d’opérer le passage entre la philosophie, la métaphysique presque abstraite d’Aristote, et son insertion dans le monde concret où l’on peut voir en action l’acte et la puissance, et constater les effets des astres dans la Nature.

Sous l’impulsion du calife Al Mamoun au IXe siècle se développe un très puissant mouvement de traduction de textes grecs et persans. Al Mamoun fonde à Bagdad une "Maison de la science" où les savants avaient entre autre pour mission de vérifier les théories de Ptolémée. Ces astronomes (musulmans, païens, juifs) ont créé les tables astronomiques ; la plupart de ces savants étaient aussi des astrologues. Le premier directeur de la "Maison de la science" était un astronome-astrologue qui a écrit des ouvrages astrologiques.

Allah et les planètes

L’astrologie pouvait-elle s’articuler avec la notion du Dieu coranique ? Allah, très volontariste, intervenant à chaque moment pour chaque phénomène qui a lieu dans le monde, ne risque-t-il pas de se retrouver en compétition avec l’influence des astres ? C’est en fonction de cette interrogation que se sont situées les prises de position pour ou contre l’astrologie. La position théologique la plus courante - et la moins dérangeante - était de se dire que les astres influencent ou peuvent certes influencer le cours de la vie humaine, mais qu’il le font par autorisation expresse de l’autorité divine, laquelle peut très bien à n’importe quel moment, par décision suprême, interrompre leur influence.

Les débats entre théologiens pro ou anti-astrologues avaient lieu par traités interposés. Lors de séances entre savants, on discutait pour savoir comment l’astrologie pouvait être vraie ou pas, et tous les débats portaient sur deux points fondamentaux. Le premier est plutôt philosophique et scientifique : "Est-ce que l’astrologie est vraie, est-ce que les astres ont un impact et permettent réellement de prévoir des événements ?".

A cela, certains savants musulmans rationalistes répondront, tel Avicenne (950-1037, philosophe et médecin iranien disciple d’Aristote) que l’astrologie n’est pas démonstrative, qu’elle ne peut rien prédire, parce qu’on ne peut pas faire d’expériences susceptibles de valider empiriquement les assertions des astrologues. Exemple : "On dit que Mars influe dans le sens du combat, de la guerre ; mais il n’existe pas d’observation qui permette de vérifier systématiquement cette affirmation. Donc l’astrologie est pure conjecture".

D’autres types d’arguments anti-astrologiques, d’ordre moral et théologique, viendront aussi des docteurs de la loi coranique : "Est-il licite de pratiquer l’astrologie alors même qu’on sait et qu’on croit que Dieu est responsable de toutes les actions du monde ?". A cette question, un grand théologien musulman a apporté une réponse selon laquelle l’astrologie ne peut rien apporter de bon à l’Homme ; même si elle était vraie, ce dont il doutait, de toute façon cela ne pourrait que détourner l’Homme de sa foi en Dieu et de sa responsabilité individuelle face à son propre destin ; il n’y avait donc aucun bénéfice à la pratiquer et aucun inconvénient à l’ignorer. D’autres commentateurs du Coran soutenaient au contraire l’idée que toute connaissance est bonne, que plus on connaît, plus on a de pouvoir pour bien diriger sa vie, et estimaient qu’il valait donc mieux connaître l’astrologie, parce qu’elle pouvait éventuellement permettre de mieux discerner le Bien du Mal et ainsi devenir un meilleur musulman.

Pendant les premiers siècles de l’Egire (VIIIe, IXe et Xe siècle de notre ère), l’astrologie était en tout cas présente partout, même dans les souks arabes, et presque systématiquement à la cour des puissants. Au final, c’est pourtant l’opinion des anti-astrologues, qu’ils soient aristotéliciens rationalistes comme Avicenne ou théologiens intégristes qui finiront par prévaloir... Il faut dire que les astrologues arabes, ultra-déterministes, avaient donné de sérieuses armes à leurs ennemis !

Spécificité de l’astrologie arabe

"La relation de participation que l’on relève dans les indices de tous les astres, et qui sont marqués sur l’ensemble des choses dans le monde d’en-bas, cette relation est connue de façon certaine. L’association et la différenciation se produisent dans les parties composantes des végétaux et des minéraux, ainsi que dans les couleurs. La couleur blanche relève de la Lune, du Soleil et de Vénus ; le rouge est apporté par Mars, avec participation du Soleil ; la couleur noire est apportée par Saturne, surtout s’il est conjoint à Mercure ; le jaune relève du Soleil et de Mars avec participation de Jupiter. La couleur bleue et la couleur verte sont rapportées à Vénus, et le reste des couleurs ont leur origine selon la participation qu’elles impliquent. De même en est-il pour les saveurs, les parfums. Et quant à la génération, au fait de donner une forme ronde, longue, courte, carrée, courbe, toutes ces qualités comportent des indices émanés du monde d’en-haut dans l’ensemble des choses".

Ce texte, extrait de l’œuvre d’Abou Marchar, le plus illustre des astrologues savants arabes, illustre bien l’une des caractéristiques essentielles de l’astrologie arabe : la conception hyper-déterministe qu’elle se faisait des relations entre l’Homme et le Ciel.

L’Homme est un peu pris comme dans une espèce d’étau de forces qui sont éternelles, inchangeantes, continuellement en action et qui peuvent aller jusqu’à menacer sa propre liberté individuelle. Abou Marchar va jusqu’à dire que "l’Homme ne décide que ce que les planètes ont déjà décidé avant lui". Et c’est au nom d’un aristotélisme abstrait mâtiné de mysticisme musulman qu’il défend l’astrologie :

"La génération et la corruption des choses sont produites dans ce monde par le mouvement des planètes et leur entrée dans chaque emplacement du cercle par ordre de Dieu. Ainsi l’on est amené à affirmer premièrement que le mouvement du cercle est causé par la puissance de la cause première. Rappelons les dires d’Aristote lorsqu’il déclare "puisque la sphère est mue, il est nécessaire que son mouvement provienne d’une source immobile", parce que si ce qui meut était mû à son tour, il s’ensuivrait un procédé à l’infini. Ensuite, le mouvement de la sphère est éternel en vertu de sa cause qui est elle-même éternelle. Or, comme sa puissance est éternelle, il n’est pas possible qu’elle soit d’essence corporelle, bien qu’elle puisse mouvoir les corps. Enfin, comme sa puissance n’a pas de fin, elle ne diminue point et n’est point corruptible. Voyez comment par les choses visibles et accessibles aux sens, on est parvenu au Créateur, c’est-à-dire qu’il est éternel, d’une puissance sans fin ni limite, non mû et impérissable, le Très-Haut. Que son nom soit béni et exalté dans une suprême exaltation".

Dans l’optique de l’astrologie arabe, c’est par leur mouvement et leur lumière que les astres agissent. Abou Marchar blâme Ptolémée d’avoir prétendu que les astres avaient des qualités de chaud et froid, de sec et humide, les quatre qualités élémentaires du monde sublunaire. Il prétendait que les Eléments étaient des créations des astres par l’intermédiaire de la lumière et du mouvement. Il y a là probablement une trace de l’ancien zoroastrisme pour qui la divinité était la lumière, ce qui donnait une aura de respectabilité divine à cette contrainte astrale.

Les traités d’astrologie sont devenus des ouvrages techniques indépendants assez tôt, mais c’est surtout avec Abou Marchar (Introductoire à la science des jugements des astres) que l’astrologie commence à se structurer en savoir totalisant, et à vrai dire totalitaire, absorbant l’astronomie, la métaphysique, la physique et la médecine ; la quantité d’introductoires à la science des actes qui sont parus à la suite de celui d’Abou Marchar est assez énorme, et les historiens sont encore loin d’avoir exploré tous les manuscrits astrologiques de cette époque-là.

L’astrologie grecque avait été oubliée en Occident, et son vocabulaire avait disparu. Seuls circulaient, pour les initiés, deux textes classiques latins, le poème de Manilius Astronomica, et les traités de Firmicus Maternus qui avait recueilli certains termes traditionnels de l’astrologie grecque comme "horoscopos". Mais cela avait été oublié et l’astrologie était très peu répandue avant le XIIe siècle. A partir de la traduction des textes grecs en arabe, puis de l’arabe au latin, les anciens termes grecs sont revenus en Occident, enrichis des conceptions arabes, beaucoup plus concrètes que les grecques. Par exemple, l’horoscopos grec (littéralement : "Qui regarde l’heure") est devenu grâce aux astrologues arabes l’Ascendant ("Qui s’élève"), concept qui décrivait plus précisément l’ascension des astres dans l’hémisphère diurne à partir de l’intersection entre le plan horizontal et le plan écliptique.

L’astrologie arabe, en même temps qu’hyper-déterministe, est en effet aussi incroyablement vivante et concrète dans ses applications multiples : aucune activité des hommes, si triviale soit-elle ne saurait lui être étrangère et échapper aux prédictions et déterminations astrales. Dans le Centiloquium, ouvrage astrologique d’un des disciples et successeurs d’Abou Marchar, on trouve ainsi le reflet de la vie de tous les jours des sociétés islamiques d’Egypte ou de Bagdad. L’influence des astres sur le moindre métier, la moindre coutume est décrite et précisée avec une minutie d’enthomologiste maniaque.

Par le biais de l’aristotélisme que l’astrologie arabo-ptolémaïque porte en elle, l’aristotélisme devient concret, vivant, pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur certes, les concepts abstraits d’Aristote se mettent à bouger, son mis en situation au quotidien, descendent dans la rue pour y vivre l’épreuve du réel, ce qui peut avoir fait la joie des philosophes expérimentateurs. Mais tout le monde est invité à constater si les astrologues ont raison ou non. La contradiction flagrante entre le caractère anti-conditionnel et purement spéculatif de la théorie astrologique arabe, et les illustrations-descriptions hyper-vivantes, ultra-concrètes, et donc facilement vérifiables, des effets des astres, que les astrologues n’auront de cesse de proposer dans leurs écrits, cette contradiction aura à la longue des effets dévastateurs sur la croyance en l’astrologie, effets que les pires anti-astrologues n’auraient pu produire eux-mêmes.

Notons enfin que l’astrologie arabe est très peu psychologiste. Décrire en soi le comportement du Sujet à travers son thème n’intéresse guère les astrologues musulmans. Leur conception et pratique de l’astrologie, comme dans toutes les sociétés antiques, est davantage axée sur le prédictionnel (meilleures dates pour construire une ville ou déclencher une guerre par ex.) et le relationnel (comparaisons de thèmes pour sceller alliances ou mariages).

L’astrologie arabe a d’ailleurs été très loin dans le domaine relationnel, jusqu’à édifier une véritable "théorie de l’amour astral". Dans des documents astrologiques arabes, il est clairement écrit que deux êtres dont l’horoscope contient certaines données qui correspondent à Vénus (aspects favorables d’autres planètes, positions en Signes, Maisons, quadrants de la sphère locale, etc.) ne peuvent pas s’empêcher de s’aimer. Dans le Centiloquium arabe, cette théorie est attribuée à Ptolémée, ce qui est faux : elle est spécifiquement arabe, Ptolémée étant beaucoup plus... conditionaliste dans ses assertions astrologiques.

Ainsi chez les Arabes médiévaux, l’astrologie a-t-elle pénétré tous les aspects, toutes les ramifications de la société, y compris dans cette "théorie de l’amour", où même toutes les "perversions" sexuelles sont précisément attribuées à des configurations planétaires ou justifiées par d’autres éléments astrologiques. Ainsi la tentative de concrétisation du système aristotélicien par les astrologues arabes a-t-elle "sauvé" historiquement l’astrologie hellénistique ; mais en confinant l’astrologie dans la conception aristotélicienne du monde, elle l’a contrainte à en partager le sort épistémologique : si les paradigmes aristotéliciens sont abandonnés, l’astrologie risque de subir le même sort. 0n sait ce qu’il en advint à la Renaissance.

Le fait d’être à la fois philosophes, astrologues et astronomes ne gênait en rien les savants Arabes. En bon philosophe, l’auteur du Centiloquium disait que l’astrologue ne doit jamais prononcer un jugement particulier, mais toujours un jugement universel, parce que dans l’universel, il y a toujours une possibilité que ça soit vrai, et que tout le monde ait une possibilité de loger la volonté. C’est là une façon élégante et abstraite de ne pas traiter réellement un problème essentiel que pose l’astrologie : celui du libre-arbitre.

Abou Marchar lui-même n’était pas exempt des contradictions dues à ses différents statuts, et ne parvenait pas toujours à concilier ces différentes approches. Comme astrologue "pur", il allait jusqu’à dire que l’homme ne peut faire que ce que les astres ont décidé pour lui d’avance, ce qui exclut la volonté et le libre-arbitre, alors que conne philosophe, il défendait sans cesse la volonté et faisait la différence entre les actes naturels (purs produits des influences du milieu) et les actes volontaires, fruits d’une décision indépendante du milieu. Dans les actes volontaires, il y a pour lui une marge de liberté insensible à l’influence des astres. Mais il se contente de prétendre, artificiellement et arbitrairement, que ce n’est que dans le domaine de la volonté, qu’il se garde bien de définir précisément.

0n sent donc qu’Abou Marchar, à l’instar de nombreux savants arabes médiévaux, tiraillé entre son statut de philosophe et son statut d’astrologue, veut paradoxalement défendre le libre-arbitre tout en affirmant que tout est dirigé par les astres, et sans concilier rationnellement ces points de vue contradictoires. On ne saurait pour autant critiquer cette attitude en arguant du fait qu’il était musulmano-médiéval : après tout, nos modernes astrologues-tartuffes pratiquent les mêmes contorsions quand ils prétendent que "tout ce qui se passe est écrit dans l’horoscope d’un individu, mais tout ce qui est écrit dans son horoscope n’arrive pas nécessairement"...

Pour terminer cette section, un extrait de l’œuvre d’Abou Marchar :

"Nous disons donc que tout individu parmi les animaux, végétaux et métaux dans ce monde est composé des quatre Eléments, c’est-à-dire de Feu, de Terre, d’Air et d’Eau. Chaque Elément d’autre part est sujet à augmentation, diminution et transformation l’un dans l’autre. Il existe dans chaque individu la potentialité de subir augmentation, diminution et transformation mutuelles, et leur changement et passage à la corruption et à la composition se font en vertu des Signes et des Planètes sur eux. Or Aristote affirme que les planètes sont animées et qu’elles possèdent des âmes rationnelle . Leurs indications procèdent dons de leur mouvement naturel qu’elles annoncent la fusion de l’âme rationnelle et de l’âme vitale dans le corps, selon le bon vouloir de Dieu. A l’âme rationnelle revient donc le pouvoir de penser et de choisir, et au corps le pouvoir de recevoir les possibles. Si donc les planètes indiquent la fusion de l’âme rationnelle avec l’âme vitale et avec le corps, elles indiquent donc le nécessaire, les impossibles et les possibles". SUITE


Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard



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