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3. Réponse à un Mouchassieux Vous êtes ici : Accueil Documents Astro-physique Cosmogonie astrologique Critiques et réfutations
Publié le : 3 novembre 2004
3. Réponse à un Mouchassieux
Après Harmonie des pesanteurs (1982) et l’article des Cahiers 28, l’idée de mise à jour m’est venue à la lecture d’un numéro de Sciences et Avenir d’octobre 2001 titrant : Une découverte chamboule les lois universelles (Galilée-Newton-Einstein dépassés).

Qu’ils s’adressent au grand public ou à des spécialistes, les revues scientifiques font aussi du racolage par des titres tapageurs... mais le fond de l’article est intéressant à connaître pour savoir qui de l’astrologue ou du présumé scientifique mérite la palme de fumiste.

Les physiciens ont recensé un minimum de quatre forces en “action” dans la Nature en attendant de les unifier dans une force unique si une cinquième force, encore inconnue mais soupçonnée, ne vient pas perturber les calculs des théoriciens. Ces forces classiques décelées par l’expérience et l’observation ont des “constantes” mathématiques dont, à part Mouchassieux, on peut se demander si elles n’ont vraiment jamais varié depuis la naissance de l’Univers jusqu’à ces derniers temps. Le pourquoi de ces constantes, de leur dénomination, leurs valeurs et leurs fonctions est expliqué dans Les constantes universelles de Cohen Tannoudji (1). Ce n’est pas l’objet de cet article qui soulève uniquement la question de savoir si les physiciens ont résolu ou réfuté l’hypothèse de Paul Dirac (2), un savant dont Mouchassieux n’a certainement pas tout lu... ou tout compris.

David Larousserie, auteur de l’article de Sciences et Avenir, est mieux informé. Commentant les expériences et les analyses de trois chercheurs australiens, à propos des risques d’erreurs (c’est moi qui souligne) il précise :

L’affaire est donc loin d’être close. L’ironie de l’histoire, c’est que les théoriciens n’ont guère été surpris. Voilà près de soixante-dix ans que l’inconstance des constantes est dans l’air du temps. L’un des plus grands, Paul Dirac, avait déjà osé toucher à l’une de ces constantes pour conclure que leur valeur était parfaitement ajustée pour permettre notre existence.

Mouchassieux peut s’accrocher au fait que la variation remonte au Big Bang ou qu’elle est minime, de l’ordre de 0,0007 % "selon les mesures effectuées entre 3,5 et 13 milliards d’années après le Big Bang”. Après le racolage tapageur de la première page, on termine dans la modération :

Dans la nature, à chaque force fondamentale est associée une constante dite de couplage qui est un nombre sans dimension, produit et division de certaines de nos constantes familières. Et si l’une de ces constantes fondamentales bouge, alors toutes doivent bouger. Mais, pas trop, car notre histoire depuis le Big Bang est très chatouilleuse. De petites variations sur ces grandeurs et ce sont des conséquences telles que nous ne serions même plus là pour en parler ! Or nous sommes bien là, ce qui est la preuve que ces variations n’ont pas été si importantes et si elles l’ont été, ce fut sans doute lors des premiers babillages de l’Univers. Il reste donc encore beaucoup à apprendre pour comprendre ce qui se cache loin, très loin derrière les virgules. La beauté du monde est sans doute dans ces détails.

Et dans la laideur qui s’affiche chez un Mouchassieux, icône de l’ignorance prétentieusement savante.

Tandis que les années passent l’Histoire ne s’arrête pas en si bon chemin. Dans le numéro de juin 2004, la revue Pour la Science, aux titres moins racoleurs que Sciences et Avenir, j’ai relevé un article qui relance le débat :

Les constantes... le sont

De nouvelles mesures astronomiques indiquent que les constantes universelles n’ont pas varié depuis dix milliards d’années.

L’article expose par quelles méthodes ingénieuses les astrophysiciens - ceux-là ne sont pas d’Australie - ont constaté ou déduit que l’une des constantes chères à la Physique n’avait pas “diminué de plus de quelques cent-millièmes au cours des dix milliards d’années passés”. Un temps qui dépasse largement celui des réincarnations successives pour devenir un brillant physicien. Il est question, dans le même article d’autres constantes, mais pas de la constante “G” de la gravitation.

Grâce à ces dix milliards d’années Mouchassieux aurait-il raison de flétrir l’astrologue qui n’a que quelques réincarnations derrière lui pour excuser son manque d’ouverture aux galaxies ? D’âme récente, je ne m’intéresse qu’à la fanfare de mon village et qu’au système solaire. De là mon manque d’humilité.

Cependant Mouchassieux n’a pas le dernier mot. Dans le même numéro, un autre article, L’Univers avant le Big Bang remet en cause le concept de commencement. Le Big Bang n’est pas comme on le croit avec des réincarnations naïves, le début de l’Univers, il existe une théorie dite des “cordes” (vibrantes comme celles d’un violon) susceptibles d’unifier toutes les forces. Et dans les avantages de cette théorie, pas tellement originale par rapport au vieux modèle du “tout est vibrations”, il ressort que (c’est moi qui souligne) :

"... les constantes qui décrivent l’intensité des forces fondamentales, telle la constante de gravitation ou la charge électrique, ne sont plus fixées arbitrairement, mais apparaissent dans la théorie des cordes sous forme de champs dont les valeurs évoluent au cours du temps. [...] Au cours de différentes époques cosmolo-giques, les “constantes” de la physique ont ainsi pu connaître de minuscules variations. Les astrophysiciens cherchent aujourd’hui à les mesurer en observant l’Univers lointain".

En science les principes font autorité. Une constante qui varie ou a varié n’est plus une constante mais une constante variable selon les époques, si stable soit-elle de nos jours. C’est ce qu’avait compris Paul Dirac.

Il y a une morale à cette histoire : lorsqu’un scientifique ou présumé tel s’adresse à un astrologue ou présumé tel, le scientifique est irrésistiblement attiré par le trou noir de sa bêtise. Une constante. Prudence conditionaliste : je ne crois pas que la bêtise soit une constante universelle. Elle varie selon les époques, les individus et les corporations. A notre époque, les astrologues et les scientistes sont des champions.

Le savantissime rationaliste Georges Charpak, pourfendeur de sorcières aux côtés d’Henri Broch qui marche sur le feu mais pas sur les eaux, a déclaré que l’on pouvait être intelligent et avoir des neurones débiles, réservés à la parapsychologie et l’astrologie. A-t-il appliqué ce superbe raisonnement à son cas d’anti-astrologue ? SUITE

Notes :

1 - Les constantes universelles. Gilles Cohen Tannoudji. Hachette. 1991.

2 - “Paul Adrien Maurice Dirac. Physicien britannique (1902 - 1984). [...] Il est l’auteur de l’équation qui porte son nom et qui constitue la description la plus générale de l’électron, tenant compte pour la première fois simultanément de la mécanique quantique, de la relativité et du spin. Il déduisit de cette équation l’existence de l’antiélectron (positon) et donc de l’antimatière (1927)...”. Extrait du Dictionnaire illustré des noms propres (Le Petit Robert. 1995).

Article paru dans le n° 29 des Cahiers conditionalistes (4e trimestre 2004).

Cet article vous a été proposé par : Jean-Pierre Nicola



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