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Daniel Goossens, la parodie terrestre d’un Taureau

Le thème de naissance de Daniel Goossens, dessinateur de BD et professeur d’informatique, est particulièrement révélateur des contradictions de cet auteur original, forcément un peu à part, dans un monde où l’on se plaît à établir des distinctions. Goossens est en effet fasciné par les rapports qu’il y a entre la rationalité et l’irrationnel, l’artistique et le scientifique, le sérieux et le parodisiaque…



Un bug dans le système

Vous est-il un jour arrivé cette expérience étrange ? Vous aviez laissé votre ordinateur allumé et vous vous êtes laissé aller à une quelconque occupation, à la lueur de l’écran du moniteur. Au bout d’un moment, la lumière s’est éteinte et votre ordinateur s’est mis à dessiner des fleurs, des arabesques somptueuses et toutes sortes de bouquets de couleurs. Comme s’il vous faisait payer le lâche abandon que vous lui avez fait subir, il s’est mis à délirer dans tous les sens, comme un enfant qui s’amuse à gratter ses boutons dès que maman n’est plus attentive… Jamais vous n’auriez soupçonné que ce chef-d’œuvre de technologie qu’est votre computer aurait pu vous livrer d’aussi étonnantes fresques, dignes d’un Michel Ange en circuit imprimé ou d’un Léonard de Vinci moulé dans du composant électronique. Bill Gates aurait-il voulu nous faire croire que ses machines étaient capables de ressentir ce qu’est l’impatience et qu’au bout d’un moment, elles se mettraient à taper du pied pour qu’on leur titille un peu le clavier ?

Ce décalage absurde entre le monde de l’ordre et celui du désordre est tout entier dans l’art de Goossens, ce créateur de BD passé maître dans l’art de se faire télescoper tout et son contraire, pourvu que ça le fasse rire (et nous aussi, du même coup…)

L’univers de Goossens ressemble à un monde où le bug serait devenu roi et ferait office de valeur cardinale. L’humour naît en effet chez lui de ces parasitages du réel qui font qu’à tout moment, on peut passer du rationnel le plus garanti à l’irrationnel le plus frapadingue, le plus dément et donc, le plus hilarant. Goossens, c’est le virus qui bousille l’ordinateur de votre cerveau, le rend ambidextre et lui fait se demander s’il est de gauche ou de droite, rationnel ou intuitif ; c’est l’implosion du système vestibulaire qui fait tout marcher de travers.

La certitude qui rend fou

Daniel Goossens est né le 16 mai 1954, à 5 h 00, à Salon-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône. Jusque là, tout va bien. Seulement, dès sa naissance, le petit Daniel n’a eu de cesse d’interroger les soi-disant sacro-saintes règles de la raison. L’auteur de L’encyclopédie des bébés, ce docte exercice de style, premier du genre à esquisser une forme de théorisation de la layette et de la couche-culotte, ne pouvait décemment pas prendre le monde qui l’entoure au sérieux.

Avec une conjonction Soleil-Mercure dissonante en Taureau-Gémeaux pour configuration dominante, Goossens avait plus précisément de quoi se poser la question du rapport entre le sérieux et le dérisoire. Quel poids nos repères, nos valeurs, nos idéaux (Soleil) peuvent ils avoir, en effet vis-à-vis du comique qu’il y a en tout (Mercure) ? Et finalement, la rigolade n’est-elle pas au fond la chose la plus sérieuse, la plus digne d’intérêt du monde ? Avec lui le Paradis terrestre devient très vite une parodie terrestre.

La lecture d’une BD de Goossens est une expérience particulière, qui bouscule toutes les références intellectuelles, culturelles ou humoristiques que l’on peut avoir. Mais c’est le thème de Goossens qui nous permet de vraiment comprendre ce je ne sais quoi d’original qui est la marque de fabrique de son style.

Car des formes d’humour, on en connaît, qui peuvent aller du plus scato au plus raffiné, du plus faiblard au plus subtil, de Lagaf’ à Devos, de Michel Leeb à Desproges, de Jacques Faizant à Reiser (cherchez les erreurs…), etc. Mais la spécificité de Goossens, c’est que son humour est logique. C’est l’humour même de la logique poussée à son paroxysme de logique, du rationnel poussé à son paroxysme de rationalité. Comme disait Nietzsche (ou Fabrice Lucchini, j’ai tendance à les confondre), « ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude ». Et bien, l’humour de Goossens a quelque chose à voir avec cette folie-là, celle de la certitude, celle d’une raison à ce point exaspérée qu’elle finit par exploser en mille éclats de rire. La bombe du rire de Goossens fait péter en nous cette carapace intellectuelle qui habituellement nous fait séparer le vraisemblable de l’invraisemblable. Quand il nous raconte la vie d’Einstein, du Père Noël, du Messie, il pousse à chaque fois la logique de ces personnages jusqu’au point de rupture où le raisonnement se perd, achoppe sur un gros morceau d’absurdité. Que peut faire le Père Noël (dans Route vers l’enfer), que peut-il dire dans un contexte de guerre, en pleine cellule de crise, sinon que l’on ne peut pas bombarder un territoire où des enfants sont susceptibles de se trouver ? Placé dans un contexte absurde (une zone militaire), le Père Noël obéit à sa logique, mais la situation est irréelle, décalée, tordue (de rire).

Goossens et gros non-sens

La deuxième dominante du thème de Goossens est la planète Uranus, qui se trouve conjointe au FC. À la fois solaire et uranien, Goossens est obsédé par la logique, par le raisonnement. En bon Taureau, il trace des lignes, des sillons et regarde où cela le mène. Ces choses claires, droites et linéaires le fascinent mais il ressent en même temps le besoin impérieux de tout faire basculer dans l’irrationnel. Comme Einstein, qui dans ses BD ne cesse de répéter que tout est relatif et que l’espace est courbe, il a besoin de justifier de façon irréfutable que le bordel du monde a un sens, ou que le sens du monde est un bordel (et réciproquement).

Un peu à la manière de Gotlib, ou de Jean Yanne, qui ont tous les deux une configuration Soleil-Pluton dominante, l’humour de Goossens s’attache à ne démonter que ce qui semble intouchable, sacré, cardinal. Le Soleil de Goossens en Taureau est en effet en carré avec Pluton. Il ne rit donc pas de n’importe quoi : c’est le renversement des valeurs qui est intéressant, et donc drôle. Un clochard qui trébuche, ça n’est pas drôle, mais un roi, un homme politique, un homme soi-disant important qui trébuche, ça l’est beaucoup plus. L’humour plutonien est un humour qui fait mal car il ne frappe que là où ça fait vraiment mal, uniquement là où le bât blesse. Le Soleil ridiculisé, méprisé, humilié, c’est en effet la tête, la couronne, la conscience, la raison que l’on fait descendre de leur piédestal. C’est le Père renié par son fils, c’est le « moi qui n’est plus maître dans sa propre maison », c’est perdre la tête pour ne plus penser qu’avec les pieds. Einstein, Dieu ou le Père Noël sont dans cette optique autant de valeurs prises au hasard, mais qu’il faut savoir dézinguer avec minutie, avec justesse, avec une rigueur de Taureau bien appliqué à viser juste…

Sale comme une image

Solaire, Goossens l’est par son intérêt pour l’image, sous toutes ses formes, par la représentation. Mais Mercure s’applique chez lui à chercher le ridicule de tout symbole, de toute idole. Ses propres dessins, ses propres personnages ne sont jamais clairs, explicatifs, limpides. Ils cachent toujours quelque chose de louche, d’absurde ou de drôle. De mercurien ou de plutonien. Dans L’homme à la valise, Goossens réalise une séquence de vignettes qui renvoient à ce questionnement à propos de l’image. Il s’agit de « Clark Gable dans le rôle principal de la scène inoubliable de la structure de la matière pour laquelle il toucha un cachet fabuleux ». De quoi s’agit-il ? « Une série de huit vignettes toujours plus proches du visage, un zoom. De l’image sociale on passe à la texture intime, au trop intime même dans la mesure où ce que Goossens dessine n’est plus accessible à une vision « normale ». Du regard on passe à la peau, au toucher, voire aux odeurs. La distance modifie la perception, soit une autre manière de comprendre la relativité des signes. On quitte progressivement les certitudes des volumes, des contours, de la définition (ceci est tel ou tel organe, par exemple un œil ou un nez), pour le corpusculaire des grains, les champs statiques, énergétiques, la surface de la peau qui est aussi celle de la feuille de dessin. Mais, sans heurts, car c’est toujours Clark Gable, même si nous ne le reconnaissons plus. Notre perception est en train de changer, pas la chose perçue, un peu comme l’eau qui peut-être un liquide, ou un solide, ou un gaz » (Vincent Baudoux, L’équation du monde selon Daniel Goossens).

On a là décrit le processus de parasitage de la Représentation Extensive par la Transcendance Intensive (Soleil-Mercure dissonant, Soleil-Pluton dissonant), où comment la lisse apparence d’une image peut cacher d’infinis aspects invisibles et imperceptibles.

De même, les personnages récurrents de Goossens (Einstein, le Père Noël) changent régulièrement d’aspects, ce sont des sans visage fixe.

« L’image que nous associons à Einstein, le souvenir de son visage avec ses cheveux et ses bajoues, son nez et ses yeux, ne correspond en rien à ce que dessine Goossens, qui en fait un chauve, plutôt maigre. Serait-il mal documenté ? Cela semble improbable. Il s’agirait plutôt de parier sur un décalage similaire à celui du tableau de Magritte Ceci n’est pas une pipe, qui introduit un malaise entre le texte et l’image. Goossens est coutumier du fait, il suffit de relire les deux tomes précisément intitulés La vie d’Einstein, pour constater combien la morphologie du savant, en effet, peut être… relative » (Vincent Baudoux). « …Goossens, rompant avec l’un des sacro-saints principes de la bande dessinée, modifie constamment l’apparence physique de son héros, que ses incessants changements de visage, de proportion et d’aspect, n’empêchent d’ailleurs pas de demeurer « ressemblant », c’est-à-dire identifiable » (Thierry Groensteen, Les Cahiers de la BD, n° 63).

La thématique principale de l’œuvre de Goossens est toute entière axée sur la question du fixe et du mutable. Entre le Taureau, avec ses idées « fixes » et le Gémeaux avec ses idées changeantes ; entre le Soleil, avec sa recherche de permanence et Mercure, avec sa recherche du mouvement perpétuel, Goossens poursuit ses objectifs tout en élaborant des chemins de traverse, des processus, des variations qui peuvent étourdir ou ravir, selon les sensibilités.

Car l’obsession première et fondamentale de Goossens, c’est cette recherche de la permanence derrière l’apparente mouvance du réel. Sa fascination pour la Science relève de cette contradiction : quelles sont les lois stables, rationnelles, logiques, immuables, qui gouvernent notre monde si complexe, si tordu, si incompréhensible, si changeant ? Quand on demande à Goossens pourquoi ses « têtes de turcs » sont plus souvent Einstein ou le Christ que d’autres mythes universels, il répond que c’est parce que pour lui, ce sont des « allumés intérieurs. Ils essaient d’avoir des théories qui expliquent le monde. C’est une source d’effets comiques grâce au décalage entre leurs idées intérieures démesurées et leur quotidien ».

Goossens fait ainsi dire à Einstein que la table est plus forte que l’homme car elle peut rester debout plus longtemps que lui…

R.E.T. = MC2…

Sous couvert de se marrer et de brandir à tout va sa carte « humour », Goossens est donc certainement un angoissé de la vie. Sa conjonction Lune-Saturne en Scorpion le pousse en effet à toujours remettre en question les savoirs appris, à toujours chercher la petite bête susceptible de réduire à néant les raisonnements trop faciles. Mais comme souvent chez les bons saturniens qui se respectent, l’angoisse se libère par l’humour et la dérision. Le refus saturnien de prendre la réalité telle qu’elle est peut se traduire de différentes façons : la révolte, l’insoumission, l’introspection stérile, la peur de tout. Mais l’humour est l’arme saturnienne la plus positive dans le sens où elle n’enferme pas l’individu dans son quant-à-soi narcissique. En bon solaire, Goossens met à profit son sens critique pour l’exercer contre tous ceux qui sont susceptibles un jour ou l’autre de voir leur ego gonfler démesurément, y compris lui-même. Fasciné par tous les maîtres à penser, Goossens n’a de cesse en même temps, et de manière quasi obsessionnelle, de les dégommer, de les replacer dans des contextes absurdes pour réduire à néant leur contenance.

Mais cette volonté de tout tourner en ridicule ne masque pas un fond de réelle tendresse pour tous ces « allumés intérieurs » qui cherchent à dénicher au bout d’une formule, au bout d’un « E = MC2 », l’équation du monde. Car son rire n’est pas méchant, il est juste un peu déconstructeur… Demandez donc à des saturniens du type de Woody Allen ou de Dany Boone ce qu’ils auraient fait sans la formidable capacité d’humour de leur planète dominante ? Non seulement Saturne oblige à une distance vis-à-vis de la réalité (formule de Saturne : transcendance de l’Existence), mais elle oblige aussi à se considérer soi-même d’un point de vue éloigné, décentré. C’est ce que l’on appelle communément « l’auto-dérision », qui n’est en fait qu’un mécanisme d’auto-protection : en s’infligeant à soi-même les pires critiques, on conjure le mauvais sort que les autres auraient pu nous faire.

Par cette conjonction Lune-Saturne en Scorpion, Goossens creuse par le biais de l’humour, des questions qui doivent le pétrir d’angoisse, comme celle de l’individu noyé dans la masse ou celle de la difficulté de communiquer pour le grand nombre. En tant que professeur d’informatique, Goossens a cette obsession, par exemple, de vouloir rendre accessible une discipline sèche, ardue, élitiste, de faire en sorte qu’elle ne soit plus réservée à une minorité d’initiés. De même, dans son domaine artistique, la BD, Goossens a développé un style personnel, exigeant et pas forcément grand public, qui le destine à n’être connu que d’une minorité d’amateurs. Son exigence saturnienne, sa volonté de ne pas céder à la facilité, viennent là contrecarrer le désir de reconnaissance induit par son niveau ‘r’ dominant. Goossens explique cette contradiction dans une interview : « Je ne dessine pas volontairement pour un public restreint. Quand je dessine, j’espère toucher tout le monde, mais je constate que ce n’est pas le cas. De toute manière, les gens sont différents, leurs caractères aussi, heureusement. Il y a des personnes qui aiment l’intériorisation, d’autres, non. Les introvertis aiment peut-être mon œuvre, mais il y a des lecteurs qui ne supportent pas ma dérision graphique et écrite. Moi, c’est ce qui me passionne, au risque de dérouter le public. Mais, je le répète, ce n’est pas mon objectif, qui reste celui d’être lu par le plus grand nombre, même si en optant pour le noir et blanc (qui n’est pas un critère de distanciation), je ne flatte pas le public dans le sens du poil ».

Cette citation résume toutes les dominantes du thème de Goossens : le ‘R’ de Soleil-Mercure (« être lu par le plus grand nombre… »), le ‘r’ de Soleil-Uranus (« …même si je ne flatte pas le public dans le sens du poil ») et le ‘p’ de Lune-Saturne en Scorpion (« les introvertis aiment mon œuvre »).

« J’aime la cohérence »

Mercurien et uranien à la fois, Goossens a traduit dans le désordre et l’absurdité apparente de ses BD la dualité féconde de ce couple planétaire. En toute évidence, son œuvre est toute entière marquée par cette question de la représentation. Les références aux mythes historiques et médiatiques sont innombrables chez lui, tout comme les allusions parodiques au cinéma. Mais la parodie est du côté de Mercure et la science, du côté d’Uranus. Et les deux systèmes s’entrechoquent en permanence chez Goossens. Entre parenthèses, l’affection que les conditionalistes portent à Goossens a peut-être quelque chose à voir avec leur rapport passionnel, à la fois conflictuel et amoureux qu’ils entretiennent avec cette harpie ?

L’œuvre de Goossens oscille sans cesse de l’unique au multiple, du cerveau gauche au cerveau droit, du rationnel à l’irrationnel, d’Uranus à Mercure. « Goossens dirait-il, avec humour et sans se prendre la tête, qu’il y a erreur à séparer les deux démarches artistique et scientifique ? Que cette division séculaire serait moins pertinente qu’il n’y paraît ? Que des connexions existent, comme le savaient si bien les humanistes de la Renaissance qui faisaient de la connaissance de la perspective la condition première de l’activité artistique ? Que les ponts sont aujourd’hui plus proches qu’on le croit, même si on ne les voit pas clairement ? Il faut donc encore chercher. Or, si ce type de discours est de plus en plus présent du côté des scientifiques, qui savent bien que la science n’est pas tout, qu’un être humain est plus complexe encore, il faut reconnaître qu’avec Goossens, la mise en pratique de ce discours est nouvelle dans le rang des dessinateurs ». (L’équation du monde selon Daniel Goossens, Vincent Baudoux).

Goossens a parfaitement réussi à distinguer les deux pôles mercuriens et uraniens de sa vie en se créant deux personnages bien distincts : le prof et le dessinateur. Il décrit très bien l’équilibrage professionnel qui lui a permis de satisfaire à la fois son besoin de représenter les choses, tout en brouillant les pistes en permanence (transcendance oblige). Lors d’une interview au Figaro Étudiant : « J’enseigne en DEUG et en licence. Mais je préfère dessiner, le métier de prof correspond à un second goût, celui du formalisme. Il m’apporte la compréhension. Le dessin, c’est la séduction : on est là pour faire rire, pour séduire, pas pour expliquer et être didactique. Dans la BD, je ne peux pas assouvir totalement mon désir de réflexion intérieure. J’assouvis mon goût pour la formalisation en programmant. J’aime la cohérence, le fait de construire un objet en dehors de moi. Formaliser la compréhension constitue un objectif très excitant pour moi ».

Avec un trigone Neptune-Jupiter-Vénus parmi les configurations les plus faibles de son thème, et donc relevant plus ou moins de ses comportements inconscients, le rigoureux Goossens a néanmoins réussi à rendre la science presque charmante aux yeux de ceux qui ne l’aiment pas forcément. En bon prof, il a réussi à nous faire rire à propos d’un sujet qui, nous autres conditionalistes, nous fait plus facilement grincer des dents. Comme quoi les rationalistes pourraient, s’ils se forçaient plus souvent, devenir presque drôles et même charmants ! Car un prof doit aussi séduire, selon Goossens… « Dans la BD, et dans le comique en général, il y a un côté compréhension du monde. Même si l’on oppose souvent la compréhension à la séduction, la compréhension est une forme de séduction moins acharnée… ». Entre le dessinateur de BD et le formaliste, entre Mercure et Uranus, entre le cerveau gauche et le cerveau droit, entre la compréhension et le séduction, entre le rationnel et l’irrationnel, entre l’art et la science, il y a bien des ponts, et Goossens a su tirer profit de son Sens des ensembles pour les franchir allègrement…

Le cercle fou du discours

Pour terminer ce portrait fragmentaire et non exhaustif de l’auteur de BD le plus déconcertant de notre époque, j’ai tenu à donner la parole à l’un de ses plus fervents admirateurs, Jean-Pierre Nicola lui-même. Son témoignage nous fournit une belle conclusion qui confirme notre analyse, tout en laissant une part du « mystère Goossens » complètement ouverte sur d’autres perspectives d’interprétation.

« Le phénomène de l’humour me passionne depuis que j’ai 18 ans environ, mais le n’ai toujours pas réussi à cerner vraiment le problème. Il y a toujours quelque chose qui m’échappe dans ce mécanisme. Et Goossens occupe une place à part. J’aime beaucoup cet auteur, car il est très perturbant. Je le trouve beaucoup plus fort, par exemple, que Gotlib, chez qui il n y a pas de contrastes, pas de second degré. Chez Goossens, il y a une forme de perversité. C’est un humour de distorsions. Il envoie des bugs, des décalages de référentiel. Par exemple, dans son dernier album, « La Reine des Mouches », il y a une phrase qui m’a frappé et qui démontre que Goossens doit être assez calé dans le domaine de la psychologie. Un personnage déclare à son médecin : « ces temps-ci, le suis parano, faut pas que je prenne froid ». Ça n’a rien de drôle pour celui qui prend la phrase au premier degré et qui se dit « de toute façon, c’est absurde, faut pas chercher à comprendre ». Mais celui qui comprend son humour s’aperçoit qu’il envoie quelque chose de très fort, qu’il restitue une réalité. D’un côté, il dit « je suis parano », et il renvoie donc à une logique psycho, et donc « Sujet » ; de l’autre, il parle de prendre froid, ce qui renvoie a une réalité de l’« Objet ». En une seule phrase, il fait donc se télescoper deux référentiels tout en les maintenant sur le même plan, dans la même phrase. C’est le cercle fou du discours ! L’humour de Goossens est très original, c’est un humour qui donne le vertige, qui casse notre rapport habituel à la logique. Pour moi, il a inventé un genre d’humour à part entière, branché sur notre époque, sur la cybernétique et les ordinateurs, qu’on pourrait appeler, par exemple, le nouvel absurde informatique ».

Cercle fou du discours… En effet, si on regarde bien le thème de Goossens, on voit qu’il est domine par les planètes « non-eE » (Soleil, Mercure, Uranus, Pluton). On appelle cette famille, celle du discours. Ces planètes ont en commun d’exclure, d’éviter, d’esquiver les niveaux ‘e’ et ‘E’, décrivant ainsi un « cercle fou » autour d’un centre « aveugle », Mars. Au sein de cette famille « discours », Mercure permet le passage de la Représentation à la Transcendance, de Soleil à Pluton, sans passer par Mars. De même, Uranus permet le passage de la Transcendance à la Représentation, de Pluton au Soleil, sans passer par Mars. Uranus et Mercure sont donc les planètes-pivots qui permettent de passer d’un référentiel à un autre sans avoir à passer par le concret, le réel pur et dur. On tient peut-être la l’une des clés de l’humour de Goossens, qui est un humour de « décalage de référentiel », pour reprendre les mots de Jean-Pierre. D’autre part, l’ironie et la parodie, chez Goossens s’exercent le plus souvent à l’encontre de tous ceux qui prétendent, d’une façon ou d’une autre, donner une explication rationnelle du monde, du réel (ses cibles privilégiées sont en général les psychologues, les théoriciens, les scientifiques, etc.), tous ceux qui prétendent pouvoir passer du particulier au général (passage du ‘R’ au ‘T’) par le biais de lois absolues.

Une récente analyse consacrée a Goossens dans le magazine Lire éclaire joliment le rôle de pivots que jouent les planètes Mercure et Uranus dans l’œuvre et dans l’humour de Goossens. « Plus zigzaguant que circulaire, l’absurde goossenssien retombe toujours sur ses pieds, évitant de donner dans le non-sens absolu. Entre le « pourquoi pas ? » et le « n’importe quoi », la place est étroite, mais Goossens, en équilibriste équilibré, reste sur son fil ». Entre le Mercure adapté (le « pourquoi pas ?) et le Mercure inadapté (le « n’importe quoi »), c’est Uranus qui tient le fil et qui maintient le superbe équilibre de cette « folie placide »

Article paru dans le n° 17 du Fil d’ARIANA (avril 2002).

Cet article vous a été proposé par : Rémi Valet


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