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Marcel Proust, un amour de Swann cancérien

Marcel Proust (1871–1922) s’efforça d’atteindre la substance du temps pour se soustraire à sa loi, afin de tenter de saisir, par l’écriture (où le « temps » est enfin retrouvé), l’essence d’une réalité enfouie dans l’inconscient et « recréée ».



La vie de Proust

Né à Paris d’un père médecin et d’une mère issue de la haute bourgeoisie juive, Marcel Proust grandit à Paris et à Illiers, village de la Beauce dans lequel il passa la plupart de ses vacances. Très jeune, il se mit à fréquenter les milieux mondains (« Rr ») de la capitale et à écrire. Sa vie se partageait alors entre les plaisirs du monde, la lecture et l’écriture. En 1903, Proust fut profondément éprouvé par la mort de son père, puis par celle de sa mère en 1905 à qui il vouait une véritable adoration. À partir de 1908, il se consacra davantage à son œuvre. En 1914, la mort accidentelle d’Alfred Agostinelli, avec qui il avait une liaison depuis 1907, laissa Proust en proie à un immense chagrin. La douleur provoquée par la perte de cet être cher le poussa à se réfugier dans l’écriture. Dorénavant et jusqu’à sa mort, Proust ne cessa de remanier ses textes, corrigeant les cahiers déjà écrits, les complétant, et se préoccupant de la publication de la Recherche. L’ensemble était achevé, mais les derniers volumes furent publiés après sa mort.

« A la Recherche du temps perdu »

La « Recherche du temps perdu », à l’instar de « La Comédie humaine » de Balzac, est une somme romanesque. À la frontière des différents genres (roman psychologique, roman sociologique, roman d’apprentissage, roman poétique, roman philosophique, roman à la première personne) et les englobant tous, cette œuvre laisse transparaître la volonté d’un univers tout entier (peuplé de filles de cuisines et princesses du sang, de bourgeois conventionnels et d’homosexuels : ‘t’ en Capricorne et ‘R’ en Cancer, signes marqués par la Force d’inhibition et le Sens des ensembles d’où un univers paradoxalement clos sur lui-même), mais surtout les bouleversements que connaissent ces mondes au cours du temps. Elle s’organise autour d’un principe principal, celui de la narration à la première personne, qui commande l’ensemble du récit (« Sujet »).

« Un Amour de Swann »

Ce roman est un fragment de « A la Recherche du temps perdu », c’est la deuxième partie de « Du côté de chez Swann ». Son sujet en est l’amour et la jalousie qu’éprouve Charles Swann, un aristocrate, pour une demi-mondaine, Odette de Crécy.

Proust et le S.O.R.I.

Avant d’aborder le thème astral de Proust, il apparaît important d’analyser cet auteur sous l’angle du S.O.R.I. (Sujet-Objet-Relation-Intégration) car son œuvre toute entière est le fruit de sa subjectivité. Or la subjectivité ou l’objectivité, comme l’intelligence ou la bêtise, ne sont pas inscrites dans un thème. Les planètes, les signes et surtout les maisons ne déterminent pas cet aspect de la personnalité car il est avant tout extra-astrologique Il est donc primordial d’analyser d’abord Proust à travers le S.O.R.I. car son mode de fonctionnement à travers ce dernier donne une coloration spécifique à l’ensemble du thème astral de Proust.

« Un Amour de Swann » est le seul roman écrit à la 3e personne, pourtant à travers le personnage principal de Swann, on perçoit la subjectivité du narrateur :

« Autrefois on rêvait de posséder le cœur de la femme dont on était amoureux ; plus tard, sentir qu’on possède le cœur d’une femme peut suffire à vous rendre amoureux »

Cette définition de l’amour, énoncée comme une vérité universelle concernant tout un chacun peut paraître erronée, donc subjective. En vertu de quoi peut-on affirmer que la structure de l’amour naissant est lié à une notion temporelle ; pourquoi Proust ne prend-il pas en compte la complexité des tempéraments qui vivent et ressentent l’amour chacun à leur manière ? Parce que Proust ne conçoit pas que l’on puisse avoir une vision différente de la sienne : Sa vérité est donc vérité universelle. On a ici la preuve, comme dans toute son œuvre, que Proust est avant tout subjectif. L’univers ne lui apparaît qu’à travers le prisme de sa propre subjectivité. Il est donc « Sujet » : Un Sujet (un individu) est confronté à un Objet (le monde extérieur) d’où naît une Relation (plus ou moins harmonieuse) laquelle produit une Intégration (un ensemble cohérent ou non selon la nature de la Relation entre Sujet et Objet). Le Sujet a un regard personnel sur le monde. Proust ne semble pouvoir accepter d’interactions entre son individualité (Sujet) et son environnement (Objet). Il ne semble n’y avoir qu’unilatéralité : ce que projette Proust sur le monde. Sujet, il n’interprète et juge le monde extérieur (Objet) qu’à travers les lunettes déformantes de sa propre histoire. Il se construit ainsi une vision du monde et une image de lui-même souvent éloignées des réalités objectives, et parfois même en totale contradiction avec elles. C’est pourquoi il affirme avec une certitude inébranlable Sa vérité en tant que vérité universelle (et soi-disant objective).

Proust ne peut avoir de rencontre réussie avec l’Objet, car c’est un Sujet qui ne conçoit pas que l’on puisse avoir un point de vue à l’opposé du sien. Si Sujet n’est pas synonyme de subjectivité et qu’un Sujet peut être objectif, Proust est un Sujet qui n’a, de plus, pas conscience de sa subjectivité.

La Relation lui est ainsi inaccessible puisqu’elle est « le caractère de deux objets qui sont tels qu’une modification de l’un entraîne une modification de l’autre ». La Relation est en effet interactive. Or, Proust Sujet ne peut devenir Objet et refuse l’interactivité : c’est à lui (Sujet) d’imposer sa vision du monde extérieur (Objet) en faisant abstraction de tout point de vue contraire ou de la réalité objective.

Étranger et insensible à la Relation, l’Intégration ne concerne pas davantage Proust.

En effet, l’Intégration est l’ensemble à l’intérieur duquel Sujets et Objets sont en Relation. La différence entre Sujet et Objet n’existe plus. Ces derniers fusionnent dans une Relation homogène. Proust ne peut donc vivre en état d’Intégration car se serait renoncer à toute illusion ego-volontariste et devenir un rouage insignifiant d’un vaste ensemble qui l’imprégnerait dans toute son intégralité. Or Proust reste immuablement centré sur lui-même, il est donc avant tout Sujet subjectif (non objectif et non conscient de sa subjectivité), ne peut devenir Objet, fait abstraction de la Relation et n’accédera jamais à l’Intégration. Il faut donc placer l’œuvre de Proust dans un contexte subjectif.

Le thème de Proust

La hiérarchie planétaire du thème de Marcel Proust est la suivante : Neptune, Lune, Saturne, Mars, Jupiter, Mercure, Soleil, Uranus, Pluton, Vénus. Ce qui induit la hiérarchie R.E.T. suivante : p, e, E, t, r, R, P, T.

Entre causerie et silence

« Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie (« Rr ») mais de la causerie et du silence (‘t’) ».

Dans cette citation, on remarque que le pôle « Rr » (Jupiter, Mercure, Soleil, Uranus) est rejeté au profit d’un univers moins représentatif.

Ainsi l’opposition Neptune-Mars pousse souvent Proust à rejeter la réalité concrète (Mars) au profit d’un imaginaire (Neptune) supplantant cette réalité trop vulgaire. L’art est pour Proust une manière d’apprécier, par un système de transposition, ses semblables. C’est le cas lorsque Charles Swann rencontre pour la première fois Odette de Crécy : « Quand un jour au théâtre il fut présenté à Odette de Crécy par un de ses amis d’autrefois… elle était apparue à Swann d’un genre de beauté qui ne lui inspirait aucun désir, lui causait même une sorte de répulsion physique ».

Cependant, après s’être revus plusieurs fois, Swann se rend un jour chez Odette : « Elle était un peu souffrante… Debout à côté de lui, laissant couler le long de ses joues ses cheveux qu’elle avait dénoués, fléchissant une jambe dans une attitude légèrement dansante pour pouvoir se pencher sans fatigue vers la gravure qu’elle regardait, en inclinant la tête, de ses grands yeux, si fatigués et maussades quand elle ne s’animait pas, elle frappa Swann par sa ressemblance avec cette figure de Zéphora, la fille de Jéthro, qu’on voit dans une fresque de la chapelle Sixtine ».

Dès lors, Odette, désincarnée, œuvre d’art, devient l’objet de son amour : « Quand il avait regardé longtemps ce Botticelli, il pensait à son Botticelli à lui qu’il trouvait plus beau encore et, approchant la photographie de Zéphora, il croyait serrer Odette contre son cœur ».

Ce besoin de transposition d’un élément de la réalité en sublimant ce dernier en un chef-d’œuvre artistique est certes le fruit de l’éducation bourgeoise de Proust, mais ne peut-il s’expliquer également par la conjonction Neptune-Lune trigone à Saturne, lui-même trigone à Vénus. En effet, Proust ne peut faire sien (Lune), un élément de la réalité (Mars), que s’il passe par le filtre de son imaginaire (Neptune) tout en devenant une abstraction (Saturne) réveillant alors paradoxalement l’amour et un désir physique cérébralisé (Saturne carré Mars et trigone à Vénus co-dominante : appel à Vénus).

Les relations entre Swann et Odette sont complexes car même s’ils se retrouvent tous les soirs dans le clan des Verdurin où Odette l’a introduit, il ne peut s’empêcher d’avoir une liaison avec une petite ouvrière qu’il retrouve chaque soir avant de se rendre chez les Verdurin : « Et, d’autre part, préférant infiniment à celle d’Odette la beauté d’une petite ouvrière fraîche et bouffie comme une rose et dont il était épris, il aimait mieux passer le commencement de la soirée avec elle, étant sûr de voir Odette ensuite ».

Fondu dans le clan

La conjonction de la Lune en Taureau à Neptune en Bélier peut expliquer le fait que Swann aime avoir ses habitudes en se fondant dans un clan et en ne manquant aucun rendez-vous avec Odette et cela d’autant plus qu’avec la Lune en Taureau (Force d’inhibition), les habitudes, l’appartenance et la dépendance sont fortement ancrées chez Swann. Cependant, avec Neptune en Bélier, cela pousse Swann à rechercher un ressenti marginalisé (la petite ouvrière), comme sur un coup de tête (Bélier : Force d’excitation) irraisonné, irrationnel (Neptune).

Cette conjonction Lune-Neptune dans des Signes, l’un en Force d’inhibition (Lune), l’autre en Force d’excitation (Neptune) pourrait ressembler à une dissonance, mais Swann sait cependant protéger son univers clos (Lune en Taureau) et avec la conjonction Lune-Pluton, s’il existe un appel, de par Neptune, au ‘T’ (Pluton), Swann ne veut pas être radicalement marginalisé, rejeté et incompris (rapport ambigu avec Pluton).

Arrivant finalement à posséder Odette, il délaisse toutes les autres femmes pour elle et se rend chaque soir, serein et heureux, chez elle car elle lui appartient enfin, à lui-seul, corps et âme (Lune en Taureau). Ici la Lune semble alors prendre le pas sur Neptune puisque Swann préfère la fidélité et la stabilité (Lune) à des aventures lui procurant des sensations fortes (Neptune). On peut encore remarquer ici une dissonance ‘e’ (en sens des contraires) à l’amas « Rr » (en Sens des Ensembles). Si Neptune en Bélier opposé à Mars en Balance pousse Swann à rechercher en effet des sensations fortes (Neptune) dans la réalité crue (Mars) : le milieu de la petite ouvrière, il prend conscience cependant que ces sensations nées d’une réalité concrète n’appartiennent pas à son univers, à sa classe sociale (Sens des Contraires). C’est pourquoi malgré cette dissonance « e/rR », le pôle « Rr » reprend vite sa suprématie pour protéger l’unicité (sens des ensembles) de ses relations (« Rr ») dans un milieu clos (Force d’inhibition) : celui d’Odette qu’il privilégie à l’univers de la petite ouvrière qui est en fait perturbateur.

Mais le roman bascule soudain irréversiblement dans la jalousie quand Swann a des doutes quant aux relations qu’entretiennent Odette et un certain Forcheville, rencontré dans le clan des Verdurin. Dès lors, lorsqu’Odette n’est pas avec lui, il la soupçonne d’être dans les bras d’un amant. Ainsi un soir, Odette refuse que Swann reste chez elle, prétextant qu’elle est lasse : « Elle le pria d’éteindre la lumière avant de s’en aller, il referma lui-même les rideaux du lit et partit. Mais quand il fut rentré chez lui, l’idée lui vint brusquement que peut-être Odette attendait quelqu’un ce soir, qu’elle avait seulement simulé la fatigue et qu’elle lui avait demandé d’éteindre que pour qu’il crût qu’elle allait s’endormir, qu’aussitôt qu’il avait été parti, elle avait rallumé, et fait entrer celui qui devait passer la nuit auprès d’elle ».

La jalousie fait alors son apparition. Tout l’ensemble Neptune-Lune trigone Saturne trigone Vénus agit alors à nouveau, mais ici sous une autre forme. Swann ne peut supporter que ce qui lui appartient (Lune) lui soit retiré. Par le biais de son imaginaire (Neptune), il échafaude des hypothèses et est rempli de soupçons et de doutes (Saturne). Il ne peut supporter l’idée d’une dépossession (d’autant plus profonde et douloureuse que la Lune est en Taureau) par les sens (appel à une Vénus co-dominante trigone à Lune et à Saturne). Odette est sienne au point de ne faire qu’un avec lui (Lune en Taureau : osmose en « Force d’inhibition naturelle »).

Une sociabilité intermittente

Son pôle « Rr » (Jupiter, Mercure, Soleil, Uranus) se manifeste cependant de temps à autre. Ainsi lorsqu’il fait preuve de sociabilité dans le clan des Verdurin, seul salon qu’il finit par fréquenter par amour pour Odette : « Il aimait la société des Verdurin. Là, comme au fond de tous les divertissements, repas, musique, jeux, soupers costumés, parties de campagne, parties de théâtre. Il se plaisait mieux que partout ailleurs dans le « petit noyau » et cherchait à lui attribuer des mérites réels, car il s’imaginait ainsi que, par goût, il le fréquenterait toute sa vie ».

Malgré cette sociabilité, elle peut être assimilée à un milieu qu’il s’est approprié et où il a des habitudes bien ancrées (Lune en Taureau). Cependant la sociabilité est bel et bien présente : Swann sait se mettre au niveau du clan des Verdurin pour s’y intégrer (Jupiter) et y être reconnu (Soleil). Il sait ainsi briller dans ce milieu (Soleil), tout en étant divertissant et communicatif (Mercure), et en respectant les conventions (Jupiter) établies par ce petit clan. Ainsi le pôle « Rr » joue pleinement son rôle, mais en Cancer.

Ainsi Swann ne se cantonne qu’au clan des Verdurin, il ressent avant tout le besoin de se protéger de la surdose de stimuli extérieurs. Sa sociabilité et son besoin de reconnaissance s’exercent dans un milieu bien délimité, ces derniers ne se dispersent pas tous azimuts (dans tous les salons) : « Force d’inhibition bloquante » du Cancer.

D’autre part, il fait preuve d’une certaine ténacité, il est ainsi fidèle au salon des Verdurin et ce n’est que dans ce salon qu’il fait preuve de persévérance pour être accepté, déployer sa sociabilité et être reconnu, même si cela peut déboucher sur des routines. Il cherche avant tout à construire une base solide à son intégration dans le clan : « Lenteur d’excitation » du Cancer.

Enfin, pour Swann, il s’agit de maintenir l’homogénéité dans le clan des Verdurin. Chaque personnage de ce clan fait partie d’un tout dans lequel il est englobé. Ainsi même si Swann ne fréquente que ce salon, il veut être accepté intégralement et accepter tous les membres de ce dernier. Pour lui, même les « exclus » du clan Verdurin font partie à part entière de ce dernier et contrairement aux autres membres, Swann cherche à tout prix à les intégrer dans le clan : « Sens des Ensembles » du Cancer.

Cependant, sentant à un moment sa disgrâce, il se réfugie dans une sorte de distance vis à vis du clan des Verdurin : « — Écoutez ! dit à Forcheville et au docteur, Mme Verdurin, Swann va nous dire la définition de l’intelligence par Fénelon, c’est intéressant, on n’a pas toujours l’occasion d’apprendre cela ».

Mais celui-ci ne répondit pas et en se dérobant fit manquer la brillante joute que Mme Verdurin se réjouissait d’offrir à Forcheville. « — Naturellement, c’est comme avec moi, dit Odette d’un ton boudeur, je ne suis pas fâchée de voir que je ne suis pas la seule qu’il ne trouve pas à la hauteur ».

Sentant une hostilité générale à son égard dans le petit clan, Swann reste silencieux peut-être par orgueil, par condescendance (‘r’ : Jupiter, Soleil) parce qu’il estime qu’il n’a pas à se rabaisser au niveau de cette classe sociale, peut-être encore par simple indifférence, ne se sentant pas concerné et en prenant de la distance (Saturne). Enfin est-ce peut-être également pour éviter tout conflit, ici la conjonction Lune-Neptune opposée à Mars rejette ce dernier car Swann n’aime pas se frotter à la réalité concrète avec tout ce qu’elle induit. Pour accepter son environnement ou pour s’en protéger, il pratique systématiquement le rejet de Mars, l’esquive d’une réalité trop brute, trop vulgaire et trop violente à son goût.

Le ridicule, la sottise et l’ignominie sous l’œil de Saturne

L’opposition Saturne en Capricorne à l’amas Jupiter-Mercure-Soleil-Uranus en Cancer fait ensuite son apparition lorsqu’il est définitivement exclu du clan des Verdurin. Il fait alors preuve d’esprit critique vis-à-vis des apparences et des soit-disantes conventions de ce petit noyau en en découvrant la bêtise et la mesquinerie : « Le salon des Verdurin, qui tout-à-l’heure encore lui semblait amusant, respirant un goût vrai pour l’art et même une sorte de noblesse morale, lui exhibait maintenant ses ridicules, sa sottise, son ignominie ».

Mais cet esprit critique (Saturne) s’exerce également dans les milieux mondains (« Rr ») qu’il se remet à fréquenter, même si c’est à cette classe sociale qu’il appartient et dont il a toujours été imprégné (Lune) : « Il ne regarda le général Froberville et le marquis de Bréauté qui causaient dans l’entrée que comme deux personnages dans un tableau, alors qu’ils avaient été longtemps pour lui les amis utiles qui l’avaient présenté au Jockey et assisté dans des duels, le monocle du général, resté entre ses paupières comme un éclat d’obus dans sa figure vulgaire, balafrée et triomphale, au milieu du front qu’il éborgnait comme l’œil unique du cyclope, apparut à Swann comme une blessure monstrueuse qu’il pouvait être glorieux d’avoir reçue, mais qu’il était indécent d’exhiber ».

Ici les aspects dissonants au « rR » (Lune carré à Jupiter, Soleil, Mercure, Uranus, et trigone à Saturne, lui-même opposé à cet amas ‘rR’) font bloc pour se désolidariser de la sociabilité naturelle et des conventions (‘rR’). À nouveau de retour dans sa classe sociale, dans le milieu où il a toujours évolué et dont il s’est imprégné, il le rejette soudainement : « Il n’était pas jusqu’aux monocles que beaucoup portaient (et qui, autrefois, auraient tout au plus permis à Swann de dire qu’ils portaient un monocle ».

Il rejette ce milieu, autrefois « lunaire » pour lui, pour aiguiser son esprit critique (Saturne) à l’égard de tous les artifices, le paraître, les conventions et les règles (« Rr ») de sa classe sociale. Il rejette également son Mars dominant dans la laideur de la réalité concrète (ex. : le monocle du général).

Swann passe alternativement d’une sociabilité et d’un besoin de reconnaissance naturels (Jupiter-Soleil-Mercure-Uranus en Cancer) à un esprit critique aiguisé (Saturne en Capricorne). C’est aussi bien le cas pour le clan des Verdurin dans lequel il s’intègre et fait preuve de sociabilité avant d’en découvrir tout l’envers du décor que de sa classe sociale. Cette attitude peut venir aussi de l’amas « Rr » en Cancer (en formule inadaptée) :

Les faiblesses du Cancer

En effet, Swann n’est pas réceptif aux stimuli extérieurs au clan des Verdurin, il préfère choisir ce clan et s’y cantonner. Il ne sait pas exercer sa sociabilité et son besoin de reconnaissance tous azimuts et avec une adaptabilité surprenante. Il préfère évoluer en milieu clos et se cramponne à ce dernier : « faiblesse d’excitation associative » du Cancer.

D’autre part, il ne sait pas prendre ses distances, couper les ponts, se refermer sur lui-même lorsque la situation l’exige. Ainsi lorsqu’il s’aperçoit qu’il est considéré comme un intrus dans le clan des Verdurin, il persiste et continue à le fréquenter au lieu de le quitter. Dès lors, ce qui devait arriver, arrive : il est un jour définitivement exclu et renier sans aucune possibilité d’agir. À force de ne pas pouvoir « s’exclure » lorsque la situation l’exige, les autres prennent une décision à sa place : « vitesse d’inhibition inadaptée » du Cancer.

Enfin, Swann, dans son besoin de maintenir une homogénéité, une globalité dans le clan des Verdurin, ne perçoit pas que ce besoin d’être accepté par tous et d’accepter tout un chacun est un comportement à double tranchant. Ainsi à force de vouloir « englober » les inclus et les exclus, il est exclu par chacun d’eux et taxé de fourbe ne sachant pas choisir son clan. C’est en fait parce que Swann ne conçoit pas qu’il puisse exister de clans à l’intérieur d’un même clan : « phase ultraparadoxale » du Cancer.

Ainsi dans « Un Amour de Swann », on s’aperçoit que Proust sait faire fonctionner ses planètes dominantes voire co-dominantes, qu’il existe un basculement perpétuel entre Saturne en Capricorne et l’amas Jupiter-Soleil-Mercure-Uranus en Cancer, mais surtout que l’ensemble du thème se ligue contre Mars qui est sans cesse rejeté. En effet la réalité concrète lui insupporte, c’est le cas par exemple pour Odette que Swann trouve au premier abord laide au point de lui inspirer une répulsion physique, et qu’il rejette finalement, lorsqu’il ne l’aime plus car, « ré-incarnée », elle fait à nouveau partie de cette réalité trop crue qu’il ne peut accepter : « Swann s’écria lui-même : Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre !’ ».

Article paru dans le n° 7 du Fil d’ARIANA (avril 1997).

Cet article vous a été proposé par : Pascale Jamais


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