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Johannes Kepler, astrologue et astronome

« Kepler (Johannes), astronome allemand (Weil der Stadt, Wurtemberg, 1571 - Ratisbonne, 1630). Partisan convaincu du système héliocentrique de Copernic, il découvrit les lois du mouvement des planètes » (Larousse). Le fondateur de l’astronomie moderne, audacieux précurseur, était aussi un astrologue talentueux et convaincu, et ne s’en cachait pas. Mais les dictionnaires de la censure préfèrent passer sous silence ce fait dérangeant. Les anti-astrologues universitaires prétendent même qu’il ne faisait des horoscopes que pour gagner sa vie ! Curieux, pour un homme qui a laissé à la postérité un journal intime et des livres où l’astrologie savante est partout…

Du fils de chien au séminariste

Johannes Kepler est né le 17/12/1571 à Weil-der-Stadt dans l’une des plus belles demeures d’un petit village du sud-ouest de l’Allemagne. Son grand-père Sebaldus, un nobliau, en était le maire avant que sa fortune ne s’envole et qu’il ne soit contraint de survivre en devenant tanneur. Il règne sur une maisonnée démente où tout le monde se hait, s’injurie et se surveille. Son père Heinrich était un ivrogne, un bon-à-rien trousseur de jupons, sa mère Katherine, sensible, intelligente et rebelle, la fille d’aubergistes fortunés qui l’ont mariée avec un Kepler : dot contre titre de noblesse. Famille et belle-famille vivent ensemble dans la crasse, la misère, la puanteur des peaux qui sèchent et le vrombissement incessant de grosses mouches bleues. Un monde terre-à-terre, rustre, sans tendresse et sans pitié.

Le nouveau-né Kepler est un prématuré, un petit être chétif, myope et laid. Enfant, sa mauvaise vue le rend maladroit et empoté. Solitaire et rêveur, il fait tout son possible pour préserver sa tranquillité. Sale, galeux, couvert de plaies et de furoncles, c’est grâce à sa passion des jeux d’osselets et de dés qu’il apprend très tôt à compter. Sauvage, il endure en silence coups et cris, fuit sa famille et ne trouve le repos que dans la nature et la contemplation du ciel. Le reste du temps, il s’occupe de la soue à cochons tout en rêvant de célestes harmonies, myope mystique dans un monde de brutes où il se fait sans cesse traiter de laideron, d’incapable, de « chien et fils de chien »

À l’école des pasteurs protestants, en dépit de sa myopie et de son indiscipline, de son caractère renfermé, lunatique et imprévisible, il se débrouille plutôt bien : à dix ans, il sait lire, écrire et parler en allemand et en latin. Il est prêt à toutes les magouilles pour se procurer des livres, ces objets fabuleux qui ouvrent les portes du savoir. Mais il semble condamné à rester ouvrier agricole, aide-tonnelier ou homme à tout faire, jusqu’au jour où le destin en décide autrement : l’un de ses anciens maîtres d’école, ayant remarqué l’intelligence étincelante du jeune Johannes, décide de le recommander aux ducs de Würtemberg, qui offraient des bourses d’étude aux jeunes protestants pauvres et méritants.

Le prof de maths chercheur de polyèdres

Sa candidature est acceptée et il entre au petit séminaire. Il se jette dans les études avec passion et voracité et, rattrapant à une vitesse sidérante ses retards scolaires, devient vite le premier de la classe… Plus tard, au grand séminaire, les mystères des mathématiques, de l’astronomie, de la théologie et de la philosophie le fascinent. Il y entend parler d’un certain Copernic, qui prétendrait que la Terre n’est pas au centre du monde et que les planètes tournent autour du Soleil. Immédiatement séduit par cette idée surprenante et dérangeante, il a la chance de rencontrer, à Tübingen, un professeur qui possédait un exemplaire du livre De la révolution des orbes célestes, dans lequel le chanoine Copernic plaidait en faveur de l’héliocentrisme. Aussitôt sa lecture terminée, une vocation est née : il sera astronome. Pendant la même période, il commence à écrire son journal intime dans lequel il ne cesse d’analyser et commenter… son thème natal : il sera aussi astrologue…

En fait, il est nommé professeur de mathématiques. C’est un enseignant déplorable : confus, bafouillant, sans autorité. Il préfère la recherche studieuse et solitaire. Attiré par la géométrie et les théories de Pythagore, il rêve de pouvoir expliquer la répartition des orbites planétaires à l’intérieur de polyèdres simples… une chimère qui le conduira plus tard à bouleverser l’astronomie. Il est toujours aussi pauvre. Pour mettre du beurre dans les épinards et faire publier ses travaux, il consent à monnayer des horoscopes et à écrire des prévisions astrologiques dans les almanachs. Lui qui se fait une si haute et si exigeante opinion de l’astrologie (son journal intime le prouve) se dégoûte lui-même de céder à ces pratiques mercantiles. Il passe ses nuits à faire de savants calculs et à rédiger son premier livre, le Mysterium cosmographicum (Le secret du monde).

L’homme au nez d’or et d’argent

Un jour, Kepler reçoit une lettre de Tycho Brahé. Fils d’une famille fortunée, alchimiste, astronome et astrologue de renom, grand voyageur, infatigable inventeur, constructeur d’instruments d’optique et observateur du ciel acharné, Tycho Brahé portait un nez d’or et d’argent pour remplacer celui de chair qu’il avait perdu dans un duel. À la suite de la publication de De stella nova, impressionnant compte-rendu de l’apparition d’une nouvelle étoile, le roi Frédéric II lui offrit une île au Danemark afin qu’il puisse y faire construire un observatoire astronomique.

Thème de Tycho Brahe, 14/12/1546 à 10H47 à Knutstorp, Dannemark

À droite : Thème d’écliptique ; à gauche : Thème de domitude.

Sitôt dit, sitôt fait. L’île s’appellera Urania (la peinture ci-contre représente le « palais astronomique » du savant danois). Tycho Brahé a besoin auprès de lui d’un assistant compétent. Ayant lu le livre de Kepler, il écrit à ce dernier pour lui proposer de collaborer à son Grand Œuvre astronomico-astrologique. Kepler accepte. De leur géniale et tumultueuse collaboration naîtra l’astronomie moderne. Les deux hommes sont parfaitement complémentaires. Tycho Brahé est un géant extraverti, bruyant, doté d’une excellente vue mais peu tourné vers les abstractions ; Kepler est un petit homme introverti, secret, baignant dans les nombres mais victime de sa myopie. Comme le souligne avec pertinence Henriette Chardak, « Kepler devient l’âme de Brahé, et Brahé devient les yeux de Kepler ».

Le vagabond du firmament

Dès lors, entre Urania et diverses capitales d’Europe, Kepler, désormais marié et père de famille, vivra une existence de vagabond visionnaire. Tycho et lui rendront plus précises les éphémérides astronomiques, approfondiront la théorie héliocentrique de Copernic tout en continuant à se passionner pour l’astrologie et en faisant les thèmes des Grands d’Europe. En 1603, il formule la première loi qui fonde l’astrométrie moderne. Cette loi implique que les orbites planétaires sont des ellipses, et non des cercles

C’est une véritable révolution, puisque depuis des millénaires, les astronomes étaient persuadés que les planètes se mouvaient sur des sphères parfaites. Kepler lui-même a du mal à admettre l’évidence de sa découverte. Ce n’est que deux années plus tard, en 1605, qu’il formule sa deuxième loi, qui démontre cette maudite réalité qui met en péril sa propre conception d’une géométrie cosmique parfaite créée par un Dieu parfait. En 1618 enfin, il accouche de sa troisième loi : il existe un rapport constant entre le carré de la période de révolution sidérale d’une planète et le cube de son demi-grand axe.

Pendant les mêmes années, il ne cessera d’approfondir ses connaissances en astrologie (il imaginera une nouvelle classe d’Aspects appelés Aspects kepleriens) et de la pratiquer, écrira le premier roman de science-fiction (un voyage sur la Lune)… et critiquera inlassablement l’irrationalisme et la sottise des astrologues et astronomes de son époque, ce qui ne lui fit pas que des amis. Après avoir traversé les à-pics et les abîmes d’une incroyable vie, pressenti les lois de la gravitation, révolutionné l’astronomie, dépoussiéré l’astrologie, il meurt à 59 ans le 15 novembre 1630 dans une très grande indigence matérielle en raison de la mévente de ses Tables Rudolphines et sans avoir reçu les derniers sacrements qui lui ont été refusés par le pasteur luthérien qui en était chargé et qui lui reprochait de ne pas avoir voulu condamner les calvinistes. Il mourut non sans avoir rédigé, juste avant de basculer dans l’autre monde, l’épitaphe qui sera gravée sur sa pierre tombale : « Je mesurais les cieux, je mesure à présent les ombres de la Terre. L’esprit était céleste, ci-gît l’ombre du corps ».

Accusé Kepler, levez-vous !

Pour un astronome moderne, Kepler est une sorte de monstre. Comment un mystique, un astronome et un astrologue ont-ils pu cohabiter à l’intérieur du même homme ? En notre époque friande de classifications binaires, un tel personnage semble impensable. Un scientifique peut à la rigueur faire part publiquement de ses préoccupations religieuses ou métaphysiques, mais un astronome qui déclarerait son intérêt pour l’astrologie porterait un coup fatal à sa carrière. Inversement, les astrologues considèrent généralement les astronomes comme de vulgaires techniciens matérialistes.

L’astronomie contemporaine est bien gênée par le profil de ses prestigieux ancêtres : Galilée, Copernic, Kepler, Tycho Brahé s’intéressaient à l’astrologie ou la pratiquaient, et Newton était un passionné d’alchimie. C’est un peu comme si une famille puritaine, sobre et raisonneuse portait la tache d’un lointain grand-père bâtisseur d’empire, mais aussi coureur de jupons, alcoolique et halluciné. Dans ce genre de situation, l’hypocrisie ou le mensonge sont généralement de règle : puisqu’ils ne peuvent décemment pas le faire disparaître de l’arbre généalogique, les héritiers travestissent honteusement la mémoire de l’ancêtre. Pas question qu’il dépare dans la galerie des portraits de famille officiels.

En ce qui concerne Kepler, les astronomes du XXe siècle ont trouvé quelques explications simples pour justifier sa sulfureuse passion pour l’astrologie tout en préservant sa réputation de fondateur de l’astronomie moderne. À les entendre, Kepler aurait été un homme coupé en deux, à cheval sur les temps anciens magiques et superstitieux et les temps modernes rationnels et objectifs. Une partie de lui-même (la maudite) se complaisait dans les sornettes astrologiques, tandis que l’autre (l’idéale) ne s’intéressait qu’aux lois mathématiques de l’astronomie. D’autres vont encore plus loin : ils affirment froidement que Kepler ne faisait des horoscopes que pour gagner de l’argent : le prostitué astrologue permettait ainsi au vertueux et impécunieux astronome d’arrondir ses fins de mois. La simple lecture des écrits de Kepler s’inscrit en faux contre de telles accusations.

Mystique, astronome et astrologue

« Que l’un des fondateurs de l’astronomie moderne, Kepler, ait été aussi un astrologue convaincu, c’est là une sorte de scandale que révèlent les hésitations et les euphémismes de l’historiographie. À défaut de nier les faits, on en minimise l’importance : on considère qu’il s’agit d’une basse besogne, à laquelle l’astronome aurait consenti pour subvenir à ses besoins ; toujours ou presque, une nuance de regret se fait sentir, comme s’il fallait dévoiler, avec la tare secrète d’un des plus grands princes de la science, une tache honteuse sur la famille », écrit l’universitaire Gérard Simon .

Mystique, Kepler l’était résolument : « Ma mathématique sera toujours prête à proposer des plaisirs tout à fait dignes d’un Chrétien, des soulagements à leurs misères, soit à partir d’exercices astronomiques, soit à partir de la contemplation des ouvrages divins et de l’harmonie du monde ». En étudiant les lois du cosmos, il cherchait à comprendre l’ordre divin.

Il revendiquait ouvertement son statut d’astrologue : « Mais si je parle de l’issue de mes recherches, qu’ai-je à trouver dans le ciel, je le demande, qui permette le moindre rapprochement ?… Le thème de naissance eut pour seul et unique effet d’attiser les feux de l’esprit et du jugement, de donner le courage d’un travail inlassable, et d’accroître le désir de savoir ; bref, il n’inspira pas la pensée ni aucune des facultés susdites, mais il les excita ». Son approche de l’astrologie était raisonnée et surtout anti-fataliste : « De quelle manière la configuration du ciel au moment de la naissance détermine-t-elle le caractère ? Elle agit sur l’homme pendant sa vie comme les ficelles qu’un paysan noue au hasard autour des courges de son champ : les nœuds ne font pas pousser la courge, mais ils déterminent sa forme. De même le ciel : il ne donne pas à l’homme ses habitudes, son histoire, son bonheur, ses enfants, sa richesse, sa femme… mais il façonne sa condition ».

L’intérêt de ce grand astronome pour l’astrologie l’a poursuivi toute sa vie et il écrivit trois ouvrages consacrés à ce savoir : De fundamentis astrologiæ en 1601 ; le Tertius interveniens en 1610 (un petit traité dans lequel il préconisait de ne conserver de l’astrologie que les Planètes et leurs Aspects dans le cadre d’une « doctrine harmonique » et de rejeter le zodiaque qu’il jugeait à tort — sans fondements physico-astronomiques), et enfin Astrologicus en 1620 soit dix ans avant sa mort en 1630.

Un mauvais procès en sorcellerie

« Même s’il critique la crédulité de ses contemporains et l’arbitraire des astrologues de son temps, observe Gérard Simon, jamais il ne remit en cause le bien-fondé de la possibilité de tirer des prédictions du mouvement des astres. Bien au contraire, il s’attacha à préciser leurs fondements théoriques dans plusieurs ouvrages, et dans certains d’entre eux, et non des moindres, il traite simultanément et sur un plan de dignité équivalent de problèmes astronomiques et de problèmes astrologiques ». Contrairement à ce qu’affirment les astronomes contemporains, Kepler n’était donc pas coupé en deux. L’astrologue, le mystique et l’astronome cohabitaient chez lui dans une profonde harmonie.

C’est là une incontestable réalité, un fait incontournable. L’ancêtre Kepler dérange ses héritiers scientistes : « La distance entre ses normes et les nôtres, souligne Gérard Simon, apparait ici en toute clarté : comment pouvons nous lire en Kepler exactement le contraire de ce qu’il a écrit ? Le voir délirer quand il expliquait, être mystique quand il démystifiait, céder à la superstition quand il la combattait ? Il faut que la raison occidentale ait subi de singulières mutations pour que nous ne puissions même plus nous représenter les relations conceptuelles qui le poussaient à séparer le certain de l’incertain, le croyable de l’incroyable, et aboutir en toute rigueur aux conclusions qu’il défendait ».

Ah ! Si seulement Kepler s’était contenté de s’intéresser à l’astrologie comme à un hobby original, un passe-temps incongru : les grands scientifiques ayant parfois de petites manies qui ne mettent pas en danger leurs recherches « sérieuses », on aurait pu discrètement le ranger dans cette rassurante catégorie… Mais ce serait là un énorme mensonge (que de nombreux scientifiques anti-astrologues n’hésitent pas à proférer pour intoxiquer l’opinion).

Pour une astrologie naturelle

« Kepler ne considère pas ses théories astrologiques comme moins importantes ou moins vraies que celles qu’il énonce en optique, en astronomie ou en cosmologie : à ses yeux, selon Gérard Simon, les unes et les autres poursuivent l’investigation d’un champ de réalité parfaitement homogène, celui des arcanes de la nature… Il faut toutefois préciser que les conceptions astrologiques de Kepler sont parfaitement originales. Parce qu’il veut découvrir les fondements naturels des prévisions qu’elles autorisent, il est critique non seulement à l’égard des prédictions de ses contemporains, mais du code traditionnel qu’ils suivaient pour interpréter les événements célestes ».

Bref, contrairement à la plupart de ses contemporains, Kepler voulait fonder l’astrologie sur des lois naturelles et rationnelles. Une hérésie insupportable pour les anti-astrologues modernes qui préfèrent encore, à la limite et pour les plus « tolérants » d’entre eux, que l’astrologie se résume à un discours symbolique et imaginaire. Kepler ne mangeait pas de ce pain-là : « Dans tous les cas, sa démarche est la même : il exige des opérateurs de l’astrologie qu’ils soient compatibles avec une interprétation physique cohérente ; et quand c’est impossible, il en dénonce l’arbitraire ».

En physique comme en astrologie, Kepler fut le premier à rejeter la conception aristotélicienne selon laquelle la nature serait constituée de quatre états basiques (chaud, froid, sec, humide) donnant naissance aux quatre Éléments (Feu-Terre-Air-Eau) : « Quoi qu’il en soit, et même si je me régale à bon droit de cette très ingénieuse imitation de la nature et de cette distribution des qualités entre Signes, je n’y attache quand même pas plus de prix qu’elle ne mérite ; et ce n’est pas parce que les premiers auteurs ont emprunté une loi à la nature pour leurs spéculations arbitraires, qu’en retour la nature des choses célestes s’est soumise en tout à leurs spéculations… Il apparaît plutôt de l’examen attentif des causes (des dénominations) que les Signes du zodiaque ont reçu le nom des éléments seulement en raison d’inventions arbitraires ; et qu’en réalité ils ne sont liés par aucune parenté particulière avec les éléments qui ont servi à les nommer ».

Les horoscopes de Kepler

Oui, c’est vrai, il faisait les thèmes des grands de l’Europe (voir ci-contre le Thème du général Von Wallenstein tracé de la main de Kepler) et écrivait des prévisions dans les almanachs populaires pour faire vivre sa famille. Il n’en était pas fier, mais il n’en était pas moins un astrologue authentique et rigoureux. Aujourd’hui encore, de nombreux astrologues, aussi authentiques et rigoureux que lui, sont eux aussi obligés d’écrire des horoscopes au kilomètre pour gagner leur vie (j’en sais quelque chose : j’ai moi-même écrit des bouquins de prévisions horoscopiques dont je ne suis pas fier, et l’argent qu’ils m’ont rapporté m’a donné le temps nécessaire pour écrire un bouquin d’astrologie sérieux) : comme au temps de Kepler, l’astrologie sérieuse ne nourrit pas son homme, et les éditeurs sont beaucoup plus intéressés par les bénéfices commerciaux qu’ils peuvent tirer d’une astrologie racoleuse et sensationnaliste que par la promotion de l’astrologie savante.

Amis astrologiens, Kepler est notre grand-père commun. Les astrologues modernes revendiquent fièrement son héritage, convaincus comme lui que « L’astrologie est chez lui vivante parce qu’elle est un double structurel de l’astronomie… ; nier d’emblée, sans examen et sans nuances, qu’elle soit plausible, ce serait nier la validité de l’astronomie elle-même : car la possibilité de comprendre le monde en l’un et l’autre cas provient de la même source d’intelligibilité, qui est la parole de Dieu immanente au monde » (G. Simon).

L’Horoscope de Kepler

Voici l’astro-portrait qu’il fait de lui-même à partir de l’étude de son propre Thème à l’âge de 26 ans.

« Le destin sous lequel cet homme est né le condamne à passer presque tout son temps sur des sujets difficiles qui effraient les autres hommes. Dans son enfance il s’attaqua avant l’âge à la versification latine et se mit à faire des comédies. Il choisit les psaumes les plus longs et les apprit par cœur. Il voulut aussi apprendre par cœur tous les exemples de la grammaire grecque de Crusius. En poésie, l’acrostiche, l’énigme et l’anagramme le retinrent d’abord. Puis son jugement se forma, il sut comprendre de lui-même que tout cela n’était rien et s’intéressa alors aux formes lyriques les plus difficiles et les plus variées. Il écrivit des vers pindariques, il écrivit aussi des dithyrambes et il choisit les sujets les plus neufs : le mouvement apparent du Soleil, l’origine des fleuves, l’aspect que présente le ciel étoile aux yeux d’Atlas. Il aimait poser des devinettes au lecteur, recherchait les pointes les plus exquises et se plaisait à poursuivre l’allégorie dans les moindres détails et à la tirer par les cheveux. Quand il imitait d’autres poètes, il s’amusait à reprendre textuellement leurs expressions pour leur donner un sens nouveau en rapport avec son sujet. Il écrivit des essais où il développait des paradoxes : il faut apprendre le français plutôt que le grec, les universités sont la mort de l’Allemagne. Quand il critiquait la théorie d’un adversaire, il n’avançait aucun argument dont il ne fût lui-même convaincu ; quand il faisait une recherche, il savait toujours mettre au jour quelque chose qui ne se trouvait pas chez les auteurs.

Il aimait les mathématiques plus que tout autre activité intellectuelle. En philosophie il lut Aristote dans le texte et rédigea des recherches sur la Physique de cet auteur, mais laissa presque complètement de côté sa Morale. En logique il négligea les Topiques et passa directement aux Seconds Analytiques, où l’interprétation de Planerus lui parut séduisante ; mais, sur la Physique, ce qu’a écrit Scaliger le laissa sceptique. Il s’intéressa surtout au livre des Météores et le soumit à une critique méthodique. En théologie, d’origine et d’entrée de jeu il s’attaqua au problème de la prédestination et se rangea d’abord au parti de Luther sur la question du libre-arbitre. Ce qu’il y a d’admirable, c’est qu’il n’avait que treize ans quand il se présenta par devant l’Université de Tübingen avec une thèse sur la prédestination ; au cours de la discussion, quelqu’un se moqua de lui : « Alors, puceau, la prédestination aussi te travaille ? » Mais plus tard il envoya promener Luther et sa théorie et dans la lecture de Huss retrouva la santé. Ce fut aussitôt pour se mêler à d’autres discussions sur le calvinisme, où il se jeta en pleine bataille : la personnalité divine serait-elle ainsi faite que sa nature nous demeurerait inconnaissable ?

Quant aux paroles de la Cène : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang », il les interprétait en supposant que cette expression recouvrait une façon de parler hébraïque ; une autre fois il soutint qu’avant le Christ l’humanité avait tout ignoré de la Résurrection. Ce qui le menait à ces idées, c’étaient soit les discussions des partis, soit les obscurités de l’Écriture Sainte. Il estima aussi que les païens n’étaient pas nécessairement voués à la damnation, compte tenu de la miséricorde de Dieu. En Astrologie il trouva beaucoup de choses qu’il croyait neuves, mais il s’aperçut sur le tard qu’on les avait déjà découvertes. Il fabriqua une sphère céleste conforme à la nouvelle théorie, en particulier pour les cinq planètes, ce qui est quelque chose de très ardu. En Histoire il donna une interprétation neuve des Septaines du Livre de Daniel, écrivit une nouvelle histoire des Assyriens et fit des recherches sur le calendrier romain. Il soumettait tout ce qu’il étudiait à une critique systématique et faisait des fiches de tout. Il conservait pareillement les moindres notes qu’il avait prises et se gardait bien de se débarrasser d’aucun des livres qu’on lui offrait, en se disant qu’ils pourraient tous lui être utiles un jour. Il n’aimait pas perdre son temps, fût-ce un seul instant, et évitait les sociétés, quelque regret qu’il en eût. Il n’était pas trop regardant sur les questions d’argent, tenait son ménage serré et coupait court aux mille petits riens qui font perdre du temps. Avec cela, il détestait le travail et seul le désir du gain le maintenait à sa tache. Pourtant il s’est trouvé que tout ce qu’il a poursuivi était d’un ordre élevé et qu’il a atteint presque toujours la vérité.

Mercure dans la Maison VII signifie rapidité et dégoût du travail, car lui-même est en mouvement ; le Soleil en sextile avec Saturne signifie soin et ténacité. Notre homme porte en lui cette contradiction : il regrette sans cesse le temps qu’il perd et ne cesse d’en perdre par sa faute. Mercure lui donne l’amour de la plaisanterie, du jeu, des amusettes qui servent de récréation intellectuelle. De fait, quand il était petit, il adorait les jeux de hasard. En grandissant il s’intéressa à d’autres choses et ce fut donc à ces autres choses, on le voit bien, qu’il se consacra ; et comme son caractère parcimonieux le détourne des jeux du hasard, souvent il joue tout seul. Qu’on veuille bien noter que cette parcimonie n’est pas désir d’accumuler, mais peur de la misère. Il est vrai que toute avarice doit être pareillement une angoisse préventive. Non, pourtant, chez beaucoup d’hommes il y a l’amour de l’argent pour lui-même, alors que notre homme a en vue l’usage qu’il fera de cet argent et l’honorabilité. Peut-être faut-il attribuer cela à la honte qu’il aurait d’être pauvre. Car il est hautain, il méprise les jugements du vulgaire, il serait facilement assez dur. Si Mercure est en aspect avec Mars comme c’est son cas, Mars le terrifie ; alors l’esprit devient trop rapide, porté à la colère, au jeu, aux distractions, à avoir des histoires, des querelles, à commettre des péchés, à ne se laisser arrêter par rien, à se mêler de tout : il y a tout cela chez notre natif. Porté aussi à contredire, à polémiquer, à faire la leçon à tout un chacun sans considération de rang, à tout critiquer. Car, chose remarquable, notre natif se conduit en société comme dans son travail : il attaque, insulte, déchire les travers de tout le monde…

Même quand elle réussit, une ruse rattrape son auteur au tournant. Il y a pourtant des gens dont les ruses marchent si bien qu’elles semblent devoir tromper Dieu et l’humanité tout entière ; à la fin, tout à la fin, ces ruses tombent à l’eau, bien sûr, mais tout de même le fait que l’imposture ait pu tenir si longtemps à quelque chose.

Voici donc ma conclusion : Mercure en quadrature avec Mars, en mouvement rapide sur l’horizon oriental, dénote de l’astuce ; comme il est dans la Maison VII, cette astuce est heureuse, c’est-à-dire pleine de circonspection : le natif n’a pas le malheur d’être de ceux (si nombreux hélas) qui, quand ils ourdissent une intrigue, oublient un détail qui fait échouer toute l’affaire. Malheureusement il manque, primo, de suite dans les idées, à cause de sa rapidité d’esprit ; secundo, les choses étant ce qu’elles sont, elles ne peuvent pas toujours être des succès, car elles vont mal à cause de la quadrature de Mars ; tertio, la Lune dans la Maison XII dénote que cette astuce est mal venue chez les hommes et que tout le reste ne vaut pas mieux d’ailleurs. Cet homme, jusqu’à sa vingt-sixième année, celle ou j’écris ceci, n’écouta guère la voix de la raison, surtout dans sa jeunesse. En outre il s’occupa de beaucoup trop de choses à la fois. Enfin il y a certaines vérités qu’il n’avait pas su comprendre. Ces trois raisons font qu’il regrette sans cesse sa conduite passée.

Voyons d’abord le dernier point. II est naturel que les jeunes gens ignorent bien des vérités et leur horoscope n’y est pour rien. S’il a entrepris beaucoup de choses et n’a rien terminé, c’est d’abord pour deux causes naturelles. Il n’a que des flambées de zèle qui ne durent pas car il travaille énormément, mais déteste énormément le travail… La seconde raison pour laquelle il ne termine pas ce qu’il a commencé est le caprice de la Fortune ou plutôt de la nature des choses. Ce qui retarde ou empêche bien des inventions qui par nature seraient réalisables. Sa malchance consiste, soit à devoir trouver des assistants, soit à les trouver trop tard. Cela nous renvoie à un autre problème : pourquoi cet homme ne peut-il rien faire par lui-même (ce qui serait une chance pour lui) et doit-il toujours passer par d’autres ?

La nature de cet homme est en tous points semblable à celle d’un chien. D’un chien domestique. I) Au physique, il est sec, bien proportionné, agile. Il mange toujours la même chose, il adore ronger des os ou de vieux croûtons, il est vorace, mange les plats sans aucun ordre, comme ils lui viennent sous la main. Il boit peu. Il se contente de la cuisine la plus grossière. 2) Ses façons d’être sont du même genre. Il se faufile auprès de ses supérieurs comme le chien de la maison, il est perpétuellement dans la dépendance d’autrui, et il ne se fâche pas si on le réprimande mais fait tout pour rentrer en grâce, tant en matière de science que de politique ou de ménage, il se prête de lui-même a toutes les besognes, y compris les plus basses. Il s’agite sans cesse, il s’attache à tous ceux qui ont quelque chose à faire et il fait comme eux. Il ne supporte pas les conversations et reçoit comme un chien les gens qui viennent en visite. Si on lui prend la moindre chose il grogne et devient furieux comme un chien. Il est têtu. Il poursuit de reproches, disons de ses aboiements, quiconque se conduit mal. Il mord aussi, il a la repartie mordante. La plupart des gens le détestent et l’évitent, mais ses supérieurs l’aiment bien, comme les gens de la maison aiment un bon chien. Il a horreur des bains, des lotions et des frictions, comme les chiens. Sa témérité est sans bornes, car il a Mars en quadrature avec Mercure et en trigone avec la Lune. Mais il tient quand même à sa peau et vivre dangereusement n’est pas son fort, sans doute parce que ses aspects de Mars ne se rapportent pas au Soleil.

J’en ai fini avec sa témérité, son insolence, son mauvais caractère, sa cupidité, avec tous les défauts qui lui sont généralement reprochés. Venons-en maintenant aux qualités qui lui ont valu quelque estime, comme l’honnêteté, la piété, la loyauté, la politesse, la distinction. Nous verrons, pour finir, quelques mélanges de défauts et de qualités, comme sa curiosité et la passion qu’il a bien inutilement pour les grandes choses. Quand il était petit, ses maîtres vantaient son heureux caractère, bien qu’il fut plus mal élevé que tous ses camarades. Maintenant qu’il est grand, il passe pour pieux, tranquille, travailleur, ce qui lui vaut l’estime des honnêtes gens. Mais ce qu’on pense de lui est un élément de sa Fortune plutôt que de son caractère et nous l’étudierons plus loin avec celle-ci. Pour en revenir à son caractère, il est effectivement pieux jusqu’à la bigoterie. Âgé de dix ans, la première fois qu’il lut l’Écriture Sainte, il se proposa l’exemple de Jacob et Rebecca pour son futur mariage et voulut mettre en pratique les préceptes de la Loi ; il déplorait que, comme il connaissait déjà l’impureté, le don de prophétie lui fut à jamais refusé. Un jour qu’il avait commis un péché mortel, il se fixa lui-même sa pénitence et, l’ayant faite scrupuleusement, il considéra que son péché lui était remis. Cette pénitence était d’apprendre par cœur quelques discours latins. Si le sommeil le surprenait avant qu’il ait pu réciter ses prières du soir, il les ajoutait à ses prières du matin. Il se mit à demander à Dieu une destinée heureuse et glorieuse, afin que ce secours temporel fut un signe qui lui permit de croire à son salut. Il aime bien parler de religion en société. Il cultive spontanément la vertu, et il n’y a pas de grosse tache dans sa vie ; tout au plus se laisse-t-il aller, aujourd’hui encore, à la colère ou à des plaisanteries inconsidérées. Il aime et respecte les vieillards, il pratique la reconnaissance en paroles et en actions et y met quelque ostentation. Il a le goût de la tolérance, en ce sens qu’il pèse soigneusement les raisons d’autrui ; car, quand il ne peut les approuver, il est le premier à engager le fer. Étant tolérant, il ne peut croire que Dieu lui-même damnera purement et simplement les nations qui ne croient pas au Christ ; aussi prêche-t-il la paix entre luthériens et calvinistes, se montre-t-il équitable envers les papistes et conseille-t-il à tout le monde d’en faire autant.

Tout cela découle d’une seule et même origine, la rectitude de jugement ; quiconque en est pourvu aime Dieu et son prochain. Et pourtant, chose étrange, une certaine faiblesse de caractère mine tout ce qu’il veut faire ».

L’heure de naissance de Kepler

L’heure exacte de naissance est sujette à controverse. Il n’existe aucun document d’État-Civil étant donné que ce service n’existait pas dans l’Allemagne de cette époque. Les données natales paroissiales officielles étaient par ailleurs peu sûres sinon pour les membres de la noblesse et des classes sociales supérieures, et Kepler était d’ascendance roturière. Les seules sources proviennent donc de Kepler lui-même, qui donne deux versions principales de son heure natale : soit 01 h 00, soit 2 h 37.

L’exactitude des minutes de la version 2 h 37 est alarmante. Elle s’explique par le fait qu’à cette époque, il était chez les astrologues assez courant de procéder à la rectification de l’heure de naissance à l’aide d’un procédé appelé la Trutine d’Hermès. La Trutine d’Hermès (la trutina était une balance romaine utilisée pour les grosses pesées et ce Hermès n’est autre que Hermès Trismégiste, personnage mythique de l’antiquité gréco-romaine rendu célèbre par la Table d’Émeraude qui lui est attribuée et sa phrase-culte « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ») était fondée sur le postulat qu’il existerait un lien entre le Thème natal et le Thème de conception, la position de la Lune natale représentant le degré exact de l’axe Ascendant-Descendant du thème de conception, tandis que l’Ascendant du thème natal correspondrait au degré exact de la Lune de conception, le jour de conception étant situé dans une plage de temps de plus ou moins 15 jours autour du 273e jour avant la naissance, soit à peu près les 9 mois que dure la gestation.

Il semble que Kepler ait procédé à la rectification de son heure natale selon ce procédé flou, incertain et très discutable, et que les variantes autour de 2 h 30 soient le résultat de ses calculs retrouvé dans ses archives, selon lesquels il aurait été conçu à 4 h 37 le 16 mai 1571 et que sa gestation aurait duré 224 jours, 9 heures et 53 minutes (admirez la précision !). Ce chiffre n’est bien entendu pas sérieux ni crédible : il est impossible, même au début du XXIe siècle, de déterminer avec une telle exactitude l’heure de la conception. En effet, pour qu’il y ait fécondation, il faut qu’au moins un spermatozoïde soit présent dans la trompe au moment de l’ovulation. Or après l’éjaculation, les spermatozoïdes peuvent survivre dans le corps de la femme pendant une durée qui va jusqu’à deux à trois jours, et la durée pendant laquelle une femme peut être fécondée est ainsi estimée à environ quatre jours. Bref, la Trutine d’Hermès ne fait pas le poids, on peut même dire que c’est du grand n’importe quoi, ce qui n’empêche pas de nombreux logiciels postmodernes de la proposer quand même en tant que gadget nec plus ultra pour rectifier l’heure de naissance.

Si l’on se réfère à sa variante préférée d’heure natale corrigée par les soins de la Trutine d’Hermès (2 h 37 donc), il serait né au lever de Neptune et de la Lune en Gémeaux en Maison XII et au coucher de Mercure en Maison VII, ce que confirmerait l’analyse de son propre Thème natal qui figure ci-dessus et le fait qu’il ait écrit qu’il était né quand « le 25e degré des Gémeaux se levait et le 22e degré du Verseau culminait », analyse dont les mentions astrologiques correspondent bien à l’orientation du ciel pour 2 h 37. À l’époque où Kepler a vécu, les planètes Uranus, Neptune et Pluton n’avaient pas encore été découvertes. Il ne pouvait donc pas savoir qu’il se plaçait ainsi sous une dominante Neptunienne (Neptune se levait presque exactement à l’Ascendant en Gémeaux). Cela ne retire rien au fait que cet astronome des Larousse officiels n’a rien trouvé de mieux que l’astrologie pour faire son autoportrait.

Mais tout n’est pas si simple. La version de l’heure natale aux environs de 1 h 00 est aussi attestée par un horoscope tracé de la main même de Kepler (voir sa reproduction ci-dessus). Cette fois, l’Ascendant se situe à la toute fin du Taureau, la Lune est sur le point de se lever en Maison I, Pluton ayant une très forte latitude écliptique est dans la zone de son lever en Maison XII et Vénus culmine en Maison IX. Cette version est en contradiction totale avec celle qui a été la référence pour l’auto-portrait astrologique de Kepler.

L’incertitude demeure donc. Quelle version est la plus proche du réel ? Celle de 1 h 00 ou celle de 2 h 30 ? On ne le saura jamais avec certitude. Dans les deux cas, la Lune est dominante, adjointe soit à Neptune (pour 2 h 30), soit à Pluton (pour 1 h 00). Pour 1 h 00, Saturne est angulaire au DS et donc dominant alors que pour 2 h 30 il est la planète la moins valorisée. L’auto-analyse de Kepler pour 2 h 30 était par ailleurs faussée par le fait qu’il ignorait l’existence des planètes transsaturniennes, lesquelles n’avaient pas encore été découvertes lorsqu’il s’est livré à cet exercice. Pourquoi a-t-il choisi de se priver d’une dominante saturnienne selon la version de 1 h 00 ? Pour ne pas conforter les astrologues de son temps qui ne juraient que par les Maîtrises planétaires, alors que selon ce système Saturne est le Maître du Capricorne, le Signe solaire de Kepler ? Mystère… Et puis pourquoi ne serait-il tombé par hasard sur sa vraie heure de naissance en utilisant cette irrationnelle et irréaliste Trutine d’Hermès pour la rectifier ? Pas impossible pour ce grand intuitif, et ce ne serait pas la première fois dans l’histoire des sciences que la sérendipité fait des miracles ! Après tout, Kepler a découvert les lois fondamentales des mouvements planétaires de notre système solaire en se fourvoyant dans d’improbables considérations polyèdriques.

Notons au passage que les coordonnées natales de Ptolémée, illustre prédécesseur astronome-astrologue de Kepler, sont elles totalement inconnues, ce qui est un comble… Toujours est-il qu’on peut ainsi faire deux interprétations différentes du Thème de Kepler selon l’heure à laquelle on se réfère. J’ai choisi 2 h 37 d’une manière purement arbitraire et parce que le Thème auquel correspond cette heure concorde assez bien avec l’auto-astro-portrait de Kepler, mais vous pouvez très bien préférer l’autre hypothèse.

Capricorne neptuno-lunaire : un poète visionnaire en quête d’absolu

Naissance le 17/12/1571 à 14 h 37 HO (14 h 01 TU) à Weil-der-Stadt.

Lune-Neptune/Gémeaux : Lune et Neptune, ses deux premières dominantes planétaires, font de Kepler un intuitif, un inspiré au vaste imaginaire (Neptune) en quête d’harmonie et de plénitude (Lune), très largement ouvert sur le monde extérieur et ses mille facettes (Gémeaux).

Soleil-Mercure-Uranus/Capricorne : la conjonction Mercure-Uranus, elle aussi dominante, lui confère une vive curiosité, un tempérament ludique (Mercure) en même temps qu’une très grande rigueur (Uranus), le tout au service d’une quête des structures essentielles (Capricorne).

Opposition Neptune-Mercure : le mystique visionnaire (Neptune) ne fait pas toujours bon ménage avec le rigolo facétieux (Mercure). Lorsque Neptune domine, la perception de l’invisible rend difficile toute décontraction. Plongé dans son ressenti profond des mystères du cosmos, Kepler a du mal à prendre les choses à la légère… Lorsque Mercure domine, il évacue d’une pirouette malicieuse ses états d’âme et ses préoccupations métaphysiques, joue aux dés pour se distraire des mystères divins. Ouvert à tous les possibles, à toutes les hypothèses, il se méfie de ses intuitions…

Capricorne-Gémeaux : ces deux Signes de solstice incitent Kepler à rechercher de vastes synthèses qui permettent de dépasser les oppositions habituelles. Capricorne et Gémeaux, c’est le jour et la nuit : la durée nocturne est décroissante et dominante en Capricorne, alors qu’aux Gémeaux, c’est la croissance de la durée diurne qui prédomine. Kepler est donc à la fois rivé sur un absolu qui l’isole du reste du monde (Capricorne) et totalement perméable à l’univers extérieur (Gémeaux). D’où une alternance entre des attitudes de refus bourrus (Capricorne) et d’excitation épidermique (Gémeaux), entre la tentation du repli sur soi et celle de l’ouverture tous azimuts.

Mars trigone Lune, carré Mercure-Uranus : avec Mars trigone Lune, Kepler perçoit le réel comme une harmonie pré-établie (Lune) dynamique et vivante (Mars). Sous la dissonance Mars-Mercure-Uranus, toute tentative de communication (Mercure) a vite tendance à déboucher sur de violentes confrontations (Mars) dans un contexte cérébral exigeant et tendu (Uranus). Il y a par ailleurs un va-et-vient constant et éprouvant entre les hypothèses (Mercure), les théories (Uranus) et les faits (Mars)

Saturne en dernière position : ceux qui croient aux « maîtrises planétaires » seront surpris que Kepler, avec ses quatre planètes en Capricorne, ne soit pas saturnien. Mais d’abord, Kepler avait rejeté les maîtrises : « Mais il n’y a rien de plus honteux que le souci pratiquement unique de certains Astrologues, écrit-il, de distribuer douze domiciles entre les sept planètes par une sorte de crédulité puérile faisant fi de toute raison solide et philosophique, et de fabriquer des dominations, des bouleversements momentanés d’empires, comme s’il s’agissait d’une société humaine : c’est là l’origine de toute superstition Magique et Astrologique ». Ensuite, il suffit de lire son auto-analyse astrologique : Kepler ne se décrit en rien comme un saturnien, mais comme un être qui perd son temps à force de divagations incongrues, de rêveries étranges et de goût du jeu, tous comportements qui n’ont rien de saturnien… et tout d’une nette dominante Lune-Neptune-Mercure.

Version initiale de l’article parue dans le n° 4 d’Astrologie naturelle (décembre 1998), modifiée en octobre 2015.

À lire :

- Kepler astronome astrologue, Gérard Simon, Collection Bibliothèque des Sciences humaines, Gallimard.
- Kepler, le chien des étoiles, Henriette Chardak, Librairie Séguin.

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard


Les Significations planétaires

par Richard Pellard. 620 pages. Format PDF. Illustrations en couleur.

La décision de ne traiter dans ce livre que des significations planétaires ne repose pas sur une sous-estimation du rôle des Signes du zodiaque et des Maisons. Le traditionnel trio Planètes-Zodiaque-Maisons est en effet l’expression d’une structure qui classe ces trois plans selon leur ordre de préséance et dans ce triptyque hiérarchisé, les Planètes occupent le premier rang. La première partie de ce livre rassemble donc, sous une forme abondamment illustrée de schémas pédagogiques et tableaux explicatifs, une édition originale revue, augmentée et actualisée des textes consacrés aux significations planétaires telles qu’elles ont été définies par l’astrologie conditionaliste et une présentation détaillée des méthodes de hiérarchisation planétaire et d’interprétation accompagnées de nombreux exemples concrets illustrés par des Thèmes de célébrités. La deuxième partie est consacrée, d’une part à une présentation critique des fondements traditionnels des significations planétaires, d’autre part à une présentation des rapports entre signaux et symboles, astrologie et psychologie. Enfin, la troisième partie présente brièvement les racines astrométriques des significations planétaires… et propose une voie de sortie de l’astrologie pour accéder à une plus vaste dimension noologique et spirituelle qui la prolonge et la contient. Vous pouvez dès maintenant le commander à la boutique.

L’astrologie, la nanification de Pluton & les astres transplutoniens

par Richard Pellard. 117 pages. Format PDF. Illustrations en couleur.

Pluton ne fait plus partie des planètes majeures de notre système solaire : telle est la décision prise par une infime minorité d’astronomes lors de l’Assemblée Générale de l’Union Astronomique Internationale qui s’est tenue à Prague en août 2006. Elle est reléguée au rang de « planète naine », au même titre que les nombreux astres découverts au-delà de son orbite. Ce livre récapitule et analyse en détail le pourquoi et le comment de cette incroyable et irrationnelle décision contestée par de très nombreux astronomes de premier plan. Quelles sont les effets de cette « nanification » de Pluton sur son statut astrologique ? Faut-il remettre en question son influence et ses significations astro-psychologiques qui semblaient avérées depuis sa découverte en 1930 ? Les « plutoniens » ont-ils cessé d’exister depuis cette décision charlatanesque ? Ce livre pose également le problème des astres transplutoniens nouvellement découverts. Quel statut astrologique et quelles influences et significations précises leur accorder ? Enfin, cet ouvrage propose une vision unitaire du système solaire qui démontre, chiffes et arguments rationnels à l’appui, que Pluton en est toujours un élément essentiel, ce qui est loin d’être le cas pour les autres astres au-delà de son orbite. Après avoir lu ce livre, vous saurez quoi répondre à ceux qui pensent avoir trouvé, avec l’exclusion de Pluton du cortège planétaire traditionnel, un nouvel argument contre l’astrologie ! Vous pouvez dès maintenant le commander à la boutique.





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