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La boussole affolée / Séduire, dit-il

Une conjonction Lune/Mercure convient à une sociabilité naturellement sans limite. Cette configuration donne à François Mitterrand le goût des rencontres variées, un besoin intime de liberté, de fantaisie, d’inattendu. À l’aise dans les nouvelles relations, il entend mettre les autres à l’aise, les associer à ses centres d’intérêts multiples ; fondamentalement disponible, il entend rester lui-même dans toutes ses rencontres et ses curiosités. Sa très subjective liberté d’être se veut sans limites, sans tabous, sans carcans ni œillères.

Nouvelle Lune : quand le Roi est nu…

« Penser est facile, agir est difficile, agir selon sa pensée est ce qu’il y a au monde de plus difficile » (J. Gœthe).



La boussole affolée

Analysons tout d’abord la conjonction Soleil/Lune (qui signifie, astronomiquement, que Mitterrand est né au moment de la nouvelle Lune). Mots — clefs pour comprendre la Lune, et plus précisément la fonction lunaire : « adualisme, fusion, homogénéité, indifférenciation, ambiance porteuse, étroite intimité, équilibre global, repos, appartenances intimes, plénitude, confiance primitive, habituation ». Le satellite de la Terre ayant une durée de révolution sidérale de 29 jours environ, c’est au cours du premier mois de la vie que s’acquiert et se développe la fonction lunaire. Caractéristiques principales du tout nouveau-né : le naturel (il est vierge, au sortir du monde utérin, de tout conditionnement socio-culturel), l’osmose avec la mère et le monde environnant, l’accent mis sur les rythmes physiologiques propres.

Dans le thème de Mitterrand, la Lune est en Balance. Ce Signe invite et incite à s’associer pleinement avec le monde extérieur, le milieu ambiant, sur un mode harmonieux, ouvert et équilibré. Avec une Lune-Balance donc, l’intimité est en même temps ouverture sur le monde, accord avec l’ambiance, quête de terrains d’entente naturels, confiance en l’Autre avec lequel on recherche une association sur un mode détendu et égalitaire. Surtout pas de heurts, surtout pas de chocs ; l’on saisit tout naturellement les ressemblances qui permettent de s’assembler, de gommer les différences, les défauts de similitude, les divergences. Le consensus s’établit par fusion et osmose, on est en quête d’une paix quiète et détendue basée sur le refus des dualismes séparateurs, des manichéismes conflictuels.

Le Soleil en Scorpion, on l’a vu, fonctionne sur un mode inverse. Là ou la Lune en Balance exalte le naturel, la quiétude, l’union, la paisible concorde, l’association-fusion, le Soleil en Scorpion exige de s’introduire dans la socio-culture et d’y jouer un rôle (de porter un masque) en se différenciant nettement d’autrui, accentue les défauts de similitude, brandit sa singularité, dans une relation tendue et exigeante. Problèmes posés par cette dissonance Soleil-Lune : comment rester naturel tout en jouant son rôle ? Comment maintenir en soi et autour de soi une ambiance de paix et d’harmonie tout en préservant jalousement sa différence, sa singularité ? « Des deux fonctions qui se heurtent ici, l’une prédispose donc à un abandon heureux et confiant, à une tranquille dépendance, à une sereine acceptation, où tout est d’égale importance, dont rien ne peut être isolé, détaché, privilégié (Lune). La fonction solaire évoque, elle, le maintien d’une tension qui nomme, isole, structure, veut ». Chez François Mitterrand, les réponses sont, apparemment, souvent discordantes. La plupart du temps semble-t-il, il « joue » le Soleil en Scorpion contre la Lune en Balance : en dépit de sa quête de plénitude et d’harmonie, il ne peut s’empêcher de souffler sur les braises et de jeter de l’huile sur le feu des contradictions. Son rôle de Secrétaire du P.S. illustre bien les tensions entre ces deux tendances. Il a fondé le nouveau parti socialiste sur les ruines de la S.F.I.O., qui n’avait jamais été qu’un rassemblement hétéroclite et hétérogène de divers groupuscules, clubs et sectes de gauche sans réelle unité programmatique. Sa conjonction Soleil/Lune le sensibilisant aux problèmes d’homogénéité (Lune) et d’unité (Soleil), il était en quelque sorte « l’homme de la situation » : il lui fallait rassembler sans exclure, opérer une fusion unitaire… dans le respect bien plutonien des différences, bien entendu. Rude tâche s’il en était ! Et le P.S. naquit, et poursuivit sous la houlette de son mystérieux timonier soli-lunaire son cheminement chaotique, tantôt privilégiant l’homogénéité et l’harmonie interne des « courants » au détriment de l’unité de l’ensemble, tantôt se rassemblant autour de synthèses unitaires qui dévoilaient la très relative cohérence et harmonie — c’est peu dire — qui régnaient, et règnent toujours, au sein du parti, façonné à l’image de son créateur…

Pendant la période de la « cohabitation » (1986/1988), les rapports entre Soleil et Lune, Scorpion et Balance se complexifient. Privé de son pouvoir, il joue à l’arbitre suprême (Pluton), mais aussi au tranquille pacificateur, à l’aplanisseur de différences, se faisant l’apôtre d’un consensus « mou » et paisible qui ressort bien de la fonction lunaire. Le diviseur se bâtit ainsi une réputation de rassembleur « soft ». Serait-il subitement devenu un pur « lunaire » ? Certainement pas : tandis que Mitterrand-le-lunaire de la Balance en appelait à la fin des conflits, à la détente politique, à la mise à l’écart des passions qui divisent, Mitterrand-le-solaire du Scorpion guettait le moindre faux pas de son adversaire et rival, Jacques Chirac, accentuait et aggravait les divisions au sein de la droite, soulignait sa radicale différence… En définitive donc, François Mitterrand semble avoir appris à tirer, assez souvent, le meilleur parti de cette dissonance Soleil/Lune en « sachant mieux que d’autres arrêter des décisions et prendre les choses en mains lorsque s’impose un changement déterminé d’attitude et de direction », ce qui ne l’empêche pas de savoir se démettre et se mettre en vacance(s) pour laisser les choses se décanter lorsque la situation l’exige ou le permet.

Conjointe au Soleil, la Lune est également en relation conflictuelle avec Saturne (carré) et Jupiter (opposition). Sous une dissonance Lune-Saturne, « s’affrontent une fonction de quiétude et une fonction d’inquiétude, le besoin de plénitude et la sensibilisation au manque, le goût de l’aventure, intérieure ou extérieure, extravertie ou introvertie, et l’aspiration à la tranquillité ». Saturne, dans la théorie des âges gouverne la période comprise entre 12 et 29 ans : âge de l’adolescence, avec ses questionnements et ses doutes, sa mélancolie et ses révoltes, ses incertitudes et ses mutations problématiques. Un conflit Lune-Saturne met donc en rapport, en François Mitterrand, un « bébé » aspirant à une douce et reposante sérénité, et un « adolescent » anxieux et tourmenté. Cet aspect renforce encore, si besoin est, le côté anxieux, inquiet de sa personnalité. Sa sérénité, réelle ou feinte, n’est de toute façon jamais exempte d’une intime sensation de vulnérabilité. Difficile, dans cette optique, d’accorder facilement sa confiance. Difficile aussi de s’abandonner, de se laisser aller, d’accepter le repos : les rigueurs, aléas et complexités de l’existence menacent, réels ou imaginaires, et interdisent de baisser la garde, de se départir d’une vigilance tourmentée. Le pire semble toujours sûr… Mais peut-être François Mitterrand, l’homme de la « force tranquille », est-il parvenu à maîtriser en lui les effets de ce conflit ? Dans ce cas, « s’il est un signe de santé dans cet aspect, sans doute est-ce de savoir se poser toutes les questions, et surtout les questions métaphysiques, sans qu’en soient pourtant perturbés l’équilibre de base et le bien-être intime, le sommeil et l’appétit ». C’est probablement le cas. Son domicile de la rue de Bièvre, et plus encore sa maison de Latché seraient alors ses lieux « lunaires », havres de paix, de sérénité et de repos où il peut se retrouver tranquille et naturel, en famille, loin des âpres et patientes exigences d’une vie politique fréquemment vécue sur un mode « saturnien », où l’incertitude et les épreuves sont de mise, où rien ne va jamais de soi, où l’avenir toujours est hypothétique et les projets susceptibles d’être contrariés et remis en question par des événements imprévisibles. « Il me faut, pour ne pas m’égarer, garder le rythme des jours avec un soleil qui se lève, qui se couche, le ciel par-dessus la tête, l’odeur du blé, l’odeur du chêne, la suite des heures », a-t-il écrit. Des besoins bien « lunaires » : ne pas perdre ses rythmes naturels, son enracinement dans une « nature naturante » ou les vanités humaines sont tout… naturellement remises à leur place. Mais pas uniquement lunaires : les retrouvailles avec la Nature sont aussi « transcendantes »… et la dominante plutonienne est à nouveau de la partie : nature mystérieuse, à la fois imprévisible et sereine, immuable et intemporelle des êtres et des choses, forêts profondes où la politique est renvoyée à ce qu’elle est, vue depuis Sirius, jugée à l’aune des temps cosmiques : un éphémère jeu de société.

Avant de revenir au Mitterrand inquiet, allons à la rencontre d’une autre facette du personnage, plus légère et plus détendue, et qu’illustre la conjonction Lune/Mercure en Balance.

Mercure/Lune en Balance : jeu libre…

Trois mois : telle est la durée de révolution sidérale de Mercure. Entre la fin du premier mois et celle du troisième, le stade mercurien voit l’enfant émettre ses premiers signaux sociaux. Au sortir de la léthargie des premières semaines, il se montre désormais curieux du spectacle du monde qui l’environne, disponible pour la communication sous forme d’aimables babils. La fonction mercurienne se définit par le ludisme, la disponibilité, le goût de la liberté, celui de communiquer, d’improviser et de se dire « pourquoi pas ». Quant au Signe de la Balance, il sensibilise aux codes et langages communs. Une conjonction Lune/Mercure convient à une sociabilité naturellement sans limite. Cette configuration donne à François Mitterrand le goût des rencontres variées, un besoin intime de liberté, de fantaisie, d’inattendu. À l’aise dans les nouvelles relations, il entend mettre les autres à l’aise, les associer à ses centres d’intérêts multiples ; fondamentalement disponible, il entend rester lui-même dans toutes ses rencontres et ses curiosités. Sa très subjective liberté d’être se veut sans limites, sans tabous, sans carcans ni œillères. À partir du moment où ont été définies (et strictement sélectionnées en fonction de l’amour et de l’admiration absolue qu’elles lui portent, Soleil en Scorpion oblige !) ses appartenances intimes, ceux qu’il estime dignes de faire partie de son « clan », de sa « famille », il est à l’aise et entend que son environnement participe pleinement de ce bien-être ludique, joyeux et ouvert : « François Mitterrand s’efforce pourtant de mettre à l’aise la tablée. Il écoute mais parle beaucoup, oriente la conversation sur les sujets d’actualité, raconte des histoires drôles ou des souvenirs et n’hésite pas à taquiner un convive ».

Nouvel effet de la dissonance Scorpion/Balance : le partage des rôles. Ses intimes (ceux qui appartiennent à sa sphère lunaire) connaissent le Mitterrand ludique, simple, naturel, sociable, coopératif, drôle, spontané, rêveur, plastique, détendu… ce qui ne les empêche pas d’avoir aussi et parfois en même temps à côtoyer le Mitterrand froid, cassant, caustique, autoritaire, tortueux, dominateur, orgueilleux. On retrouve encore le conflit Soleil-Lune/Mercure dans son attitude par rapport au pouvoir… et dans ses pratiques d’hôte de l’Élysée. En dépit du rôle officiel (solaire) que sa fonction lui intime de jouer, il a toujours su préserver sa liberté (mercuro-lunaire) de flâner de librairie en bouquiniste dans le Quartier Latin, et sans doute est-il en grande partie sincère lorsqu’il dit : « Si je m’installe un jour à l’Élysée, ne croyez pas que j’en tirerai un quelconque plaisir personnel. Cette fonction, avec ce qu’elle impose et ce qu’elle empêche, c’est même une des choses que je redoute le plus ». Rectificatif astrologique : le Mitterrand solaire ne boude sûrement pas le « plaisir personnel » d’être devenu le principal, sinon l’unique centre de référence de la politique française… mais il est vrai que le Mitterrand mercuro-lunaire doit souffrir des contraintes de la fonction, de la discipline, de l’identification à un rôle (solaire) et de la perte de liberté qu’elle impose. Dissonance Soleil-Lune-Mercure toujours : François Mitterrand a refusé de s’installer dans les appartements officiels de l’Élysée. Il leur a préféré la douillette et (relativement, n’oublions pas la dissonance de Saturne) quiète intimité de son cocon (Lune) rue de Bièvre, où il peut se permettre, comme il l’a toujours fait, en toute liberté et dans une ambiance informelle, simple et chaleureuse (Lune-Mercure), de rencontrer toutes sortes de gens, avec qui il aime à bavarder de tout et de rien, en sautant du coq à l’âne, et qui n’ont pas grand-chose à voir avec ses fonctions de chef d’État, pas plus qu’avec ses choix politiques (il n’est vraiment pas nécessaire d’être « de gauche », loin de là, pour devenir l’un de ses intimes !).

Difficiles contradictions, dont il semble souffrir souvent, mais qu’il paraît aussi avoir appris à gérer avec maestria : pas de confusion des rôles, un strict partage entre vie privée et vie publique. En même temps, réapparaît ici le sens des combinaisons. En effet, une conjonction Lune/Mercure favorise l’insouciance, l’étourderie, la désinvolture, la fantaisie… mais, note F.O. Giesbert, « Chez François Mitterrand, l’étourderie est le plus souvent un faux-semblant. Ses fantaisies, ses retards, ses oublis, il les fera toujours mettre sur le compte de son inattention ». Subtil dosage : ce froid calculateur (proportion dominante) n’hésite pas à paraître léger, frivole, inconstant (proportion non-dominante) pour mieux piéger êtres et situations, et ainsi parvenir à ses fins. Et cela lui est d’autant plus facile qu’au fond, il n’est pas totalement insincère en jouant ce jeu. Infernal paradoxe : l’étourderie est à la fois spontanée et délibérée… Il est « à la fois authentique et artiste en représentation » (F.O. Giesbert toujours). Du faux dans du vrai, du vrai dans du faux, le vrai est faux et le faux, vrai… le Mitterrand plutonien mène la barque et excelle décidément dans le flou impeccable. « Bref, il est clair que François Mitterrand est un homme ambivalent, misanthrope et sociable, naïf et calculateur, sincère et dissimulateur… François Mitterrand est un puzzle ».

Jupiter/Saturne dissonants : problèmes d’intendance…

Jupiter et Saturne, tout comme Mars, ont en commun le fait de sensibiliser au concret, au matériel et au tangible, et plus précisément à leur gestion. Dans le thème natal de François Mitterrand, ces deux planètes, moyennement valorisées, sont en conflit, et de surcroît dissonantes aux planètes dominantes (Lune, Soleil). Ce qui indique une certaine difficulté à reconnaître, accepter et gérer, sans se sentir mal à l’aise, intimement déstabilisé dans ses convictions essentielles, les problèmes concrets. Bref, que l’intendance lui indiffère, l’irrite ou l’exaspère, ce n’est probablement pas le lieu où il se sent le mieux, celui où il peut sans peine déployer ses talents. Allons même plus loin : son thème est beaucoup plus celui d’un être doué pour les secrètes, subtiles et florentines manœuvres d’appareil que celui d’un gestionnaire pragmatique : « Face à la chose économique à laquelle il est alors étranger, fermé, François Mitterrand a de toute évidence un complexe ». Déjà… L’un de ses compagnons de Résistance, Beauchamp, notait : « Il n’était pas un très bon gestionnaire. L’intendance, ça ne l’intéressait pas ». Il est vrai que le natif de Jarnac n’a jamais brillé, ni par son intérêt, ni par ses compétences en économie : « en douze années de IVe République, il ne participe pas une seule fois à un grand débat économique ». Là comme ailleurs, les héritages céleste et terrestre se sont puissamment mariés : son milieu social d’origine méprisait le négoce, le commerce, la finance, tandis que l’organisation du système solaire au moment de sa naissance l’incitait à sous-estimer ou mésestimer ces dimensions du réel. On se souvient du face-à-face télévisé qui avait opposé François Mitterrand à Raymond Barre lors des élections législatives de 1978 : le premier ministre de l’époque, économiste averti (et qui compte Mars, Saturne et Jupiter parmi ses planètes dominantes, comme il se doit), n’avait pas eu de mal à plonger le leader de la gauche dans l’embarras en lui demandant de chiffrer précisément et réalistement ses objectifs concrets. Mitterrand en avait d’ailleurs été mortifié : il s’était montré ridicule en s’emmêlant dans ses chiffres… et l’une de ses carences majeures avait été spectaculairement dévoilée. On se souvient également des critiques qu’opposaient, non seulement la droite, mais aussi des politiciens de gauche réalistes et compétents en économie, comme Mendès-France et Michel Rocard, au « Programme commun », avant la première élection de François Mitterrand à la présidence de la République, en 1981 : Rocard en particulier, jugeait tout bonnement — et à raison, l’histoire l’a prouvé — irréalistes les orientations économiques que le candidat socialiste avait faites siennes. Il n’est pas inintéressant de noter, à ce propos, que Jupiter, Mars et Saturne figurent parmi les planètes dominantes de Rocard, apôtre du réalisme économique, du pragmatisme et de la rigueur gestionnaire… On comprendra mieux, à la lueur de l’astrologie, ce qui à la fois oppose radicalement les deux hommes et les rend complémentaires : l’un, Mitterrand, est un « politique », à la fois stratège et séducteur, hanté par les basculements de pouvoirs, ourdissant avec dextérité et virtuosité les complots nécessaires pour donner à la Gauche exilée du pouvoir les moyens de l’exercer, quitte à se nourrir d’utopie, car, comme il le dit lui-même, « une politique qui se borne à brasser les rêves les trompe tous. Une politique qui les ignore se trompe sur la nature de ceux qu’elle prétend conduire » ; l’autre, Rocard, est avant tout un économiste attaché à la redistribution équitable, rationnelle et raisonnable des biens produits, au risque d’oublier la part de rêve et d’utopie indispensable à toute politique — a fortiori si elle est « de gauche ».

Oppositions à Jupiter : non — conformisme.

Dans la théorie des âges, le stade jupitérien couvre la période de deux ans (fin du premier cycle de Mars) à douze ans (durée de la révolution sidérale de Jupiter). Durant cet intervalle de temps, l’enfant acquiert la fonction symbolique, c’est-à-dire l’aptitude à (se) représenter l’existence des personnes, des objets et des situations. Il apprend en même temps à socialiser son vécu immédiat, à normaliser ses pulsions instinctives en fonction des permis et interdits de la socioculture dont ses parents, puis les institutions scolaires, sont les représentants, et enfin à se sentir un parmi les autres… au sein desquels il lui faudra prouver concrètement sa valeur et faire reconnaître tangiblement ses mérites. On en déduit pour la fonction jupitérienne l’importance du langage, qui permet à l’enfant de cette tranche d’âge de s’exprimer, de se justifier, de se faire comprendre, et la nécessité de rendre ses actions conformes aux modèles sociaux en usage.

La fonction jupitérienne est donc fonction de socialisation, d’acceptation raisonnable des normes, lois et règlements collectifs du groupe social au sein duquel l’on est situé. Dans le Thème natal de François Mitterrand, Jupiter est dissonant, en conflit avec le Soleil, la Lune et Mercure. D’où chez lui une certaine difficulté à accepter les règles du jeu social, à s’y conformer, à s’y inscrire harmonieusement. On a vu que la nette dominante plutonienne faisait déjà de lui un non-conformiste… sous la dissonance de Jupiter, nous pouvons aller plus loin : il s’agit bel et bien d’anti-conformisme. Ce bourgeois et fils de petit bourgeois a passé la majeure partie de sa carrière politique à déranger, déstabiliser, critiquer, et même effrayer ceux de sa classe sociale, comme s’il avait mauvaise conscience et mauvaise grâce à lui appartenir, comme s’il refusait d’en respecter les règles du jeu.

Trois planètes donc sont opposées à Jupiter : Soleil, Lune et Mercure. Elles ont en commun leurs cycles courts, et recouvrent dans la théorie des âges la première année de la vie, au cours de laquelle l’enfant demande au monde qui l’entoure et aux gens qui le peuplent une acceptation préalable. C’est encore l’une des facettes essentielles de la personnalité de François Mitterrand : que ce soit dans sa vie privée ou dans sa vie publique, il entend être reconnu, aimé et fêté sans négociation préalable, comme un enfant-roi, unique et désiré, objet d’un amour exclusif et inconditionnel : il lui est souvent difficile, parfois même insupportable de se sentir et de n’être qu’un individu parmi d’autres, de n’être pas l’objet d’une attente de la part d’autrui ; sa place dans le monde lui semble un dû, et le rôle ou la fonction qu’il y joue ne doivent en aucun cas rogner sur la dynamique du plaisir et de la découverte qui gouverne la première année de la vie. Dans un autre ordre d’idées et dans la logique de cette configuration planétaire, les responsabilités concrètes du Pouvoir pèsent à cet esthète dilettante. Nous l’avons déjà noté à propos de Pluton : lorsqu’il était premier secrétaire du PS, il lui arrivait fréquemment de s’absenter lors de réunions importantes, mais aussi, et cela systématiquement, d’arriver en retard à tous ses rendez-vous, par distance vis-à-vis des jeux du pouvoir certes (Pluton), par besoin irrépressible de se sentir attendu, c’est-à-dire l’objet d’une attention préalable (Soleil), ou bien tout simplement parce qu’il avait besoin de se divertir (Lune/Mercure-Balance) ; avec un Jupiter dissonant, c’est aussi par refus de se conformer à ce que son rôle social exige de lui. Devenu Président de la République, il n’hésite toujours pas à se soustraire aux contraintes de sa fonction selon son bon plaisir régalien…

Le Soleil et Jupiter ont une finalité identique : représenter, simplifier, réduire à l’unique d’un discours, et, ce faisant, se faire estimer et reconnaître… parfois en prenant d’amples libertés avec la réalité des faits et le fond de la pensée. Mais là où le Soleil veut être aimé, estimé et reconnu pour ce qu’il est, Jupiter le veut pour ce qu’il fait. Ailleurs, cet aspect sensibilise à la contradiction entre un idéal absolutiste, un choix fondamental, une essentielle conviction qui interdit toute concession (Soleil) et le profit relatif et occasionnel qu’on peut tirer d’opportunités concrètes. C’est bien là l’un des « drames » mitterrandiens : à trop se raidir dans ses principes et idéaux (socialistes, entre autres), courir le risque de rater le coche d’une opportunité politique. Et à se montrer trop opportuniste, en oublier sans vergogne tout idéal. « D’une façon générale, vous savez trop bien ce qui sépare les réussites vécues de l’idéal pour être jamais pleinement satisfait ni de vous-même ni de votre situation. Si brillants soient vos succès, votre réputation… il ne vous suffisent pas : parce que vous ne vous y identifiez pas, et qu’ils restent une expression contingente, partielle ou déformée de vous-même », note à ce propos de cet aspect B. Blanchet. Il répugne à François Mitterrand de voir ses exigences idéalistes confrontées à celles de l’efficacité concrète. Heureusement, Pluton est harmonique aux deux planètes : le froid calcul et le cynisme rusé permettent en partie de pallier à ces problèmes de conscience… Depuis la grave crise économique des années 81 à 83, due à l’irréalisme et à l’idéalisme du Programme Commun, il semble avoir compris qu’il fallait parfois en revenir avec vigueur et fermeté à plus de pragmatisme et de réalisme. En tout cas, nul ne doute que François Mitterrand soit un orfèvre en matière de langage, de rhétorique et de mise en scène (après tout, le seul métier qu’il ait vraiment exercé en-dehors de ses fonctions politiques est celui d’avocat !). On retrouve ici l’homme de paroles (et pas toujours de parole !), soucieux de convaincre et d’imposer ses vues… mais Pluton dominant maintient pourtant l’équivoque, l’ambiguïté, le flou dans un discours qui se voudrait clair et net, tandis que la faiblesse de Mars dans son thème ne le pousse pas spécialement à se montrer réaliste devant les faits, quand bien même seraient-ils têtus.

Sous l’opposition de la Lune à Jupiter, il a du mal à concilier le maintien de sa quiétude, de sa plénitude avec les exigences d’une vie sociale standardisée, d’un besoin parfois exagéré d’être reconnu, apprécié, adulé de l’extérieur (voir « Lune-Mercure/Balance »). Dans ce cadre, l’extérieur est souvent trop extérieur, l’uniformisation qu’impliquent les appartenances sociales trop étrangères à l’informel des appartenances intimes. D’où parfois une certaine lassitude à jouer son rôle dans la comédie d’un pouvoir jupitérien où tout semble truqué, artificiel, aux antipodes de l’harmonieux équilibre de vie qu’exige la Lune en Balance… Enfin, la dissonance Mercure-Jupiter signale un esprit irrévérencieux, ludique, qui déteste « par — dessus tout la bêtise sentencieuse et établie, le pontifiant et les mots ronflants » selon son ami F. Dalle. Tous défauts qui vont comme un gant à un Jupiter dissonant. Pour bien vivre cette dissonance, il faudrait concilier liberté d’innovation et pragmatisme, improvisation ludique et gestion raisonnée des problèmes immédiats. Trop de Mercure, et l’esprit s’égare dans une multiplicité d’hypothèses et de spéculations hasardeuses : on jongle avec l’infinité des possibles, au détriment du bon sens et des leçons de l’expérience. Trop de Jupiter, et l’excès de bon sens nuit à l’inventivité. L’équilibre à trouver est délicat. La configuration passe, à juste titre, pour poser de sérieux problèmes de communication, et François Mitterrand est précisément coutumier de cette difficulté à clore les débats, à enfermer sa liberté de pensée dans un cadre raisonnable : il est trop joueur, trop ludique pour s’investir totalement dans un propos qui se voudrait définitif, trop épris de découverte, de nouveauté et d’imprévu pour être pleinement satisfait de ses projets à l’œuvre. Effet conjoint de Mercure et de Pluton : lorsqu’il fait des déclarations publiques, officielles (jupitériennes), il ne peut s’empêcher de se garder des portes de sorties : la décision apparemment prise reste grosse d’autres chemins possibles, et le message passe mal : ses auditeurs auraient préféré plus de clarté et de netteté dans le propos.

Sous une dissonance Mercure-Jupiter, comme l’a dit un politicien particulièrement lucide et cynique, « les promesses n’engagent que ceux qui les croient ». Pirouettes de girouette ? On a assez reproché à Mitterrand ce côté « caméléon », en oubliant que ce sympathique animal, s’il change d’apparence en fonction des circonstances, ne change pas de fond. Mercure, dans le thème du Président, n’est que sous-dominant et, comme tel, il est à la disposition de Pluton (voir plus haut ses « vraies-fausses « distractions ») : les pirouettes sont stratégiques, et la girouette sait choisir ses vents, en n’oubliant jamais qu’en politique, l’un domine et détermine souterrainement mais puissamment tous les autres : celui, imprévisible, dramatique et mystérieux, de l’Histoire. Au mieux peut-être, une bonne gestion de cet aspect Mercure-Jupiter permet de mettre en scène des certitudes de circonstances, de les rendre publiquement crédibles, tout en en pensant pas moins, sans s’y investir totalement (voire même en ne s’y investissant pas du tout…), en se laissant toujours la latitude de changer d’opinion, d’avis, de point de vue, tant que ces changements n’affectent pas en profondeur le socle de ses convictions. Le mensonge est inhérent à la chose politique, il lui est consubstantiel. Ceux qui s’y refusent totalement ne font pas de longues carrières, et ne peuvent pas longtemps peser efficacement sur le cours des choses (voir la belle et dramatique franchise de Pierre Mendès-France). Bien entendu, les citoyens demandent à leurs dirigeants, au nom de la morale, de ne pas mentir. Mais l’homme avisé sait que « morale et politique n’ont pas du tout le même but ». Aristote le savait bien, qui écrivait qu’il était « possible d’être un bon citoyen sans posséder la vertu qui nous rend homme de bien ». Est — ce à dire que François Mitterrand n’est pas « moral », qu’il n’est pas un « homme de bien » ? Nombreux sont ses adversaires qui le prétendent. Peut — être à cause d’une secrète jalousie devant cet homme si habile à manier l’art du double discours, de l’équivoque et du mensonge. Et pourtant, Mitterrand est terriblement moral, et même souvent moralisateur. C’est même là l’un de ses « péchés mignons ». Paradoxe ? Il est à la fois réel et apparent, et, pour le comprendre, il faut revenir au côté Scorpion du personnage : doser et combiner subtilement l’impératif moral qu’impliquent ses convictions essentielles, et la nécessité de la ruse politique, dont le mensonge est un outil indispensable… au risque de la magouille et de l’auto-justification de ses propres turpitudes et contorsions.

Autre effet majeur de Jupiter : son rapport à « l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes ». La citation est de lui-même. Sans doute, dans ce refus passionné, méprisant et dégoûté de l’argent, faut-il faire la part de son éducation aussi anti — mercantile que profondément chrétienne. On peut aussi y voir un effet de tribun de gauche… Mais l’organisation du système solaire à sa naissance est aussi de la partie. Revenons à la théorie des âges : jusqu’à deux ans environ, l’enfant vit une relation immédiate avec son entourage. À partir de deux ans, avec l’acquisition du langage, cette relation sera désormais médiatisée : les mots se substituent au rapport direct avec les êtres et les choses. Avec le langage, il apprend à donner une valeur symbolique aux objets. Or l’argent est, par excellence, un outil de médiatisation. L’argent symbolise des objets absents en leur donnant une valeur ; l’argent médiatise notre rapport aux objets, alors que le troc, lui, est immédiat.

Pour qui a, comme François Mitterrand, un Jupiter dissonant — et qui est en porte-à-faux, voir même en conflit avec la bourgeoisie possédante — le rapport à l’argent peut poser problème. Un détail d’importance : il n’a jamais d’argent sur lui. Une manière de le « diaboliser » en refusant de se laisser souiller par son simple contact. Mais par ailleurs, on ne fait pas de carrière politique d’envergure sans disposer d’une grande surface financière. Le Président de la République, loin d’être pauvre, est assujetti à l’impôt sur les grandes fortunes ; on sait aussi à quel point les campagnes électorales demandent de traiter d’importantes sommes d’argent, de provenance souvent douteuse… Là gît encore l’une des ambiguïtés, l’un des paradoxes fondamentaux du personnage. Héritage terrestre : de par sa sévère éducation chrétienne et familiale, il se méfie de l’argent et de son pouvoir corrupteur, pourtant indispensable à son projet politique et à ses ambitions ; en tant que socialiste, il ne peut que se méfier des effets et méfaits du « grand capital ». Héritage céleste : l’opposition entre Soleil et Jupiter avive en lui ce conflit. Il identifie fonction jupitérienne et pouvoir de l’argent. Au Soleil revient la « conscience des hommes ». Le Soleil a pour vocation la « représentation de Représentation ». Une formule qui évoque bien la conscience (réflexive) ; qui évoque aussi l’idéal, ce pur modèle à laquelle la réalité concrète ressemble si rarement. Ainsi, pour lui, l’argent (Jupiter) estil l’ennemi de la conscience, de l’idéal (Soleil). Ainsi François Mitterrand, à l’épicentre de ses conditionnements socio — culturels et de l’opposition Soleil/Jupiter, vit-il comme une perpétuelle crucifixion intime, un cas de conscience (Soleil), la nécessité de tenir compte de l’argent. Et sans doute est — il sincère lorsqu’il écrit : « il n’est pas de force au monde, ni de force philosophique, religieuse, d’argent, de capital, à l’égard de laquelle je ne sois tout-à-fait libre. Si j’avais un orgueil à tirer de ma vie, ce serait celui-là ». Un orgueil bien solaire… qui lui a joué des tours bien jupitériens, puisque c’est sous son premier septennat que l’argent a été revalorisé dans la société française, que les riches sont devenus plus riches, et les pauvres, plus pauvres, que la finance boursicoteuse s’est épanouie… Encore un paradoxe infernal, bien digne d’un Scorpion plutonien. Et Pluton, en rapport consonant à Soleil et Jupiter, joue toujours son rôle d’arbitre occulte et de régulateur : pour parvenir à la métamorphose politique (Pluton), il lui faut absolument maîtriser ces problèmes de conscience, et se donner les moyens de ses fins. Et sous le rapport harmonique (sextile) entre Jupiter — Pluton, se profile Mitterrand-le-moraliste : « fort d’une assise aussi sûre que profonde, il peut se permettre de juger, ce dont il ne se prive pas ».

Saturne/Neptune dissonants : questions floues…

Le flou des conceptions, orientations et modèles de François Mitterrand est loin d’être toujours impeccable. Les dissonances de Saturne et Neptune en attestent. Saturne et Neptune, au carré du Soleil dans le Thème de François Mitterrand, ont en commun le manque ou le refus de la clarté et de l’évidence. Comme d’habitude, nous ferons appel à la théorie des âges pour comprendre la signification de ces planètes. Saturne gouverne la période entre douze ans (fin du premier cycle de Jupiter) et vingt-neuf ans (durée du cycle saturnien). Les valeurs de Saturne sont donc celles de l’adolescence, cette époque de la vie où l’on s’interroge, se questionne, où l’on interroge et questionne le monde et les êtres qui l’habitent ; il sensibilise à la transcendance de l’Existence. Ainsi la fonction saturnienne sensibilise-t-elle à la complexité du vécu, à l’aspect caché et obscur de l’expérience, à l’inconnu que recèle toute situation. Neptune de son côté gouverne l’intervalle de quatre-vingt quatre à cent soixante quatre ans. Il sensibilise comme Pluton à la transcendance, c’est-à-dire à l’au-delà de l’expérience sensible. À l’inverse de Saturne, il est en rapport avec l’existence de la Transcendance : sensations étranges dont on ne saurait définir précisément la provenance, ressenti d’un ailleurs, réactions viscérales ou émotionnelles dictées par de l’inconscient… ou ce que l’on appelle plus communément l’intuition.

Les dissonances de Saturne et Neptune au Soleil renforcent le pouvoir de Pluton : ces trois fonctions planétaires, en effet, « ont en commun le refus des idées simples, des décisions claires, de l’autorité manifeste ». Nous avons vu que la fonction du Soleil était de maintenir des représentations, donc des idées, modèles, une conscience et des objectifs clairs et, psychologiquement, d’être soi-même une référence et un modèle. Il existe donc bien chez François Mitterrand un conflit majeur entre, d’une part, le goût et le besoin du clair, du simple et du manifeste (opposition Soleil/Jupiter), et la nécessité de maintenir et préserver le mystère, le subtil, la complexité des choses (Saturne/Neptune/Pluton). Certes, sous le trigone Pluton/Soleil, cet homme se sent à l’aise dans la complexité des choses, comme un phare lumineux dans une nuit dont il accepte l’obscurité, sans se faire d’illusions, ni sur le phare, ni sur la nuit : « le grand homme, écrivait-il lorsqu’il avait vingt-deux ans, « vrai ou faux, est chose nécessaire. Une doctrine ne peut s’en passer où, plus justement, le grand homme fait passer la doctrine. À chaque boutique, son enseigne : plus l’enseigne est lumineuse, plus la boutique est habitée ». Traduction : le phare n’est pas un puits de science… mais un simple panonceau publicitaire ! Mais sous les carrés de Saturne et Neptune au Soleil, il est sans cesse en butte aux « perpétuelles interrogations et remises en question qui font de lui, malgré les apparences, le plus inquiet, le plus anxieux des hommes politiques ». Toujours il s’interroge, tiraillé entre ses questionnements qui l’incitent à décanter, rationaliser les situations auxquelles il est confronté (Saturne),et ses états d’âme et intuitions (Neptune) : « s’il tranche, c’est toujours au terme d’une longue réflexion souvent complexe ; se déterminer sur une foucades n’est vraiment pas son style ».

La boussole (Soleil) de Mitterrand n’indique pas toujours le Nord… « Ce qui frappe », note F.O. Giesbert, « c’est son indécision, ses flottements… Un conquérant sans boussole, ça s’égare… il n’a pas de boussole idéologique. Il paraît imperméable à toute forme de raisonnement théorique, à toute forme d’analyse économique. Il avance au petit bonheur… ». Points de repères flous et fuyants, certitudes anxieuses et délétères, François Mitterrand, cet être incertain, est l’homme de l’incertain… c’est-à-dire de la seule véritable certitude : « Je n’ai pas la réponse, mais j’interroge et je m’interroge […] Autour de moi on parle de la vie, de la mort, des origines du monde, de l’existence de Dieu, de l’au — delà et du néant. Dans les deux camps on bataille ferme. Des deux côtés, quelle certitude ! On démontre. On décide. On tranche. J’écoute et je pense que si j’aime ceux qui posent des questions, je me méfie de ceux qui trouvent ». On ne saurait exiger d’un être né sous un tel ciel un parcours en ligne droite, et sans doute Philippe Alexandre ne se trompe-t-il pas en écrivant que « le mystère est au cœur de la stratégie de François Mitterrand. Il règne aussi dans son propre cœur. Si puissant que, certains jours, le vieil homme est peut-être lui — même incapable de le déchiffrer ».

Les planètes du multiple (Saturne, Neptune, Pluton) sont en rapport étroit avec la planète de l’unique (Soleil). D’où cette conscience éclatée, cette image de marque discontinue, morcelée, et l’extrême difficulté qu’on peut avoir à saisir l’unité et la continuité du personnage et de sa démarche… dès lors qu’on cherche à le cerner dans une optique trop unitaire, trop uniformisante. Ses changements de cap ne sont pas toujours voulus, décidés, planifiés, programmés : ils sont le fruit d’une lucidité anxieuse et écartelée qui voudrait à la fois maintenir fermement la barre du navire qui mène à ses objectifs essentiels, tout en se demandant toujours si le port choisi est le bon, voire même s’il y a un port. Sans arrêt, sa conscience orgueilleuse (solaire) voudrait terrasser des doutes (saturniens) et des pressentiments (neptuniens) qui ne le quittent pas. Comme si une blessure secrète, impossible à cicatriser, l’empêchait de s’identifier totalement à ses convictions absolues. « Toute fonction de connaissance est fonction de méconnaissance », disait Lacan. Sous les dissonances de Saturne et Neptune, François Mitterrand n’est jamais sûr de ce qu’il sait, sans parvenir à s’en faire vraiment une raison, tandis que la dominante plutonienne l’incite à penser qu’au fond, on ne sait jamais et qu’il faut bien accepter humblement notre profonde ignorance.

Personnage en quête d’identité, ses motivations aussi puissantes que ses démotivations, et s’il a une unité, celle-ci nécessairement lui échappe toujours dans l’instant : elle est objective, rétrospective, en métamorphose permanente : « Depuis le temps que François Mitterrand fréquente François Mitterrand, cet homme a souvent changé de destin. Il a connu quelques avatars, au vrai sens du mot… et s’il y a toujours dans le personnage de Mitterrand quelque chose de crépusculaire, s’il a l’air ténébreux et fugace, c’est qu’il reste fidèle à ses incarnations successives qui se mêlent toutes en lui ». Avec un Soleil aussi dissonant, un être d’envergure peut tirer parti de toutes les difficultés, de tous les vents contraires : « Qu’on me croie si j’avoue qu’avancer dans un défilé entre ces hautes parois rocheuses que sont le grand capital d’un côté et le communisme de l’autre, sans être balayé par un sérac ou au moment du dégel, exige de prêter attention à la moindre vapeur de neige. Aucune étoile surgie du ciel ne m’a guidé sur mon chemin. J’ai assuré le pas, voilà tout. Quant à l’événement réputé ennemi, je me suis appuyé sur lui comme le karaté puise sa force chez l’adversaire. Que ferais-je sans lui ? Depuis trente ans, il ne s’est guère passé de moi. Nous sommes en meilleurs termes qu’on ne suppose ». Cette unité dans la diversité, cette multiplicité (ses contempteurs parleraient de duplicité… en quoi ils seraient largement en dessous de la réalité) n’a pas échappé à Plantu, le dessinateur du quotidien Le Monde, qui n’a pu s’empêcher, pendant la campagne présidentielle de 1988, de multiplier les Mitterrand dans un même dessin : celui qui se présente, celui qui ne se présente pas, celui qui est le président en titre… une première dans l’histoire de la caricature politique ! Catherine Nay, l’une de ses biographes à la fois féroce et perspicace, évoque quant à elle Les Sept Mitterrand, un par année de son premier septennat. Autant dire que la multiplication des rôles, facettes et orientations de ce personnage énigmatique n’est pas finie. Aura-t-on droit aux « Quatorze Mitterrand » en 1995 ? Ce ne serait que rendre justice à la Transcendance, si puissante dans ce Thème. Questions floues, états d’âme questionneurs : difficile de rester en permanence dans le cadre d’une théorie ou d’une idéologie politique définitives, rivé à un absolu lumineux qui nierait la complexité du réel : « Mitterrand, en quête de transcendance, ne cherchera pas à atteindre, par le véhicule de l’idéologie, cet absolu vers lequel il tend et qu’il croit, parfois, approcher dans son effort quotidien. Cet homme qui remet toujours tout en question, répugnera aussi à s’enfermer dans un carcan théorique, même si c’est lui qui le construit ».

Séduire, dit-il

Vénus en Vierge : à chacun ses goûts…

« Le discours politique se déploie d’abord pour séduire. Lorsqu’il feint même d’expliquer, c’est pour séduire encore… la séduction exercée peut faire l’objet d’une stratégie » (M.L. Rouquette).

À ce portrait astrologique, manque une facette essentielle : celle du Mitterrand sensible, affectif, séducteur, amoureux, goûtant sensuellement les êtres, les mots, les plaisirs de la vie. Plutonien, solaire, il est aussi né au lever de Vénus, et donc vénusien.

Pour comprendre à quel point la « fonction vénusienne » est importante chez François Mitterrand, un nouveau détour par la théorie des âges s’impose. Le stade vénusien couvre la période allant d’environ trois mois (fin du premier cycle de Mercure) à sept mois et demi (durée de la révolution sidérale de Vénus), qui est définie par les psychologues de l’enfance comme celle de « l’émotivité pure de toutes intellectualités » (Zazzo). C’est le « stade émotionnel… l’enfant est uni à son entourage familier de façon tellement intime qu’il paraît ne pas pouvoir s’en distinguer. » (Wallon). À ce stade, l’enfant ne comprend toujours pas la signification des paroles de son entourage. Néanmoins, il devient de plus en plus sensible aux intonations, qui deviennent pour lui signifiantes : « les connotations affectives l’emportent sur les significations conventionnelles des mots… il s’ensuit que le vénusien ne pourra communiquer vraiment que dans une relation privilégiée ». C’est précisément entre trois et huit mois que se développe entre l’enfant et son entourage humain proche une relation d’attachement, de tendresse, tandis qu’il devient de plus en plus méfiant, sinon craintif, à l’égard des étrangers. Vénus est en rapport avec l’existence des représentations, en d’autres termes l’impact émotionnel des images, langages, symboles, ce qui rend bien compte des apprentissages de l’enfant pendant le « stade vénusien ».

Vénusien, François Mitterrand est resté très marqué par les apprentissages de cette période. Porté au pouvoir, « ce Mitterrand — là, au moins, ne s’est pas transformé : attentif, attentionné, prévenant, il reste guidé par une sensibilité frémissante »… une sensibilité toute vénusienne. Ce subtil calculateur, cet animal politique à sang froid, est aussi un grand sentimental, doublé d’un « séducteur hanté par son pouvoir de séduction », selon Serge July. Est-ce ce qui lui a fait dire un jour que, pour lui, « la politique, quoi qu’on en pense, est une forme haute de l’amour » ? Sans doute pas seulement, car l’amour n’est pas l’apanage exclusif de Vénus, qui est plutôt synonyme de tendresse, de sensualité, d’attachements privilégiés.

Vénus à sa naissance se trouvait dans le Signe de la Vierge. Comme le Scorpion, la Vierge est, pour l’astrologie moderne, un « Signe d’« inhibition », et plus exactement d’inhibition protectrice : elle pousse donc à se couper des affects extérieurs pour mettre en sécurité, hors d’atteinte, ce que l’on estime devoir protéger : on limite et délimite un champ, un espace, un territoire hors duquel il n’est point de salut. Avec Vénus en Vierge, il s’agit donc pour François Mitterrand de protéger sa sensibilité, son affectivité, ses émotions de toute perturbation ou agression en provenance de son environnement. Nous avons vu par ailleurs que Vénus sensibilisait à « l’existence des Représentations ». Dans un cadre virginien, ces représentations sont délimitées, spatialisées. Avec le « sens des contraires » de la Vierge, signe d’équinoxe, les frontières sont nettes, précises : le dedans n’est pas le dehors. On sait enfin qu’une forte dominante vénusienne sensibilise aux formes, aux sons et aux couleurs. C’est sans aucun doute cette puissante Vénus en Vierge qui, entre autre, a donné à François Mitterrand l’amour des atlas géographiques. Citons-le : « je compare la couleur de leurs cartes, les caractères d’imprimerie qui donnent du même pays des images si différentes et je m’invente des itinéraires… la géographie est ma plus chère et ma plus vieille amie avec la France en rose et l’Allemagne en vert de mon enfance ». On ne saurait mieux évoquer l’existence (les itinéraires) des représentations (les cartes colorées des planisphères)… même sensibilité vénusienne exacerbée en ce qui concerne les noms de lieux : « Et puis son nom me plaît. Comme ceux de Bornéo, d’Abyssinie, de Labrador, sans que je sache exactement pourquoi. Ce pouvoir des syllabes paraîtra futile à beaucoup, mais il est rare que la poésie ne soit pas découvreuse de forces telluriques ». Mais les forces telluriques, c’est plutôt du domaine de Pluton… Puisque nous en sommes à évoquer l’extrême sensibilité aux couleurs du Mitterrand vénusien, citons-le encore : « Je vois déjà s’ouvrir au fil de son stylo les anémones du Japon, blanches, si blanches autour du pistil vert, si vert, lui-même cerclé d’un anneau jaune, si jaune, ou bien mauves, rose tendre au cœur noir, les gaillardes royales qui sont autant de petits soleils pourpre et or, les delphiniums dont la tige penchera lourde de fleurs légères, les hémérocalles plus sensibles qu’une plaque photographique, et surtout la clématite « Président bleue ».

Avec Vénus en Vierge, ses attachements « deviennent exclusifs et inconsidérés… il reste rivé aux images du passé, aux images de l’enfance ». Les Signes d’été se caractérisent en effet par une excitation lente, progressive, continue, durable. Les premiers émois, les premières émotions et sensations sont tenaces, persévérantes, et frisent même l’obsession : « du petit garçon qui était moi et dont l’image visite ma mémoire à la façon de l’aiguille sur le disque rayé, glissant toujours les mêmes sillons qui poussent les mêmes notes, je ne sais plus grand-chose hors trois ou quatre situations fixées une fois pour toutes et dont l’éclat brouille l’alentour… une fenêtre de grenier qui sentait le maïs et d’où je contemplais par-delà les tilleuls le paysage français qui a commandé à jamais l’idée que j’ai du paysage français ». Le Mitterrand vénusien semble comme prisonnier de l’empreinte émotionnelle et voluptueuse des images de son enfance. Cela s’appelle aussi fidélité indéfectible… En amour et en amitié aussi, François Mitterrand cultive cette qualité : « En mal d’amitié vraie, ce faux solitaire a pourtant vécu l’amitié sous toutes ses formes ». Dans sa vie publique comme dans sa vie privée, il sélectionne ses proches sur la base d’affinités affectives, d’émotions partagées, parfois au détriment de la raison : Bugeaud, l’un de ses compagnons de Résistance, notait qu’il « avait tendance à donner des responsabilités aux gens en fonction de leur fidélité à son égard, plutôt que de leur capacité propre ». Devenu secrétaire du Parti Socialiste, puis Président de la République, il n’a pas dérogé à cette habitude. Le premier mouvement est instinctif, émotionnel : il aime ou il n’aime pas… et les appartenances politiques comptent peu dans ce domaine. Catherine Nay note à ce sujet que « De Gaulle avait des compagnons. François Mitterrand a des amis, qui éprouvent pour lui une sympathie personnelle ». Et, Vierge oblige, « tous, ils connaissent la frontière qui interdit à l’amitié de devenir intimité ». Inutile de préciser que De Gaulle n’était pas du tout « vénusien »… En effet, on ne pénètre pas facilement dans le cercle de ses intimes, de ceux qui l’accompagnent chaque année au pèlerinage de Solutré (encore une fidélité affective). Affectif (vénusien), l’homme reste néanmoins hermétique, ségrégationniste dans ses attachements (Vierge). « Ce n’est plus une barrière, mais une forteresse qui sépare le (la, les) bien aimé des mal aimés ». Le Mitterrand vénusien de la Vierge a des goûts et des dégoûts, des amours et des haines imperméables, des préférences et des rejets parfaitement auto-suffisants, n’offrant aucun droit de réponse, et que nul conseil ne saurait tempérer ou transformer. Et même avec les intimes de ses intimes, « et à plus forte raison avec les autres, François Mitterrand répugne à parler de ce qui, pour lui, est important, c’est-à-dire ce qui le touche ». Une sensibilité frémissante, mais pudique et bien verrouillée. Vénus en Vierge.

Étrange Mitterrand, à la personnalité multiple, souvent en trompe-l’œil. Le politicien tortueux, machiavélique et solitaire est aussi l’homme des attachements, amicaux ou amoureux, exclusifs, jaloux, et fidèles, pour lesquels « il est capable de remuer le ciel et la terre… ces trésors de dévouement contredisent son égotisme farouche ». Fidèle jusque dans l’épreuve, fidèle même lorsque cela va à l’encontre de ses intérêts : lors de l’affaire dite du « Rainbow Warrior », qui avait vu les services secrets français couler un navire du mouvement écolo-pacifiste « Greenpeace », et causer la mort d’un photographe qui s’y trouvait malheureusement, il a tenu à déclarer publiquement que Charles Hernu, ministre de la Défense et donc responsable en titre de cette bavure, restait son ami. Et lorsqu’un autre de ses proches, Patrice Pelat, s’est retrouvé impliqué dans un scandale financier lors de la vente de la société Péchiney, il a encore une fois publiquement défendu cette vieille amitié, malgré tout, malgré les risques politiques qu’il encourait.

Parlons quand même d’amour, puisqu’on évoque Vénus… Sans doute, « avec ses conseillers, il entretient des rapports quasi-amoureux… sans doute use-t-il, comme il l’a toujours fait, de son charme et de sa séduction (que quiconque l’a approché ne peut démentir) ». Quant à ses relations avec les femmes… Sans vouloir nous immiscer dans sa vie privée, il est bien connu que François Mitterrand n’est pas du tout insensible aux charmes du beau sexe. C’est un séducteur né, et la rumeur lui prête de nombreuses liaisons. Il n’y a pas de fumée sans feu… Mais avec Vénus et Pluton comme planètes dominantes, tout cela reste dans le secret, l’occulte et le non-dit. Et puis l’analyse astrologique n’a pas pour vocation de farfouiller dans les alcôves. Plus intéressante peut être l’étude de sa relation avec sa femme Danielle. Elle est née, comme lui, sous le Signe du Scorpion, et au lever de Vénus en Vierge. Pour la petite histoire — qui ne manque pas d’intérêt d’un point de vue astrologique — il est tombé amoureux d’elle… en voyant sa photo. Cette représentation (le cliché noir et blanc) est devenue pour lui immédiatement existante. À sa vue, il a simplement dit : « Qui est cette personne ? Elle est ravissante ! Je l’épouse ! ». On ne saurait mieux illustrer la formule de Vénus : existence de représentation. Branchés sur la même longueur d’onde affective, marqués tous deux par une émotivité secrète et contenue, ces deux êtres-là avaient tout ce qu’il fallait, côté astral, pour vivre une relation privilégiée basée sur un ressenti commun, aussi puissant que discret. Cela compense largement leurs différences de culture et d’éducation (Danielle vient, elle, d’un milieu socialiste, athée et franc-maçon). Quand on sait à quel point une Vénus en Vierge peut avoir du mal à trouver « chaussure à son pied » dans le domaine sentimental (pudeur, incommunicabilité, extrême besoin de protéger ses émotions), l’idéal pour ce genre de position vénusienne est précisément… une autre Vénus en Vierge. Cette profonde communion affective explique sans doute, pour une large part, la trajectoire et la carrière politique de François Mitterrand. Très différents l’un de l’autre, une discrète mais puissante connivence amoureuse leur a permis de tirer le meilleur parti de leur couple. Rappelons que les planètes fortes à la naissance de Danielle, à l’exception de Vénus, sont les planètes faibles du Président : Mars et Uranus. Cela fait d’elle une battante aux opinions tranchées, aux choix impératifs et sans ambiguïté. Grâce à leur affectueuse et orageuse complicité, même si elle s’en défend officiellement, elle a plus d’une fois poussé son mari à être plus radical, plus décidé et plus clair dans ses orientations fluctuantes et ses trajectoires floues et complexes…

Vénus/Pluton : le rose et le noir…

L’une des faiblesses de Vénus, lorsqu’elle est puissante dans un thème et qu’aucune autre planète ne vient « corriger » ses éventuels excès, est qu’« il devient difficile de faire abstraction de ses humeurs, de ses sentiments ou caprices, de les surmonter. Le ressenti devient tyrannique et le moindre désir impérieux… ainsi peut-on être tendre et chaleureux, mais peu sociable, parce que totalement dépendant de ses affects, de « goûts et de couleurs qui ne se discutent pas ». Il arrive à François Mitterrand de tomber dans ces excès. La « cote d’amour » de ses amis et collaborateurs fluctue en fonction d’une météo sentimentale irrationnelle, selon les caprices de son cœur. Probablement faut-il également voir dans cette attitude le « fait du Prince », qui se doit d’inquiéter, si ce n’est diviser, pour régner. Une carrière politique d’envergure ne saurait exclusivement se construire sur la base de sentiments subjectifs et d’une affectivité fantasque. Dans le cas de Mitterrand, même si Vénus lui vaut quelques égarements côté cœur, sa position en Vierge, ainsi que la dominante plutonienne, lui permet le plus souvent de soigneusement distinguer et séparer ce qui relève du cœur et ce qui revient à la froide lucidité. En effet, Vénus manque de « transcendance », c’est-à-dire de distance, de froideur, de recul. Pluton vient corriger cette carence et contrebalancer l’importance du registre sentimental.

Vénus/Pluton : un curieux alliage de tendresse et de froideur, d’attachement et de détachement, d’émotivité et de cérébralité, de « fleur bleue » et de machiavélisme, de sensibilité et d’insensibilité, d’esthétisme et de stratégie. D’où des comportements fortement contrastés. côté Pluton, il est certes rusé, « mais la ruse est sémantiquement trop machiavélique et pas assez voluptueuse pour ce charmeur méthodique : les stratagèmes de la séduction lui conviennent mieux ». F.O. Giesbert confirme cette analyse : son habileté politique est bel et bien « un savant amalgame de ruse et de séduction ». Stratagèmes plutoniens, séduction vénusienne : chez lui les deux marchent de concert, ou bien dans une alternance, tactique ou involontaire. L’homme est en effet un spécialiste du chaud-et-froid, et soumet son entourage à une douche écossaise quasi permanente : « Est-il facile ou non dans le travail ? Non, car il ne supporte pas l’à-peu-près et l’erreur sera toujours relevée même si elle ne prête pas à conséquence ou si elle est vite pardonnée… oui, car la sécheresse du ton et le commandement seront toujours compensés, à un moment ou à un autre, par une conversation particulière, une attention spéciale, voire un petit cadeau… François Mitterrand a trop d’attention naturelle à l’autre pour qu’on y imagine un procédé et sa gentillesse est trop réelle pour n’être que machiavélique ».

Dans le ciel natal de François Mitterrand, Vénus et Pluton ne sont pas reliées entre elles. Le manque de relation entre ces deux planètes lui donne une grande marge, une extrême liberté de manœuvre pour nouer et dénouer des relations entre ces deux pôles de sa personnalité. Ce qui explique probablement la fréquente perplexité des analystes de la personnalité de Mitterrand : on ne sait jamais si la gentillesse et la séduction vénusiennes sont feintes ou programmées. En fait, les deux tendances sont vraies, et coexistent en s’amalgamant au gré des occasions et nécessités, politiques ou autres. C’est son côté « beau ténébreux », « séducteur inquiétant », savant mélange de douceur et de cynisme. La période de la « cohabitation », en 1986–1988, lui a permis de donner la pleine mesure de ce mélange détonant. Dès les premiers conseils des ministres, il s’est acharné à « séduire » les jeunes ministres les plus affectifs, tels François Léotard et Michel Noir… histoire de semer la zizanie au sein de la droite, entre autres et bien entendu. La stratégie séductrice a parfaitement fonctionné, comme la suite l’a montré : « les aficionados de ce genre d’exercice de haute école retrouvent là une figure tactique qu’ils connaissent bien, parce qu’elle est coutumière du jeu de Mitterrand : le « baiser qui tue ». En flattant quelques excellences de l’actuelle majorité, il cherche à vampiriser la popularité de certaines de leurs actions ». Avec Vénus/Pluton, il ne faut jamais oublier que la rose a des épines, que la séduction affichée masque des arrières-pensées qui n’ont rien d’affectueux, que la gentillesse réelle n’est jamais complètement exempte de sombres manœuvres en coulisses. Ce prédateur sait se rendre charmant, et l’inverse est vrai aussi : ce charmeur n’oublie jamais ce qui pourrait nuire à ses adversaires… qu’il s’efforce généralement de séduire pour les circonvenir, plutôt que de les prendre de front. François Mitterrand n’est pas un guerrier.

Vénus-Pluton, c’est « l’amour sorcier », « l’amour magicien », « un charme, au sens le plus fort de ce mot, un envoûtement, magique, hypnotique. Le beau ténébreux retient plus qu’il ne séduit, fascine plus qu’il ne plaît… sous l’apparente simplicité des jeux du charme et de la tendresse, se tissent des liens impérieux et obscurs, implacables, insidieux. Pouvoir de séduction ou de manipulation ? ». Mitterrand le mal-aimé, Mitterrand le bien-aimé… Mitterrand qui de toutes façons fascine et inquiète, séduit en manipulant, manipule en séduisant. La rose sent le soufre, et ses épines semblent si douces. La voix suave et chantante charrie d’indéchiffrables non-dits. On le soupçonne toujours du pire (car, c’est bien connu, le pire est toujours à venir, l’intervalle plutonien dans la théorie des âges, de 164 à 250 ans, gouvernant la mort et/ou le mystérieux au-delà de l’existence)… et malgré tout on se laisse séduire. Édifiante à cet égard est la réaction de Danielle lors de sa première rencontre avec François : « Il avait un imperméable mastic, des moustaches et un énorme chapeau qui lui descendait sur le nez. Avec un côté pas net. Bref, le genre de type en face duquel on n’aimerait pas se retrouver seule au coin d’un bois ». Et quelques heures plus tard, elle était séduite.

Charme obscur et vénéneux, magique et implacable de Vénus/Pluton… Derrière la beauté et la plastique des êtres et des choses (Vénus), se cache une autre dimension, invisible, impalpable, magnétique (Pluton). Avec Vénus/Pluton, l’invisible devient visible, charnel, palpable, et la beauté est comme l’expression de mystérieux hiéroglyphes, comme une plaque sensible révélant l’âme du monde. Mais laissons plutôt, et longuement, la parole à François Mitterrand l’esthète en ce domaine : « Rien ne me trouble plus que la beauté. De quelles correspondances est-elle le signe ? Quel monde révèle-t-elle où l’âme aurait accès ? Que l’on puisse trembler de bonheur devant un nombre d’or, ligne d’un toit, cintre d’un arc, exacte mesure d’une colonne, que la couleur d’un mur auprès d’un autre mur, fatigue des ocres, brûlure des pourpres, bleus délavés, vous force à rester là, vidé de pesanteur, que toute maison soit palais et tout palais navire, que toute pierre soit orgueil, toute église ornement, toute île Bucentaure, que la ville soit réminiscence, théâtre où l’acteur est songe, idée de Dieu, fête baroque, la beauté de Venise prouve d’abord que l’homme existe ». Vénus/Pluton encore, quand il évoque la mort, cette grande destructrice d’attachements vénusiens : « La part de notre vie que nous arrachent ceux qui nous quittent, n’est-ce pas cela que nous pleurons ? Pas toujours. Le véritable amour rend aux autres ce qu’il leur prend. Et d’abord la liberté d’être soi-même… Je n’ai pas, quant à moi, acquis cette philosophie. Rupture m’est encore blessure et je ne me résous pas aux adieux ».

Vénus/Pluton enfin, est son rapport à la France. Comme il le dit lui-même, « je fais partie du paysage de la France ». Une France historique, celle du présent certes, mais aussi celle, plutonienne, des siècles passés et de ceux à venir. Tous les hommes politiques, bien entendu, affirment qu’ils aiment leur patrie et ses paysages, mais, comme le note très justement S. July, « Dans le cas de François Mitterrand s’y mêle, avec une densité plus grande que chez d’autres… » (Pluton) « une grande sensualité… » (Vénus) »… dans la gestion des rapports de force qui font une société, qui font et défont les nations » (Pluton). Nous l’avons déjà noté, pour Mitterrand, la politique est « une forme haute de l’amour ». Une forme tout-à-fait vénuso-plutonienne que Serge July a subtilement comprise — et nous lui laisserons le mot de la fin pour ce chapitre : « Si comme l’affirmait Lacan, « l’amour consiste à donner ce que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en a pas besoin », alors pour le chef de l’État la politique c’est vraiment comme l’amour ». SUITE

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Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard




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