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| Publié le : 7 septembre 2005
Signaux et symboles
"L’astrologie et la science correspondent à deux paradigmes différents", affirme l’astrologue Solange de Mailly-Nesle, "car l’astrologie repose sur le symbole. Le symbole repose sur une perception intuitive de l’Homme et de la Nature Pour l’astrologie l’Homme et le monde ne sont pas séparés, ils sont unis par une intersubjectivité".
Ce point de vue, selon lequel l’influence des astres serait de nature a-causale et échapperait donc aux lois connues ou inconnues de la physique, est partagé par la très grande majorité des astrologues contemporains. Très rares en effet sont ceux qui estiment que l’influence astrologique a des fondements naturels, physico-biologiques. Suzel Fuzeau-Bræsch fait partie de cette minorité. Dans un récent article publié dans la Lettre des Astrologues (bulletin interne de la FDAF, Fédération Des Astrologues Francophones), elle a durement critiqué l’approche purement ésotérique et symboliste de l’astrologie. Docteur es-sciences, ex-directrice d’un laboratoire de recherche en biologie au CNRS et astrologisante, elle milite pour une approche strictement rationaliste, expérimentale et causaliste de ce savoir, estimant que les "notions de symbolisme, d’archétype, de synchronicité en astrologie ne correspondent à rien de scientifiquement défendable et constituent des notions "à la mode" purement littéraires qui nuisent à la réputation de l’astrologie et alimentent les arguments de ses détracteurs". Les protagonistesDeux camps semblent ainsi s’opposer diamétralement et irréductiblement : celui des symbolistes et celui des réalistes. Les positions des uns et des autres sont-elles aussi simples, aussi tranchées ? Pas vraiment : on peut sommairement diviser chacun de ces camps eux aussi en deux catégories. Les symbolistes
Les réalistes
Notons au passage que les frontières entre ces catégories sont plus ou moins poreuses. C’est particulièrement remarquable dans le cas des astrologisants qui exercent des professions scientifiques (astronome, physicien, électronicien, etc.), et qui sont donc censés être "réalistes", mais qui, arguant du fait que l’astrologie est incompatible avec les connaissances actuelles de la science officielle, estiment qu’il est plus rationnel d’avoir une approche purement symboliste de l’astrologie. Nous sommes là en pleine schizophrénie. Comment transcender ces clivages ? Comment sortir de ces dialogues de sourds ? Pour parvenir à communiquer lorsqu’on a des points de vue aussi différents, il me semble que le minimum est, à défaut de partager les mêmes opinions, de parler le même langage. Commençons pour cela par nous entendre sur la signification de quelques mots. Tant qu’un symbole est vivant Qu’est-ce qu’un symbole ? Selon Carl-Gustav Jung, expert dans ce domaine, c’est "un terme, un nom ou une image qui, même lorsqu’ils nous sont familiers dans la vie quotidienne, possèdent néanmoins des implications qui s’ajoutent à sa signification conventionnelle et évidente. Tant qu’un symbole est vivant, il est la meilleure expression possible d’un fait". Un symbole n’existe donc pas en soi. Il est une représentation graphique, sonore ou picturale de quelque chose d’autre que lui-même. Le monde où nous vivons et les êtres et choses qui le peuplent ne sont pas symboliques en soi : c’est l’Homme qui les symbolise par la médiation de son imaginaire. D’après Jung lui-même, le symbole n’est pas éternel, sacré, intouchable. S’il est vivant, c’est qu’il est susceptible d’évolution, et surtout mortel : "il n’est vivant que tant qu’il est gros de significations. Que cette signification se fasse jour (...), que l’on découvre l’expression qui formulera le mieux la chose cherchée, attendue ou pressentie, alors le symbole est mort : il n’a plus qu’une valeur historique". Il est alors remplacé soit par un nouveau symbole, soit par un concept. Quel est le point commun entre un fait, un être, une chose, une situation ? La cybernétique nous donne la réponse : chacun d’eux peut être considéré comme un signal concret, c’est-à-dire une "variation de grandeur physique de nature quelconque porteuse d’information". Exemples : lorsque nous assistons à un concert de musique, quand nous rencontrons un être humain ou un animal, lorsque nous nous asseyons sur un banc de bois ou de pierre, nous captons des signaux concrets en provenance du monde qui nous entoure, signaux que nos cinq (ou six ?) sens convertissent en perceptions. Notre démarche de symbolisation n’intervient que dans un deuxième temps, lorsque nous traduisons les signaux perçus sous forme d’images, qui peuvent à leur tour se transformer en signaux abstraits (langage signifiant, chiffres & nombres).
La figure 1, créée par J.P. Nicola, est une représentation à la fois symbolique et rationnelle des circuits de communication entre signaux et symboles. Conformément à la classique symbolique de l’espace, les signaux concrets occupent la position inférieure (basique, fondamentale), alors que les signaux abstraits occupent la position supérieure. Les symboles ont une position médiane et centrale, ce qui illustre leur ambiguïté fondamentale : situés dans la zone intermédiaire entre le concret et l’abstrait, il est dans leur nature profonde d’en refléter les duos-coopérations et les duels-confrontations selon des dosages qui varient selon les époques et les cultures. Les six flèches de la figure 1 symbolisent les relations et interactions entre signaux et symboles :
Symbole contre concept ? Chez de nombreux astrologues et anti-astrologues, il est d’usage d’opposer les symboles et les concepts. Les concepts sont des représentations mentales abstraites et générales ; ce sont donc des signaux abstraits. Chez les astrologues symbolistes, le concept est considéré comme réducteur, rigide, étroitement rationaliste comparé à la riche polyvalence poétique du symbole. Concepts et symboles seraient-ils donc des ennemis héréditaires dans le monde de la représentation ? Nous avons vu qu’il n’en était rien. Par contre, comme le souligne justement Jean-Pierre Nicola, "la fonction symbolisante ne saurait se substituer à la fonction de signalisation rationnelle. Elle est seule à pouvoir représenter les phénomènes que la conscience n’intègre pas faute d’aptitudes, de maturité, d’informations suffisantes (...) La vraie tâche est d’étudier les deux fonctions séparément, puis leurs rapports. Toutes deux tendent vers un même but : représenter le réel, intérieur ou extérieur à l’homme. Ce but est l’information, plus ou moins tendancieuse selon les personnalités, sur le monde, sur soi, et sur les relations réelles ou imaginaires entre le monde et soi. On peut douter de la valeur d’une communication qui tente d’expliquer par des symboles ce qui s’entend mieux par des signaux, ou inversement". Aucune démarche de l’esprit n’est à sous-estimer ou à privilégier, qu’elle soit symbolique ou rationnelle, analogique ou logique. Les démarches symbolique et analogique sont prospectives, pionnières ; les démarches conceptuelle et logique sont organisatrices, conservatrices. Les deux sont nécessaires et se complètent, dans cet ordre. Ce qui pose problème, ce sont les dosages, les excès de l’une ou l’autre démarche. C’est donc à tort que de nombreux astrologues pensent que les conditionalistes sont anti-symbolistes. "Les symboles, écrit Jean-Pierre Nicola, sont faits pour révéler l’inconnu. L’école conditionaliste étudie donc toute la symbolique astrologique pour en retrouver les contenus concrets, les signaux à l’origine des créations symboliques de l’homme". Apprendre à communiquer Les débats et querelles qu’a déclenché l’article de Suzel Fuzeau-Bræsch ne datent pas du moment de sa parution. Ils agitent le milieu astrologique depuis des centaines d’années. Comment en sortir, comment parvenir à communiquer ensemble par-delà nos points de vue différents ? En sachant d’où l’on parle et d’où l’autre parle et en évitant de devenir un intégriste du signal concret ("les bases biophysiques, il n’y a que ça"), du symbole ("la dimension symbolique, il n’y a que ça") ou du signal abstrait ("la théorie pure et dure, il n’y a que ça"). Le réel que nous partageons est fait de tout ça, et tout ça est en relation et interaction, en métamorphose permanente à l’intérieur de la structure-matrice commune à l’homme et à l’univers. L’un des problèmes de communication essentiels entre astro-symbolistes et astro-réalistes réside probablement dans le fait que les premiers sont sur-représentés, qu’ils sont terriblement conservateurs ("pas question de toucher aux vieux symboles traditionnels et sacrés"), et qu’ils se désintéressent majoritairement des signaux concrets, c’est-à-dire des fondements biophysiques de l’influence astrologique (auxquels ils dénient souvent toute réalité) ce qui a pour inévitable effet mécanique de tarir la source d’où naissent les symboles, et par conséquent de ne plus leur permettre produire de nouveaux symboles actuels et vivants. Les astro-symbolistes sont donc largement les premiers responsables de ces problèmes de communication. Mais les astro-réalistes qui refusent de prendre en compte la dimension symbolique de la représentation du monde astrologique ne font ainsi que renforcer le dialogue de sourds. Quand les astro-symbolistes accepteront et comprendront que les symboles ne sont pas des icônes sacrées et figées surgies d’un nulle-part éternel, mais des sortes d’intuitions visuelles dont il faut comprendre les fondements et décortiquer la logique cachée, quand les astro-réalistes accepteront le fait que leurs théorisations et conceptualisations des réalités bio-astrophysiques ne pourront jamais venir à bout de la fonction symbolique inhérente à l’esprit humain, de fructueux dialogues seront possibles. Sortir des confusions et amalgames Revenons aux textes de Suzel Fuzeau-Bræsch et de Michel Cazenave. La position de la première est clairement scientiste ; celle du second est par contre très ambiguë. Il affirme - avec raison - que l’hypothèse d’une astrologie causale n’est pas compatible avec les connaissances scientifiques actuelles. Mais il en conclut que l’influence astrologique serait exclusivement symbolique. L’histoire des sciences nous montre pourtant ce qu’une telle conclusion peut avoir de hasardeux. Prenons quelques exemples : Copernic a imposé l’héliocentrisme contre les dogmes de la science de son temps. Si Michel Cazenave avait suivi le même raisonnement avant que les thèses de Copernic ne soient reconnues, il aurait été amené à dire que l’héliocentrisme n’avait qu’une réalité symbolique, alors que c’est maintenant une réalité astrophysique. Mendel a découvert les lois de la génétique en observant ce que produisaient ses hybridations de petits pois. La science officielle de son temps n’y a pas cru. Avant qu’elle n’accepte la réalité du fait génétique, Michel Cazenave aurait dit que la génétique, c’est de la symbolique. Wegener a découvert le phénomène de dérive des continents. En son temps la science officielle a réfuté sa théorie, et Michel Cazenave aurait affirmé que la dérive des continents n’est qu’un symbole. On voit vite les limites d’une telle prise de position. La réalité, c’est que l’astrologie est un savoir hybride, au carrefour des sciences physiques et des sciences humaines. Il est donc dans sa vocation d’unir les signaux et les symboles. Suzel Fuzeau-Bræsch commet une erreur en déniant toute légitimité aux symboles astrologiques au nom des signaux astrophysiques ; Michel Cazenave en commet une autre en déniant toute réalité aux signaux astrologiques au nom des symboles. L’astrologie contemporaine doit à la fois dépoussiérer sa symbolique archaïque pour créer de nouveaux symboles vivants, extraire des symboles leurs significations abstraites et rationnelles et en même temps chercher quelles sont les lois biophysiques qui sont à l’origine des influences zodiaco-planétaires. Vaste programme, qui nécessite un vrai débat. Article paru dans le n° 19 du Fil d’ARIANA (avril 2003). Voir aussi :
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Richard Pellard
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